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COVID-19 : l’assurance vie malmenée par les taux d’intérêt

par Alain Thériault | 13 août 2020 15h30

Photo: Rawpixel.com

Les injections monétaires des banques centrales pour relancer l’économie terrassée par la COVID-19 ont un effet négatif sur les compagnies d’assurance vie : celui de maintenir les taux d’intérêt à long terme au plancher pour un bon bout de temps. Cet environnement forcera les assureurs à refaçonner leur portefeuille de produits. C’est l’essence d’un commentaire de l’agence de notation DBRS Morningstar, dont le Portail de l’assurance a obtenu copie.

S’il se prolonge, l’environnement de bas taux d’intérêt pèsera sur les bénéfices des assureurs vie, prévoit l’agence de notation. « Les assureurs vie sont sensibles aux variations des taux d’intérêt en raison de la nature à long terme de leurs affaires », dit Komal Rizvi, vice-président assurance de DBRS Morningstar et auteur du commentaire.

« Les bas taux d’intérêt peuvent réduire les revenus qu’ils tirent de leurs portefeuilles d’investissement et rendre plus difficile de trouver les actifs appropriés pour soutenir leurs engagements », ajoute M. Rizvi. Les assureurs sont conscients de l’impact négatif des taux d’intérêt et ont pris des mesures pour réduire les risques, dit-il. « Ils changent la répartition de leurs portefeuilles de produits et réduisent le niveau des garanties qu’ils offrent. »

M. Rizvi croit aussi qu’à l’avenir, les assureurs pourraient augmenter leur ratio d’endettement, alors que le cout du financement demeure faible. « Ils pourraient aussi investir dans des actifs plus risqués, pour réaliser des rendements supérieurs, même si cela ne s’est pas encore produit à grande échelle. »

Étant donné les produits d’assurance garantis à vie qu’ils vendent, les assureurs vie doivent actualiser la valeur présente des revenus (les primes versées par les assurés) sur une période de 10 ans ou plus. Cette valeur peut être fortement affectée par une légère variation de taux, ajoute DBRS Morningstar.

Investir ailleurs

Les assureurs vie escomptent tirer profit des primes qu’ils reçoivent. Pour complémenter cette source de profit et sécuriser leurs engagements, ils investissent habituellement la majeure partie de leurs revenus dans des titres à revenu fixe de note supérieure, comme les obligations gouvernementales. « Les assureurs dont les actifs et les engagements à long terme sont étroitement appariés en terme de durées seront les moins affectés par les bas taux d’intérêt », écrit M. Rizvi.

DBRS Morningstar croit qu’ils devront envisager une alternative, alors que les obligations gouvernementales livrent des rendements anémiques. Pour générer plus de rendement, L’agence estime probable que les assureurs augmentent la proportion des obligations corporatives dans leur portefeuille d’investissement, au détriment des obligations gouvernementales. Elle signale toutefois que le rendement des obligations corporatives a aussi décliné dernièrement, compliquant l’obtention de revenu de placements.

Couvrir le risque et passer des tests

Pour réduire l’écart entre le rendement de leur portefeuille d’investissement et leurs engagements, les assureurs vie ont aussi mis en place des programmes de couverture du risque de taux d’intérêt à l’aide de contrat d’échange, note DBRS Morningstar.

L’agence mentionne que les assureurs vie gèrent aussi ces risques en passant des tests de résistance de leur solvabilité dans un environnement de taux d’intérêt difficile, améliorent leur appariement entre actifs et engagements, et allouent une plus grande part dans leur portefeuille à des produits à court terme.

Vers des produits moins gourmands

Alors que les bas taux se poursuivent, le risque que des polices émises il y a plusieurs années aient été mal tarifées s’accroit, selon l’agence de notation. « Il est difficile pour les assureurs vie de modifier la tarification de la plupart des produits une fois qu’ils sont émis, car les primes sont généralement nivelées à vie », écrit d’ailleurs M. Rizvi dans son commentaire. L’analyste croit que cela explique le nombre croissant d’assureurs qui offrent au Canada des produits de vie entière avec participations. « Ces produits offrent la flexibilité de réduire les paiements de dividendes si les taux d’intérêt ne permettent plus d’offrir les dividendes élevés des années précédentes. »

Les bas taux d’intérêt pourraient aussi intensifier la compétition déjà élevée entre les assureurs pour des blocs d’affaires garanties à plus court terme et moins gourmandes en capital, estime l’agence de notation. Parmi ces segments, elle désigne l’assurance collective et l’assurance vie temporaire individuelle.

Les assureurs pourraient aussi multiplier les transferts de risques en assurance vie vers les réassureurs, pour libérer plus de capital, prévoit DBRS Morningstar. Selon l’agence de notation, les deux parties y gagnent au change. Les réassureurs veulent migrer vers l’assurance vie en partie pour atténuer le risque d’assurance de dommages lié aux catastrophes et aux changements climatiques.

La fin des garanties ?

En raison des exigences de capital élevées envers les produits garantis, des assureurs pourraient cesser de les offrir, ajoute l’agence. Elle prend les produits d’assurance soins de longue durée, dont le nombre de fournisseur diminue chaque année. À son plus haut, le marché comptait neuf fournisseurs, selon une recherche dans le centre de produits AssuranceINTEL, compagnie sœur du Portail de l’assurance. En 2018, il en comptait trois. Il n’en compte plus maintenant que deux.

La solvabilité se porte bien

L’agence estime toutefois que la solvabilité des assureurs se porte bien pour deux raisons : les efforts des assureurs vie dans les récentes années pour atténuer le risque, et la façon dont est conçu le test de suffisance du capital des sociétés d'assurance-vie (TSAV).

Le Bureau du surintendant des institutions financières a d’ailleurs annoncé qu’il allait réviser un aspect du test qui cause une trop grande variabilité des exigences pour le risque de taux d’intérêt des produits d’assurance vie entière avec participation.

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