Pour générer une rentabilité, un réassureur doit se préparer à un marathon et non à un 100 mètres.
Cette analogie vient d’analystes de Standard & Poor’s (S&P). La pandémie de la COVID-19 fait toutefois en sorte que le marathon que courent les réassureurs ne leur permettra peut-être pas de réaliser des profits avant un certain temps du fait de la pandémie de la COVID-19, craignent-ils.
D’ailleurs, ils ont fait passer la perspective de développement du secteur de stable à négative. Ils en ont exposé les raisons dans un rapport intitulé COVID-19 Pushes Global Reinsurers Farther Out On Thin Ice; Sector Outlook Revised To Negative.
2020 s’annonce pour être une année difficile à tout le moins pour les réassureurs de dommages. Outre la pandémie, on s’attend à une forte saison des ouragans à l’automne. Rien pour redresser leur rentabilité, anticipe les analystes de S&P.
De plus, 2020 s’est amorcé avec une hausse de dix points de leur ratio combiné lors du premier trimestre. À la fin de l’année, il pourrait atteindre 105 %, indique S&P dans son rapport. Et ce, sans considérer l’amplitude que pourrait prendre la pandémie de la COVID-19.
Des segments à risque
S&P a aussi identifié les segments d’affaires auxquels les réassureurs sont exposés à des pertes. L’annulation d’évènements y trône en tête de liste. Le secteur du sport est le principal visé, notamment avec le report des Jeux Olympiques d’été de Tokyo.
Les pertes liées à l’interruption des affaires retiendront aussi l’attention des analystes de S&P, tout comme l’aviation. Les pertes varieront selon les régions, anticipent-ils, mais aussi selon le libellé des polices.
S&P donne le cas des États-Unis, où des législateurs veulent obliger les assureurs à couvrir les pertes d’exploitation liées à l’interruption des affaires. Les analystes de la firme de notation disent toutefois s’attendre à ce que leurs démarches ne soient pas fructueuses.
En dehors du pays de l’Oncle Sam, les analystes disent craindre que les réassureurs soient obligés de couvrir les pertes que les assureurs subiront en matière d’interruption des affaires, surtout dans le cas où le libellé des contrats est moins bien défini. Des cas pourraient donc se retrouver devant les tribunaux, aggravant les pertes.
Les réassureurs vie mieux positionnés
La hausse des tarifs observés en assurance de dommages aidera les réassureurs à protéger leur coussin financier, affirment les analystes de S&P. À cela s’ajoute le fait que la COVID-19 ne devrait pas avoir trop d’impacts sur leurs activités de réassurance vie. Selon S&P, les taux de mortalité liés à la pandémie ne devraient pas influencer la performance technique du secteur.
Le coussin financier des réassureurs est toutefois plus mince qu’avant. Les nombreuses catastrophes naturelles enregistrées en 2017 et en 2018 l’ont grugée, rappellent les analystes de S&P. Sans compter que leurs ratios de solvabilité sont en baisse. Au premier trimestre de 2020, les grands réassureurs l’ont vu diminué de 20 à 30 points de pourcentage du fait de la pandémie de la COVID-19.
« Le secteur de la réassurance fait face à une période historiquement inhabituelle, alors qu’un évènement perturbe matériellement ses actifs, mais aussi l’aspect de la responsabilité de ses affaires. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où ils peuvent reprendre leur souffle. Néanmoins, nous croyons qu’avec une souscription disciplinée, des risques bien tarifés, des termes plus stricts, des exclusions claires et une gestion appropriée, les réassureurs seront en mesure de préserver leurs bénéfices et leurs capitaux. Certains joueurs pourraient toutefois avoir de la difficulté à naviguer au travers de ces temps incertains. Leur profil financier pourrait en souffrir », écrivent les analystes de S&P en conclusion de leur rapport.
Cet article est un Complément au magazine de l'édition de juin 2020 du Journal de l'assurance, disponible en version numérique et gratuite ICI.