Un aspect des impacts posés par les changements climatiques inquiète particulièrement le surintendant auxiliaire du secteur de la surveillance des sociétés d’assurance du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) Neville Henderson : le risque de transition.

En quoi consiste-t-il ? C’est le risque qu’entraîne le changement économique créé par le passage à une économie à faibles émissions de carbone.

« C’est le risque grave, mais plausible, sur lequel le BSIF se focalise actuellement », a confié M. Henderson le 16 juin, lors d’une allocution prononcée à l’occasion du congrès annuel de l’Institut canadien des actuaires.

« Même si le débat au sujet de la définition des actifs verts par opposition aux actifs bruns et de la communication des risques qui s’y rapportent se poursuit, le BSIF fait ses devoirs dans le contexte canadien et le contexte mondial. Nous estimons qu’il s’agit là d’un élément essentiel de l’établissement d’attentes prudentielles adéquates qui auront un effet positif à long terme sur la résilience des institutions financières », a-t-il lancé aux actuaires réunis à cette occasion.

Les fleurs, puis le pot

Lors de son allocution, M. Henderson a pris soin de souligner que l’industrie de l’assurance de dommages gère bien le risque physique depuis des décennies. Après les fleurs vient le pot. M. Henderson a aussi souligné que l’augmentation marquée de la tarification en assurance de dommages a mené à des déficits de couverture qui subsistent, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde.

« Vu que le grand public assure lui-même ces évènements, le coût ultime pèsera lourd sur la société et, en fin de compte, sur l’État. Une étude a démontré que le fait d’offrir une combinaison de protection publique et de protection privée réduisait l’impact économique et raccourcissait la période de récupération qui suit un évènement catastrophique majeur. La conclusion en est que ces évènements peuvent être mieux gérés par une combinaison d’entreprises publiques et d’entreprises privées », a aussi mentionné M. Henderson.

Il a ajouté que les gouvernements fédéraux continuent de s’interroger sur la façon de gérer le risque climatique par des investissements à long terme dans des infrastructures dites vertes, mais aussi sur les types de protections qui pourraient être mis en place en cas de catastrophes climatiques. « Ce sont là quelques-unes des implications directes, mais nous devons tous aussi tenir compte de la rapidité avec laquelle ces mesures seront mises en place et de la rapidité avec laquelle la transition vers un environnement à faibles émissions de carbone affectera l’économie et la société en général », dit-il.

Projet pilote à venir

M. Henderson a aussi révélé qu’en novembre 2021, la Banque du Canada et le BSIF ont prévu de lancer un projet pilote qui consiste à utiliser des scénarios liés aux changements climatiques afin de mieux comprendre les risques que la transition vers une économie à faibles émissions de carbone pour le système financier. Celui-ci aura trois objectifs :

  • Acquérir des connaissances dans le domaine de l’analyse de scénarios climatiques et aider le secteur financier canadien à mieux communiquer le risque climatique.
  • Mieux comprendre la mesure dans laquelle le secteur financier peut être exposé au risque de transition à une économie à faibles émissions de gaz à effet de serre.
  • Mieux comprendre les pratiques de gouvernance et de gestion du risque appliquées par les institutions financières face au risque lié aux changements climatiques et aux possibilités afférentes.

Six institutions financières ont été invitées à prendre part à ses travaux : RBC, TD, Manuvie, Sun Life, Intact et Co-operators.

Trois scénarios seront ainsi à l’étude. L’un prévoit le statu quo à la situation actuelle, avec une hausse continue des émissions et des températures. Un second mise sur une transition harmonieuse avec une action politique climatique immédiate pour limiter le réchauffement à deux degrés Celsius, comme le demandent les accords de Paris. Le dernier scénario table sur un report de cette action à 2030, avec une transition qui devra alors s’opérer brusquement.

D’ici la fin de 2021, le BSIF évaluera les répercussions, les difficultés et les leçons tirées du projet pilote, a annoncé M. Henderson. Le BSIF recueillera aussi des informations sur les pratiques de gouvernance et de gestion du risque climatique actuellement appliquées par les institutions financières. Un compte-rendu devrait ainsi être publié d’ici la fin de l’année, dit-il. Puis, au début de 2022, le BSIF prévoit formuler ses attentes sur la gestion du risque climatique pour tous les secteurs que le régulateur réglemente.

Une inquiétude qui persiste

L’inquiétude du Bureau du surintendant des institutions financières ne date pas d’hier.

PAR SERGE THERRIEN

Déjà, en février 2020, Jeremy Rudin, le Surintendant des institutions financières au Canada lui-même, avait lancé l’alarme.

Lors d’une allocution prononcée le 7 février à Vancouver, en Colombie-Britannique, M. Rudin avait révélé ses craintes vis-à-vis trois types de risques : physique, de responsabilité et de transition.

Celui le plus important à considérer est celui des risques de transition, avait-il affirmé. Il entrevoyait des chutes de bénéfices et d’emplois majeurs au sein des secteurs industriels qui seront perturbés par leur passage vers une économie à faible émission de gaz à effet de serre.