La réalité de la sévérité des événements météorologiques ne fait aucun doute, selon Thomas Mulcair, à l’occasion du congrès du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ) tenu récemment à Montréal.
Le RCCAQ a retenu les services de M. Mulcair pour animer la conversation portant sur le climat. Au Nouveau Parti démocratique (NPD), il a occupé la fonction de chef de l’opposition officielle de la Chambre des Communes entre 2011 et 2015. Auparavant, il a été ministre de l’Environnement du Québec de 2003 à 2007 sous le gouvernement libéral de Jean Charest.
L’animateur précise la raison qui lui a fait accepter d’emblée l’invitation du RCCAQ : son père était courtier d’assurance et son plus jeune frère a ensuite repris le cabinet. « Je suis en terrain familier parmi vous », lance-t-il aux courtiers.
Le 26 octobre 2025, l’ouragan Mélissa passait de la catégorie 1 à 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson en moins de 24 heures. Il a traversé la mer des Caraïbes et causé des dommages considérables, particulièrement en Jamaïque. En citant cet exemple d’ouragan « le plus violent de l’histoire », Thomas Mulcair note que « l’assurance devient un levier majeur vers la transition environnementale, un moyen parfois plus rapide et plus complet que la réglementation même ».
Les feux de forêt de 2023 et de 2025 ont brûlé quelque 8,8 milliards d’arbres au Canada, poursuit-il. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral vient d’éliminer le programme qui promettait la plantation de 2 milliards d’arbres, tout en investissant dans le développement de technologies visant à capter le carbone émis dans l’atmosphère. « Je connais un très bon système pour capter et entreposer le CO2 : ça s’appelle un arbre », dit-il.
Les feux des trois dernières années ont anéanti les gains que les Canadiens ont pu obtenir en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), ajoute Thomas Mulcair.
Il estime nécessaire la création d’un marché du carbone pour inciter les entreprises à revoir leurs procédés industriels, comme cela a été le cas dans les années 1980 pour régler le problème des pluies acides. M. Mulcair donne l’exemple de la compagnie INCO à Sudbury, productrice de nickel, laquelle affirmait qu’il lui était impossible de réduire ses émissions de dioxyde de soufre (SO2). À partir du moment où la réglementation sur la qualité de l’air a été déposée, la société a conçu la technologie requise et a même trouvé un marché pour revendre le soufre tiré de l’extraction minière.
En 2006, en faisant adopter la Loi sur le développement durable du Québec, le gouvernement a fait inscrire dans sa Charte des droits de la personne du Québec le nouvel article 46.1 qui précise : « Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité. »
M. Mulcair indique qu’il demeure optimiste quant à la capacité d’adaptation des Québécois et des Canadiens dans l’effort de réduction des risques et de mitigation des impacts reliés aux changements climatiques.
Préoccupations des assureurs
Selon Baldwin Diaz Acosta, vice-président de Wawanesa au Québec, . « On le voit aux États-Unis où des régions entières sont désertées par les assureurs. Il y a encore des mesures d’adaptation à mettre en place, pas uniquement chez les assureurs, mais dans toute la collectivité », indique-t-il.
De son côté, Sébastien Vachon, vice-président au Québec d’Economical, filiale de Definity, estime nécessaire d’agir avec prudence en matière de construction de nouveaux logements, en évitant particulièrement de les implanter sur des terrains exposés au risque d’inondation. « Il ne faut pas prendre de raccourci. Si on veut développer les yeux fermés sans considérer l’environnement dans lequel on est, ça va être problématique », insiste Sébastien Vachon.
Sur la capacité des assureurs à offrir des produits, Alain Fortin, vice-président au Québec d’Intact Compagnie d’assurance, note que dans les juridictions où les primes d’assurance ont été limitées par l’administration gouvernementale, les problèmes surviennent rapidement. Cela a été le cas en Californie, où les feux de janvier 2025 ont contribué à augmenter de manière importante le nombre de propriétaires qui doivent recourir à l’assureur public pour obtenir une couverture d’assurance.
« Notre business, c’est de déterminer une prime en fonction d’un coût de réclamation », souligne M. Fortin en donnant l’exemple de l’Alberta, où le plafonnement des primes imposé par le gouvernement a incité des assureurs à fuir le marché de l’assurance automobile. La prévention et l’adaptation permettront de réduire les coûts de sinistre et les primes de manière plus efficace qu’en mettant un plafond aux primes, estime-t-il.
