Parmi les plus grandes compagnies de réassurance du monde, Swiss Re craint que la crise de la COVID-19 ne devienne systémique, alors que les pays industrialisés sortent une arme rarement utilisée de manière concertée en temps de crise financière : les mesures fiscales.
Les retombées de la pandémie mondiale de COVID-19 entraineront une récession mondiale, indique Swiss Re dans son dernier numéro d’Economic Insights. Mais elles pourraient aussi se métamorphoser en crise systémique, craint le réassureur.
S’il convient que les mesures d’assouplissement monétaire et fiscale extrêmes réduisent une partie du risque économique et financier de la pandémie, les incertitudes restent importantes, insiste le réassureur. « Le risque d’une crise systémique est plus élevé qu’il y a dix ans », ajoute Swiss Re.
Les risques de l’endettement
Des facteurs clés de nature à amplifier le risque de récessions prolongées et plus graves pointent à l’horizon, tels que des niveaux d'endettement élevés et risqués, et un risque élevé de liquidité.
Swiss Re note que les niveaux d'endettement des ménages et des entreprises ont atteint des sommets sans précédent. « Nous voyons 25% de chances d'une crise mondiale du crédit », ajoute le réassureur.
Zone euro vulnérable
Ces facteurs n’auront pas la même ampleur selon les différentes régions du monde. « Nous pensons que la zone euro demeure plus exposée au risque systémique qu'aux États-Unis et en Chine », dit le bulletin.
Swiss Re estime que cette zone a moins de jeu en matière de politiques monétaires et fiscales. De plus, son secteur bancaire demeure plus faible, malgré l'amélioration des ratios de fonds propres. Cette faiblesse et des marchés du travail plus rigides font de l'euro zone un endroit plus fragile, par rapport aux États-Unis.
Le retour des junk bonds ?
Contrairement à ce qui s’est passé en 2008, la crise systémique ne viendra pas des banques cette fois, mais plutôt de la dette élevée des entreprises, croit Swiss Re. Selon le réassureur, cette dette à l'extérieur des institutions financières se fait plus préoccupante parce qu’elle est élevée, mais aussi parce qu’elle se concentre davatage dans les titres de moindre qualité.
Le marché du crédit se divise entre obligations de qualité investissement (investment grade) et obligations de pacotilles (junk bonds). La ligne qui délimite les deux se situe à - BBB. En-deçà arrivent les obligations de pacotille. Le segment des obligations de qualité BBB atteint 10 G$ US. Il est devenu plus risqué, car la part de la dette cotée BBB est passée de 17 % en 2001 à 50 % aujourd'hui, signale Swiss Re. Une obligation BBB se situe ainsi à deux décotes du statut de pacotille, un statut apte à exacerber la volatilité du crédit. « Ce risque est plus élevé aux États-Unis qu'en Europe », prévient le réassureur.
Prêts étudiants et personnels explosent
Toujours aux États-Unis, Swiss Re observe qu’un endettement préoccupant des ménages a refait surface aux États-Unis depuis la dernière crise. Les prêts étudiants, dettes de cartes de crédit et prêts croissent. Ils connaissent du même coup un taux de délinquance élevés, malgré la croissance continue des salaires. « Une chute soudaine des revenus pourraient amplifier les défauts de paiement de la dette des ménages », s’inquiète le réassureur.
Le fisc en renfort
Pendant ce temps, le regroupement de 20 pays industrialisés appelé G-20 entend prendre des mesures fiscales concertées, pour lutter contre les effets du coronavirus sur les marchés et l’économie.
Du jamais vu, estime le vice-président principal et économiste en chef d’iA Groupe financier, Clément Gignac. « C’est majeur! Tous les pays du G-20 se concertent dans l’élaboration de politiques fiscales.
M. Gignac souligne que le monde entre dans une crise économique. « Elle n’est pas une crise financière et les autorités publiques fiscales et monétaires travaillent à ce qu’elle ne le devienne pas. Les récents événements dont la dernière réunion du G-20 laisse présumer que nous ne revivrons pas la crise de 2008, mais ce n’est pas une science-exacte », modère l’économiste en chef d’iA.
Mais il ajoute : « Je ne crois pas que les marchés finissent l’année 2020 à -20 %. » Il inspire sa confiance de récents éléments positifs, comme des mesures américaines de soutien qui atteignaient au 23 mars 2 200 milliards de dollars (G$), soit 6 % du PIB des États-Unis.
Au Canada
Au Canada, les mesures prises atteignaient déjà 250 G$, toujours au 23 mars 2020. Le pays a pris plusieurs mesures de soutien sans précédent, incluant des mesures fiscales. Clément Gignac rappelle que les entreprises bénéficient d’un report en juin des versements des taxes sur les produits et services (TPS) et de vente du Québec (TVQ). De plus, les paiements d'impôt des particuliers sont différés jusqu'après le 31 août 2020.
Ces mesures viennent s’ajouter à la subvention salariale fédérale de 75% pour les petites et moyennes entreprises (PME) rétroactive au 15 mars, ainsi qu’au compte d’urgence pour les entreprises allant jusqu’à 40 000$ en prêts bancaires, sans intérêt la première année et garantis par le gouvernement.
Pas le choix
Les pays du G-20 n’ont pas trop le choix de dégainer l’arme fiscale devant la COVID-19, laisse entendre Clément Gignac. C’est que les politiques d’assouplissement monétaire arrivent selon lui au bout du rouleau : « Qu’est-ce que l’on peut faire de plus quand les taux d’intérêts sont à zéro ? »
M. Gignac rapporte que selon Bloomberg, plus de trois douzaines de banques centrales ont coupé leurs taux d’intérêts la semaine du 23 mars 2020. De son côté, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur de 0,50 % à 0,25 % lors d’une coupure hors horaire. Elle l’a ainsi amené à la borne inférieure effective, commente M. Gignac.
« Ceci totalise maintenant 150 points de base (1,50 %) d’assouplissement en seulement 23 jours », a-t-il dit dans le bulletin du 23 mars. La Banque du Canada a aussi lancé un programme d’achat de papier commercial et un autre d’assouplissement quantitatif, ajoute M. Gignac.
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