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La France veut tirer parti des meilleures pratiques canadiennes en santé et mieux-être

par Alain Thériault | 24 février 2017 07h00

Photo : Freepik

Les assureurs canadiens ont la cote en France en matière de prévention en santé et mieux-être au travail. Quatre assureurs reviennent d’ailleurs d’un périple à Paris où ils y ont présenté leur stratégie.

Marie-Claude Pelletier, présidente de la firme de consultation Groupe Levia, est derrière cette rencontre entre assureurs canadiens et français, qui a eu lieu le 22 novembre. Elle a organisé cet évènement en collaboration avec Jean-Marie Gobbi, dirigeant du cabinet français de services en santé et mieux-être Psya. Les quatre assureurs qui y ont envoyé des représentants sont Desjardins Assurances, Financière Sun Life, Manuvie et SSQ Groupe financier.

En entrevue au Journal de l’assurance, Mme Pelletier a révélé que les assureurs et consultants français en santé et mieux-être au travail sont avides de l’expertise canadienne en prévention. Avec 70 participants, elle a qualifié l’évènement de grand succès.

Mme Pelletier a relaté au Journal de l’assurance que les participants français ont voulu en savoir plus sur l’offre de service des assureurs canadiens. Ils ont voulu apprendre jusqu’où ils pourraient l’appliquer dans leur contexte, a-t-elle précisé, notamment en ce qui a trait à la gestion de l’invalidité, l’accompagnement de l’employé ou la confidentialité des renseignements personnels.

Autre point d’intérêt pour les assureurs français : l’environnement règlementaire plus flexible du Canada en matière de pratiques de prévention. Au Canada, il est plus facile qu’en France pour les gestionnaires des régimes d’assurance collective de suivre de plus près les employés en difficulté ou tout simplement absents.

Ce qui se passe en France

« En France, la relation d’emploi se trouve coupée lorsque survient le départ d’un employé pour cause d’invalidité. L’employeur a peu de contacts avec lui et l’assureur reçoit peu d’information sur les traitements qu’il reçoit. Comme les médicaments sont couverts par la sécurité sociale, l’assureur ne joue pas un rôle direct dans le contrôle du cout des médicaments. L’incitatif est moindre pour qu’il fasse de la prévention », explique Mme Pelletier.

Les choses commencent toutefois à changer en France, dit la présidente du Groupe Levia. Il y a une prise de conscience économique de la part des assureurs.

« Le message commence à passer auprès d’eux que les conséquences de la non-santé ne se répercutent pas uniquement en termes de cout des médicaments, mais aussi d’une perte de productivité. Les assureurs français reconnaissent l’avance du Canada parce que les assureurs y ont une approche concrète axée sur la rentabilité économique. Ils passent à l’action avec des outils qui la soutiennent. »

Mme Pelletier souligne qu’un resserrement règlementaire a contribué à conscientiser les assureurs français. « En janvier 2016, une obligation d’offrir des assurances collectives complémentaires en santé est entrée en vigueur en France. Le marché s’est transformé pour devenir plus collectif. Les assureurs veulent redéfinir leur offre et savoir comment cela se fait au Canada, qui jouit d’une excellente réputation en France dans ce secteur. »

L’engagement social y joue aussi un rôle, dit-elle. « Les groupes sociaux s’affirment par un dialogue très engagé. Ils demandent des choses. De plus, les couts de la Sécurité sociale explosent, si bien qu’elle ne peut plus s’autosuffire. En France, les couts de santé croissent deux fois plus vite que le PIB. Le gouvernement réagit par des obligations règlementaires », explique Mme Pelletier.

La présidente du Groupe Levia a aussi fourni au Journal de l’assurance la transcription des propos des assureurs canadiens présents à l’évènement du 22 novembre à Paris. Virginie Gosselin, conseillère principale en gestion de la santé et du mieux-être pour Manuvie, a parlé de l’engagement des entreprises dans des programmes de santé. Elle a aussi parlé des efforts de l’assureur pour mieux faire connaitre les troubles en santé mentale, soulignant que Manuvie assigne des spécialistes en santé mentale reconnus qui mettent à la disposition des employeurs des outils de prévention et de formation. Elle a d’ailleurs souligné aux assureurs français présents que selon une étude de Manuvie, un gestionnaire sur deux n’avait jamais eu de formation en matière de détection de problèmes de santé mentale.

Miser sur les jeunes qui entrent au travail

Miguel Friede, conseiller en santé organisationnelle chez Sun Life, a rappelé que sa compagnie mise sur l’entrée des jeunes sur le marché du travail pour changer les mentalités en termes de santé. « Les sondages que nous effectuons nous indiquent que les jeunes attendent plus que les couvertures santé traditionnelles qui se résument à des remboursements des frais de santé, de la part de leurs employeurs. Ils s’investissent davantage dans la préservation de leur santé que la génération précédente. Ils souhaitent des actions de prévention dans leurs entreprises », a-t-il dit aux assureurs présents au colloque du 22 novembre.

Danielle Vidal, directrice du développement des affaires au bureau de Montréal de SSQ, a présenté quels moyens l’assureur a pris pour réduire de 40 %, en moyenne, le taux d’absentéisme de ses clients en collectifs de 40 %. Elle a aussi parlé de la forte hausse des réclamations en santé mentale, mais aussi de la génération sandwich, expression qui sert à désigner les personnes actives qui doivent s’occuper à la fois de leurs enfants et de leurs parents vieillissants. « C’est une source de stress et de souffrance au travail. SSQ a développé un nouveau produit d’assurance pour répondre à cet enjeu de société encore trop sous-estimé », a relaté Mme Vidal.

Nathalie Laporte, vice-présidente, développement de produits, marketing et stratégie en assurance collective de Desjardins Assurances, a pour sa part souligné que son organisation note une évolution positive de ses entreprises clientes à impliquer l’assureur comme un partenaire dans la gestion de la santé de leurs collaborateurs. « Nous ne sommes plus vus seulement comme un payeur de prestations. C’est une bonne nouvelle. L’impact sur les retours au travail s’en trouve amélioré. »

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