En décembre 2024, les accusations de fraude alléguée à l’encontre de Daniel Moses, ancien président-directeur général (PDG) de l’agent général TruStar, ont forcé la mise sous séquestre de l’entreprise par les tribunaux ontariens.

Brett Boadway

Près de 18 mois plus tard, quelle leçon les grossistes ont-ils retenue de cet événement? Avant de répondre à la question du Portail de l’assurance, Brett Boadway, directrice générale de l’Association canadienne des agents généraux (CAMGA), fait une pause après avoir rappelé que le sujet est délicat, comme l’affaire TruStar est devant le tribunal en Ontario.

« Les membres de la CAMGA souhaitent démontrer leur professionnalisme et leur légitimité à l’industrie, aux courtiers et aux organismes de réglementation. C’est pourquoi ils soutiennent la collaboration avec les organismes de réglementation concernant leurs produits. La CAMGA a dû s’ajuster afin de s’assurer que nous diffusons le bon contenu, le bon discours et que nous travaillons ensemble pour élever les normes professionnelles dans l’ensemble du réseau », note Mme Boadway.

Jean-François Raymond

Jean-François Raymond, PDG de Revau Souscription avancée, souhaite que la CAMGA profite de l’occasion pour contribuer à l’harmonisation des règles à travers le Canada, de manière à mieux encadrer les activités des agents généraux. « C’est une nouvelle association, elle fait du bon travail. Mais elle n’a pas les moyens de tout inspecter. Ces règles reposent beaucoup sur l’honneur », dit-il.

Selon lui, l’encadrement de l’industrie devrait être plus sévère. « Nous avons des investisseurs privés chez nous, et nous cherchons des investisseurs à l’international. Les firmes comptables qui font de l’audit posent beaucoup de questions. Nous avons un gros département de conformité, des règles de gouvernance aussi strictes que si nous étions une société publique cotée à la bourse », dit-il.

Mais le grossiste Revau n’est pas représentatif de l’ensemble des intermédiaires de l’industrie. « Il y aurait un coup de barre à donner, car il y a beaucoup d’argent qui passe entre les mains des MGA. Le cas de TruStar, c’est aberrant de simplicité. Les gens n’ont rien vu. »

Chez Revau, pour qu’une fraude similaire à celle reprochée à l’ancien PDG de TruStar soit possible, « il faudrait que ça se fasse à grande échelle, avec plusieurs personnes impliquées », poursuit-il. Cette firme était membre de la CAMGA et affirmait respecter son guide déontologique.

« Ces règles sont bonnes, c’est le standard minimal, tout le monde s’attend à ce qu’une compagnie gère ses contrats de manière stricte. J’ai été parmi les premiers grossistes à soutenir la création de l’association. Ça part d’une bonne intention et ça va dans le bon sens », indique M. Raymond. Il se dit prêt à payer une cotisation spéciale afin que la CAMGA se dote des moyens requis pour mieux vérifier le respect de la conformité de ses membres.

Marie-Philippe Lambert

Marie-Philippe Lambert, cheffe du marketing de Revau, confirme que les plus grands cabinets du reste du Canada demandent plus d’information qu’avant aux souscripteurs de Revau. « Ils veulent savoir si on est un MGA en qui ils peuvent avoir confiance. » Au Québec, l’encadrement des grossistes est fait par l’Autorité des marchés financiers (AMF), ce qui rassure le réseau de courtage.

Selon M. Raymond, le principal impact est que l’affaire TruStar a justement permis aux assureurs réguliers et spécialisés d’aller voir les courtiers pour leur dire : « Tu vois comment c’est dangereux de faire affaire avec un MGA? Viens chez nous avec ton volume. »

Virginie Boucher

Virginie Boucher, vice-présidente principale, Québec, de CHES Solutions spécialisées, reconnaît que durant les premiers mois de 2025, les questions des courtiers étaient plus nombreuses en lien avec cette affaire.

« Mais je reçois de moins en moins d’échos à ce sujet. Ce sont surtout des courtiers de l’Ontario qui ont été touchés. Cela dit, CHES est établi depuis plusieurs années, c’est un grossiste de confiance que les gens connaissent », dit-elle.

Cet article est un Complément au magazine de l'édition de mars 2026 du Journal de l'assurance.