La compagnie d’assurance peut ajuster les produits d’assurance pour inciter les clients à poser des gestes de prévention et à choisir des matériaux qui résisteront mieux aux intempéries, indique Guy Lecours, président de L’Unique Assurances générales, filiale de Beneva. « Mais je pense qu’il faut aussi imposer des contraintes, notamment par le Code du bâtiment », dit-il.
Il faudra « un peu de courage politique » de la part des élus pour que l’on cesse de construire des bâtiments neufs dans des zones inondables, selon M. Lecours. Il cite en exemple les autorités municipales de Sainte-Marie-de-Beauce. Après les inondations de 2019, la municipalité a choisi de relocaliser son centre-ville afin de l’éloigner des débordements récurrents de la rivière Chaudière.
M. Lecours fait également observer que le péril le plus sous-estimé est la chaleur extrême. Les décès causés par la canicule sont un phénomène qui touche d’abord l’assurance de personnes, mais il souligne un problème rapporté par un réassureur. En France, la chaleur extrême et la sécheresse provoquent une contraction des sols argileux. « Les fondations craquent, les maisons sont endommagées. Tout d’un coup, la chaleur extrême est aussi devenue un enjeu pour les assureurs de dommages », dit-il.
Échanges avec les courtiers
La présidente du RCCAQ, Lucie Fréchette, était aussi présente comme invitée à l’atelier. Elle suggère aux assureurs de se joindre aux courtiers pour mener une campagne afin de bien informer les assurés des moyens de prévention qui seront utiles pour réduire leurs dommages lors d’un événement météorologique extrême.
Mme Fréchette, vice-présidente d’Orbite Assurances, note que les nouvelles constructions génèrent des taxes foncières dont les municipalités ont besoin pour financer les services à la population. « En tant que société, on doit donner des outils aux municipalités » pour qu’elles évitent d’autoriser la construction sur des terrains dans des zones à risque, suggère-t-elle.
Lors des échanges avec l’assistance, une courtière suggère aux assureurs d’utiliser les algorithmes d’intelligence artificielle pour offrir des produits d’assurance paramétrique, où l’indemnité est versée dès qu’un seuil prédéterminé quant à l’importance du péril a été dépassé.
Maryse Rivard, vice-présidente de Synex, et ex-présidente du RCCAQ, soulève le problème de la reconstruction à l’identique. « L’indemnité est toujours payable pour remplacer des biens de même qualité et de même nature. Avec les changements climatiques, est-ce que les assureurs sont en train de planifier un avenant pour permettre de bâtir avec des matériaux résilients? », demande-t-elle en donnant l’exemple de quartiers en forme de cuvette dans les villes où les pluies torrentielles font des dommages importants et de manière répétée.
Alain Fortin note que les assureurs collaborent depuis plusieurs années avec les gouvernements pour cibler les endroits où la reconstruction ne devrait pas être permise en raison du risque récurrent d’inondation. « On a besoin de vous tous, dans vos communautés. On va le faire si tout l’écosystème va vers la même chose. C’est sûr qu’il faut rebâtir de manière plus résiliente. On sait que ça existe là, on a testé les matériaux, mais on ne peut pas juste le faire tout seul », dit-il.
Baldwin Diaz Acosta rappelle de son côté que Wawanesa offre un avenant pour la reconstruction avec des matériaux plus résilients depuis 2022.
Le courtier John Morin, vétéran de l’industrie et ancien président du conseil du RCCAQ, appuie la suggestion de Lucie Fréchette. Les compagnies membres du Bureau d’assurance du Canada (BAC) et le réseau de courtage doivent s’associer dans une campagne d’information ciblant les contribuables à l’échelle municipale. La campagne nationale du réseau de courtage porte déjà le thème : « Sans assurance, tout s’arrête. »
« Il faut expliquer aux gens ce qui s’en vient si on ne fait rien. Si l’assureur ne peut assurer un risque, il y a un problème », note M. Morin. « La personne qui a besoin d’assurance, il faut qu’elle commence à comprendre qu’il y a un vrai problème », insiste-t-il.