Selon les estimations, plus de 50 000 personnes seraient décédées en raison de la chaleur extrême dans 854 zones urbaines réparties dans 30 pays européens au cours de l’été dernier.
Selon l’étude Heat-related urban mortality attributable to human-induced climate change in Europe in summer 2026, publiée dans la revue Nature Health, environ les deux tiers de ces décès seraient attribuables aux changements climatiques d’origine humaine, principalement causés par la combustion de combustibles fossiles.
« Je pense que nous pouvons affirmer avec une assez grande certitude que l’été 2026 aura probablement été le pire jamais enregistré en matière de mortalité liée à la chaleur dans une grande partie de l’Europe », a déclaré Clair Barnes, chercheuse spécialisée dans les phénomènes météorologiques extrêmes et les changements climatiques au Centre for Environmental Policy de l’Imperial College London, dans un communiqué de presse. Des scientifiques de plusieurs établissements, notamment de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, ont également participé à ces travaux.
Les chercheurs ont utilisé des relevés de température et des données historiques sur la relation entre la chaleur et la mortalité afin d’estimer le nombre de décès liés à la chaleur entre 2000 et 2026. Selon leurs modèles, l’année 2026 aurait enregistré le nombre estimé de décès liés à la chaleur le plus élevé depuis 2000, dépassant les précédents sommets d’environ 29 000 décès en 2022 et de 28 000 en 2003.
L’Europe occidentale a connu les anomalies de température les plus importantes, avec des températures estivales supérieures d’environ 2,9 °C à la moyenne de la période 1991-2020, certains jours affichant même des écarts atteignant 12 °C.
À titre de comparaison, selon le Service Copernicus concernant le changement climatique (C3S), l’agence européenne chargée du climat, la température estivale moyenne dans l’ensemble de l’Europe occidentale était de 19,15 °C entre 1991 et 2020, contre 21,69 °C en 2026, soit une hausse de 2,54 °C.
Des effets similaires ont été observés au Canada. L’Institut climatique du Canada a indiqué que le pays se réchauffe deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale et qu’il a connu, en 2025, 12 épisodes de chaleur extrême très probablement attribuables aux changements climatiques. En ce qui concerne la mortalité, une étude publiée en 2024, intitulée Estimating the heat-related mortality and morbidity burden in the province of Quebec, Canada, a révélé que la chaleur contribue à environ 470 décès chaque été au Québec.
Les répercussions sur la santé
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la chaleur extrême peut provoquer un stress thermique lorsque le corps ne parvient pas à évacuer suffisamment rapidement la chaleur qu’il produit, en raison des températures élevées, de l’humidité et de la faiblesse des vents. Cette situation met l’organisme à rude épreuve. Elle aggrave également les problèmes de santé préexistants, notamment les maladies respiratoires et cardiovasculaires, le diabète, la démence et les troubles de santé mentale.
Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables. Dans l’étude européenne de 2026, les chercheurs ont estimé que 22 502 décès liés à la chaleur étaient survenus chez les personnes de 85 ans et plus, soit près de 45% du total. Toutefois, selon les estimations, 6 000 personnes de moins de 65 ans seraient également décédées de causes liées à la chaleur, dont 833 personnes âgées de 20 à 44 ans.
Au début du siècle, on estimait que les changements climatiques étaient responsables d’environ 40 % des décès liés à la chaleur, contre approximativement les deux tiers en 2026.
Les répercussions économiques et sur l’assurance
Au-delà de leurs conséquences sur la santé, les changements climatiques ont également des répercussions sur l’économie et l’assurance. Selon le rapport Les coûts des changements climatiques pour la santé de l’Institut climatique du Canada, les pertes de productivité attribuables à la chaleur dans le secteur manufacturier canadien pourraient atteindre de 1 à 2 milliards de dollars par année d’ici 2050.
Dans un échange écrit avec le Portail de l’assurance, Jason Alleyne, FICA, président du Comité sur la stratégie climatique de l’Institut canadien des actuaires, explique : « Les effets des épisodes de chaleur extrême sur la mortalité font actuellement l’objet de recherches dans le milieu universitaire en actuariat. Pour leur part, les assureurs se concentrent actuellement sur les effets des phénomènes météorologiques extrêmes sur les réclamations en assurance de dommages, ainsi que sur les répercussions économiques de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone ou carboneutre. »
Les chercheurs ont réclamé des mesures ciblées pour protéger les populations vulnérables, notamment une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles, l’aménagement d’un plus grand nombre d’espaces verts et l’amélioration des établissements de santé qui pourraient ne pas être adéquatement équipés pour faire face à des périodes de chaleur prolongées.