En vigueur depuis le 19 février 2021, le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris annonce un gouvernement américain résolu à s’attaquer au risque climatique, selon une analyse d’AM Best. Ce virage vert aura un impact sur les assureurs et les réassureurs américains, estime l’agence de notation financière du secteur de l’assurance.

Elle croit que cette fermeté poussera les assureurs et les réassureurs américains à accélérer l’adoption des facteurs ESG. Selon AM Best, l’industrie américaine est perçue comme ayant accumulé un retard dans l’adoption des facteurs ESG par rapport à l’Europe, et surtout l’Asie.

Risque à la réputation

L’agence rappelle qu’un nombre croissant d’assureurs et de réassureurs de ces régions adoptent l’ESG dans leurs activités d’investissement et de souscription des risques. La pression des régulateurs y est pour beaucoup, révèle son récent sondage ESG. « Les exigences des régulateurs ont poussé les (ré)assureurs à mieux comprendre les risques auxquels ils font face, ce qui devrait contribuer à renforcer la pérennité du secteur de l'assurance », ajoute AM Best.

Appelée à être davantage décortiquée par les régulateurs américains, l’exposition aux risques climatiques pourrait devenir un poids pour les assureurs, voire une menace à leur réputation. C’est ce qui pourrait en convaincre plusieurs d’accélérer leur adoption des facteurs ESG, croit AM Best. « La demande d’une plus grande divulgation des risques liés au climat s’accroit, alors que les investisseurs, les régulateurs et les législateurs réalisent que ces risques peuvent menacer la stabilité financière », observe l’agence.

Modèle à suivre

Maintenant que les démocrates contrôlent la Maison-Blanche et le Congrès, ils sont dans une position plus forte pour faire avancer leur programme environnemental, signale aussi AM Best. La pression sera forte sur les assureurs et les réassureurs cotés en bourse, surveillés par la Securities Exchange Commission (SEC) : « Les assureurs et les réassureurs pourraient remarquer une surveillance accrue de la façon dont ils envisagent les risques climatiques et les divulguent », dit A.M. Best.

L’agence rapporte que le nombre de régulateurs qui imposent aux assureurs des tests de résistance aux risques climatiques est en hausse, notamment au Royaume-Uni, en France et en Australie. « Alors que la SEC envisage d'élaborer des normes réglementaires sur la manière dont les assureurs intègrent les facteurs ESG dans leurs opérations, ils peuvent être enclins à se tourner vers des homologues internationaux pour s'en inspirer. »

Investir vert

AM Best croit que les objectifs climatiques plus stricts du gouvernement fédéral américain inciteront au passage à une économie à faible émission de carbone. Des industries comme celle du charbon en subiront les contrecoups. C’est selon AM Best une raison de plus pour que les assureurs intègrent les facteurs ESG dans leurs décisions d'investissement. L’enjeu : limiter leur exposition à des actifs susceptibles de perdre de la valeur « de manière inattendue ou prématurée en raison de facteurs externes ».

Autre exemple tiré des énergies fossiles, AM Best prend en exemple le projet Keystone XL. Le président des États-Unis, Joe Biden, a révoqué le permis présidentiel de TC Énergie, qui devait entreprendre la construction de l’oléoduc entre l’Alberta et le Nebraska.

Occasions d’affaires

AM Best croit aussi que les couvertures d'assurance destinées aux industries dites « toxiques » peuvent braquer les projecteurs des régulateurs sur l’assureur et leur amener une publicité qui pourrait nuire à leur réputation.

Ce nouvel environnement créera d’autres ouvertures pour les assureurs, pense toutefois AM Best. Si par exemple les fournisseurs de charbon ne peuvent s'assurer faute de capacité dans le marché international, les captives d’assurance deviendront un terreau fertile. Une captive d’assurance est une compagnie d’assurance créée par une ou des entreprises.

Les assureurs et les réassureurs peuvent aussi tirer parti de la transition vers une économie à plus faible émission de carbone, estime A.M. Best. « Les infrastructures vertes qui soutiennent la transition d’une économie à forte émission de carbone vers une économie à faible émission devraient offrir aux assureurs et aux réassureurs de nouvelles occasions de souscrire des risques », précise l’Agence.