Dans son dernier bulletin, Fondation canadienne pour l’avancement des droits des investisseurs (FAIR Canada) demande au secteur des services financiers de suspendre les frais de rachat reportés des fonds communs, et d'alléger les remboursements des prêts à l'investissement ainsi que les prêts sur marge.
La fondation croit que les banques, les compagnies d'assurance, les courtiers en fonds communs et les courtiers en valeurs mobilières peuvent ainsi aider les petits investisseurs qui éprouvent des difficultés financières en raison des répercussions de la COVID-19 sur leur situation financière personnelle.
Meilleur intérêt du client
La réglementation sur l’interdiction des frais reportés entrera en vigueur dès le 1er juin 2022 dans toutes les juridictions des Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), sauf l’Ontario.
Coprésidente de FAIR Canada, Ellen Roseman invite l’industrie à agir dans le meilleur intérêt de ses clients. « Dans leur forme actuelle, les fonds d’investissement sont particulièrement préjudiciables aux investisseurs qui doivent avoir accès à leurs liquidités », peut-on lire dans le bulletin.
« Nous nous joignons à d'autres défenseurs des investisseurs, dont Ken Kivenko, pour demander au secteur financier de suspendre l'obligation pour les investisseurs de payer des frais de rachat lorsqu'ils retirent de l'argent des fonds communs à frais d'acquisition différés et des fonds distincts, a déclaré Mme Roseman. La même chose s'applique aux frais prélevés lorsque les investisseurs transfèrent des investissements entre fonds ».
Pertes stupéfiantes
FAIR Canada signale que les marchés ont subi à une vitesse inédite des pertes qu’il qualifie de stupéfiantes, alors que les investisseurs individuels sont aux prises avec la crise du coronavirus. « En une semaine seulement, un million de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance et ont demandé des prestations d'assurance-emploi. Le secteur des services financiers doit s'intensifier et soutenir les investisseurs de détail canadiens en cette période critique », relate son bulletin.
Plusieurs économistes ont d’ailleurs rapporté une volatilité sans précédent des marchés financiers dans les dernières semaines. Gestionnaire de portefeuille principal des fonds diversifiés et économiste d’iA Groupe financier, Sébastien McMahon a rappelé la chute marquée des cours du pétrole, secteur phare de l’économie canadienne, et celle de nombreux marchés financiers à travers le monde. Ces cours sont ensuite repartis à la hausse pendant la semaine du 23 mars 2020.
Avant cette remontée, M. McMahon rappelle que les cours du pétrole et ceux des principaux marchés financiers avaient chuté respectivement de 63 % et de 20 %, depuis le début de l’année. « Alors que les actions ont connu la chute la plus rapide de leur histoire (-30 %), le Dow Jones connaissait sa meilleure journée depuis 1933 », note l’économiste. Il a qualifié le premier trimestre 2020 de pire trimestre depuis les années 20.
Prêts leviers sur la sellette
Outre les frais reportés, FAIR Canada exhorte l’industrie à offrir aux investisseurs perturbés par la COVID-19 un allègement des prêts à l'investissement et des prêts sur marge. L’organisme croit que la chute brutale des marchés amplifie une fois de plus le problème des prêts à effet de levier.
« Les risques de ventes à effet de levier des fonds communs se sont maintenant cristallisés avec l'effondrement du marché ce mois-ci. Les milliers de petits investisseurs qui ont suivi la recommandation de leur conseiller en investissement d'emprunter de l'argent pour investir sont maintenant confrontés à des pertes substantielles et, dans certains cas, à des appels de marge qui aggraveront encore leur situation financière difficile », soutient Ermanno Pascutto, directeur général de FAIR Canada.
Vieux combat
Assurer que les petits investisseurs utilisent les prêts leviers à bon escient est un combat que mène de longue date FAIR Canada. « Depuis une décennie, FAIR Canada recommande que les autorités de réglementation et le secteur des services financiers prennent des mesures pour lutter contre l'utilisation inappropriée des investissements à effet de levier pour les investisseurs de détail », a déclaré M. Pascutto.
Il croit maintenant que de nombreuses « personnes ordinaires » aux connaissances limitées en investissement auront perdu la plupart ou la totalité de leur épargne-retraite, en raison de cette stratégie qu’il estime malavisée.
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