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L’industrie canadienne de l’IARD est résolument entrée dans un marché mou

par Reynaldo Marquez | 13 juin 2006 16h15

L’industrie canadienne de l’assurance de dommages est résolument engagée dans un nouveau cycle de marché mou, mettent en garde des analystes de l’industrie.Les deux agences de notations, A. M. Best et Standard & Poor’s, unissent leurs voix à celles du Bureau d’assurance du Canada (BAC). Les trois soutiennent que l’industrie canadienne est bel et bien entrée dans un cycle de marché mou.

Les indices annonciateurs sont de plus en plus nombreux : baisse de tarifs et assouplissement des critères de souscription.

Jane Voll, vice-présidente des politiques et économiste en chef au BAC, avait déjà tracé ce constat dans les pages du Journal de l’assurance d’avril dernier (Voir avril 2006 p. 38). À ce chapitre, Mme Voll affirmait alors que plusieurs facteurs, dont la détérioration du ratio combiné de l’ensemble des assureurs de dommages entre 2004 et 2005, confirmaient cet état de fait.

Mme Voll affirmait aussi que le retour du marché mou s’était fait sentir au cours des six premiers mois de 2005, et que ce cycle devrait se maintenir au cours des cinq prochaines années.

Jointe à nouveau au moment de fermer la présente édition, Mme Voll a réitéré ses craintes et maintenu son analyse.

Selon les deux agences d’évaluation, le retour au marché mou est en grande partie observable dans le segment de l’assurance automobile. Ce secteur compose un peu plus de 50% du marché canadien de l’assurance de dommages. L’autre moitié étant en grande partie composée de l’assurance habitation et de l’assurance aux entreprises.

Au cours de 2005, la réduction des tarifs a frappé également le segment d’assurance aux entreprises ainsi que le segment d’assurance aux particuliers, affirme Joe Burtone, directeur principal à l’analyse financière en assurance de dommages chez A. M. Best.

L’improbabilité anticipée par les assureurs de dommages de répéter l’exploit de 2004, qui a vu les joueurs de cette industrie générer des profits record, milite en faveur d’une réduction de la tarification, estime-t-il.

« Règle générale, le marché de l’assurance de dommages vient de connaître des années très rentables. À présent, des compagnies sont de plus en plus agressives », constate M. Burtone. Elles cherchent à accroître leurs parts de marché en réduisant les tarifs, dit-il.

D’abord observée dans le segment d’assurance aux entreprises, la tendance baissière des tarifs s’est aussi étendue, l’an dernier, au segment d’assurance des particuliers, poursuit M. Burtone.

Le délai observé entre les deux segments s’explique. Les assureurs actifs au Canada ont les coudées franches pour fixer à leur guise les tarifs d’assurance destinée aux entreprises, mais, à l’exception du Québec, ils n’ont pas la même liberté dans le marché des particuliers. Par exemple, en Ontario, le plus gros marché au Canada, ils doivent préalablement obtenir une autorisation du gouvernement pour modifier les tarifs.

Au cours de 2005, révèle Jane Voll, du BAC, les assureurs actifs à l’extérieur du Québec ont été nombreux à demander avec succès des réductions de tarifs de l’ordre de 10 à 30% aux autorités provinciales.

Selon Mme Voll, la tendance à la baisse est généralisée. L’économiste en chef du BAC affirme néanmoins qu’il est exact d’affirmer que les représentants disposent désormais d’un plus grand éventail d’assureurs auprès desquels placer leurs risques d’assurance aux entreprises. Il s’agit d’un autre signe qui témoigne du retour d’un marché mou, dit-elle.

« Le nombre d’assureurs est en expansion. La disponibilité d’assurance aux entreprises s’est améliorée. Du point de vue des représentants, ils ont davantage de choix de placer leurs risques d’affaires, puisque plus d’un assureur a élargi son offre d’assurance aux entreprises », avance Mme Voll.

Standard & Poor’s abonde dans le même sens avec la réserve suivante : la baisse des tarifs est surtout survenue dans le marché de l’assurance aux entreprises.

Cette situation est loin de surprendre Foster Cheng, analyste chez Standard & Poor’s. Ce segment est celui dont les marges bénéficiaires sont les plus élevées, avance-t-il. De ce fait, le nombre d’assureurs intéressés par ce segment a augmenté, entraînant du coup une concurrence plus forte et une baisse de tarifs.

Qui plus est, cette tendance risque de se poursuivre à mesure que d’autres joueurs feront leur entrée dans ce marché, attirés par la possibilité de voir leurs marges bénéficiaires croître, prévoit Foster Cheng.

Discipline relative

Tant le BAC que les deux agences affirment constater que les assureurs continuent, en dépit du retour du marché mou, à faire preuve de discipline relativement à leur tarification ainsi qu’à leur souscription.

Pour l’instant, les baisses de tarifs précipitées qui accompagnent généralement une concurrence accrue n’ont pas été observées. « La majorité des joueurs adoptent une attitude convenable. Ils baissent leurs tarifs juste assez pour conserver des clients », affirme Joe Burtone, d’A.M. Best. Les assureurs préfèrent laisser partir des clients aux mains de compétiteurs plus agressifs plutôt que de trop baisser les tarifs, ajoute-t-il.

« Du moins, c’est ce qu’ils nous disent », lance son collègue Charles Huber, analyste financier principal chez A.M. Best. « Il reste à voir combien d’affaires ils sont disposés à perdre aux mains de la concurrence ou s’ils préféreront plutôt réduire davantage leurs tarifs afin de préserver leurs parts de marché », dit-il.

Le retour des cycles?

Tous les assureurs de dommages veulent continuer à croître, croit pour sa part Donald Chu, directeur à la notation des institutions chez Standard & Poor’s. Cependant, ajoute-t-il, les assureurs qui souhaitent avoir une croissance supérieure au produit intérieur brut doivent faire preuve d’agressivité en enlevant des parts de marché à la concurrence. Cela nous ramènera-t-il à la résurgence du cycle de tarification typique de cette industrie qui revient tous les cinq ans?, s’interroge-t-il.

« Pour le moment, les assureurs sont disciplinés en matière de tarification. Ils baissent les prix, mais continuent tout de même à générer de bons rendements. Mais si cette tendance continue, ils risquent de tout gâcher pour tout le monde. »

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