Comme l’a indiqué Eckler Ltd dans une publication récente, l’Institut canadien des actuaires (ICA) a publié les tables de mortalité des régimes de retraite canadiens 2024 (CPM 2024), appelées à remplacer les tables CPM 2014, en reflétant l’expérience plus récente de la mortalité des retraités au Canada.

Les analystes d’Eckler soulignent que les principaux changements comprennent de nouvelles tables de mortalité « élevée » et « faible » fondées sur l’occupation, plutôt que sur la distinction antérieure entre secteurs public et privé. Cette nouvelle version comprend également de nouveaux tableaux des survivants pour les conjoints.

« Une analyse sera vraisemblablement nécessaire pour ajuster l’hypothèse de mortalité des régimes de retraite et d’avantages sociaux et déterminer l’impact qui en découle, qui variera considérablement en fonction de l’hypothèse de mortalité actuelle et des caractéristiques démographiques propres à chaque régime », soutient l’entreprise de services d’actuariat et de consultation dans une note intitulée Place au changement : de nouvelles tables de mortalité canadiennes.

Publiées pour la première fois dans le Rapport 2026 de l’ICA, les nouvelles tables reposent sur un éventail plus large de régimes de retraite canadiens, intégrant environ trois fois le volume de données d’expérience utilisé pour les tables CPM 2014, ajoute Eckler.

La table de « mortalité élevée » se base sur les données issues de régimes comptant une forte proportion de participants exerçant un travail manuel. De son côté, la table de « mortalité faible » est fondée sur « les données issues de régimes comprenant principalement des professions de type "cols blancs", particulièrement dans les secteurs des services financiers et de l’éducation », explique Eckler.

L’entreprise précise toutefois que l’une des innovations les plus notables des tables 2024 est l’introduction tables distinctes fondées sur l’expérience de mortalité observée chez les conjoints survivants des participants retraités. « Ces tables reflètent la mortalité plus élevée parfois observée après le décès d’un retraité », indique Eckler, soulignant qu’il s’agit d’un phénomène nommé « effet de veuvage ».

Les auteurs de la note affirment qu’avec l’abandon de la distinction entre secteurs public et privé au profit des tables de mortalité « élevée » et « faible », les actuaires doivent désormais se concentrer plus directement sur la nature du travail effectué par les participants.

« Par exemple, un régime dans le secteur des services financiers peut regrouper une vaste gamme de groupes socio-économiques, allant de cadres hautement rémunérés à du personnel de soutien dont le salaire est moins élevé. Dans de tels cas, l’application d’une table unique à l’ensemble des participants peut nécessiter un jugement subjectif », préviennent-ils.

Ils ajoutent que les tables pour conjoints survivants ne devraient être utilisées qu’après le décès du premier conjoint, car « leur utilisation avant cette date pourrait entraîner une sous-estimation du passif ». « L’utilisation de tables de conjoints survivants non spécifiques (« régulières ») reste acceptable, bien que le passif actuariel puisse alors être légèrement surestimé. »

Efforts de développement

L’ICA indique que les principaux utilisateurs de ces travaux sont les actuaires en régimes de retraite au Canada, qui s’appuient sur ces tables pour établir leurs hypothèses de mortalité.

« L’élaboration de tables de mortalité propres à un régime nécessite des ensembles de données vastes et crédibles, ce dont la plupart des régimes de retraite canadiens ne disposent pas. Par conséquent, les actuaires s’appuient sur des recherches sectorielles comme CPM 2024 en tant que base statistiquement robuste, qu’ils ajustent ensuite, au besoin, afin de refléter les caractéristiques d’un régime donné », indique l’ICA au Portail de l’assurance dans une note (en anglais) transmise en réponse à une demande concernant ces nouvelles données.

En ce qui concerne les observations possibles des praticiens, l’ICA souligne que l’effet de l’adoption des tables CPM 2024 dépendra des hypothèses précédemment utilisées.

« Selon les analyses de recherche, les variations de l’espérance de vie et des facteurs de rente diffèrent selon l’âge et sont sensibles à la fois à la table de mortalité de base et aux hypothèses d’amélioration future de la mortalité. Les tables mises à jour devraient entraîner une augmentation modérée des passifs des régimes de retraite, particulièrement pour les participants plus âgés, comparativement aux tables sectorielles précédentes comme CPM 2014 », écrit l’ICA. « L’impact sur les régimes de retraite variera en fonction de leurs caractéristiques, ainsi que selon les changements apportés ou non aux hypothèses d’évolution future de la mortalité. »

Ils ajoutent que ces travaux de recherche n’auront pas d’incidence immédiate sur l’administration des régimes de retraite. « Les tables de mortalité utilisées pour déterminer les valeurs de transfert forfaitaires sont prescrites par le Conseil des normes actuarielles de l’ICA », précisent-ils. « À ce stade, ces normes n’ont pas été révisées pour tenir compte des nouvelles recherches en matière de mortalité. »