Le Québec a les meilleurs champions du vol de véhicules au monde, constate Freddy Marcantonio, vice-président au développement des affaires du système de marquage Tag. Les chiffres semblent lui donner raison.
L’augmentation est vertigineuse : en 2022, 10 585 véhicules ont été rapportés volés au Québec, un chiffre en hausse de près de 3 000 par rapport à 2021 et de 5 000 si on le compare à 2020. C’est dire que leur nombre a doublé en près de trois ans, selon les données du Groupement des assureurs automobiles (GAA).
En 30 ans de carrière dans ce domaine, M. Marcantonio dit n’avoir jamais vu le phénomène aussi fort que maintenant. Il s’attend à ce que le nombre de véhicules volés fracasse des records en 2023. « C’est l’enfer », résume-t-il.
Il n’y a pas que la quantité de nombre de véhicules disparus qui est en progression : leur valeur aussi. En 2020, le coût moyen du sinistre s’élevait à 30 935 $, indique le GAA. L’an dernier, il atteignait 35 164 $. Au total, ils ont entraîné des pertes de 372 M$ aux assureurs en 2023.
Nouvelle saisie au port
Les réseaux de voleurs de voitures ne prennent pas de vacances. Au moment où nous devions nous entretenir avec lui, Freddy Marcantonio venait d’apprendre qu’une descente policière était en cours dans le port de Montréal afin d’y récupérer des automobiles volées que l’on s’apprêtait à expédier à l’étranger. Ce type de saisie est très fréquent. Il décrit « un achalandage monstre » cette année au port. Grâce au système TAG, dit M. Marcantonio, on parvient à y récupérer par semaine de 5 à 10 véhicules prêts à être envoyés dans un autre pays.
À la fin juin, Mercedes-Benz a pu rattraper in extremis un de ses VUS de grand luxe d’une valeur de 290 000 $. Le véhicule n’avait pas encore été déclaré volé et l’on s’apprêtait à l’embarquer dans un conteneur. Cette fois, c’est le fabricant qui l’a échappé belle. Personne n’y échappe. Même le véhicule de fonction de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, un modèle Toyota Highlander qui est de plus en plus prisé des voleurs, avait été subtilisé en 2022!
Nouvelle identité
Mais toutes les voitures volées au Québec ne prennent pas le chemin de l’exportation. Plusieurs restent ici et on leur donne un nouveau numéro de série et une nouvelle identité, ce qui permet de le revendre au crime organisé ou à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, indique Annie Roy, vice-présidente secteur assurances chez Vin-Lock et Domino Repérage.
« La clef pour récupérer un véhicule volé, c’est la rapidité avec laquelle son propriétaire va rapporter sa disparition et sa précision de positionnement. La période de refroidissement est plus courte que dans le passé. Le véhicule peut être refroidi en seulement 24 à 48 heures. Ce que l’on dit, c’est que le propriétaire d’un véhicule doit appeler le 911 à la minute où il réalise que sa voiture a disparu. Plus le vol nous est rapporté rapidement, plus grandes sont les chances de le retrouver », dit-elle.
Une vague qui ne ralentit pas
Plusieurs facteurs expliquent ce fléau qui gangrène de plus en plus le marché de l’assurance auto. Les premiers sont sans doute les profits énormes que génèrent ces vols et la facilité avec laquelle on peut aujourd’hui ravir des véhicules de grande valeur grâce à des outils comme le copiage du contenu des clefs intelligentes et les applications téléphoniques comme en fait justement la promotion Mélissa Désormeaux-Poulin dans la publicité d’un modèle Kia. La technologie a grandement facilité la pratique des voleurs. Certains futés vont capturer le code de la clef électronique à travers la porte d’une résidence, ce qui leur permet de partir avec le véhicule en toute facilité. On peut même suivre des cours pour quelques centaines de dollars sur YouTube pour savoir comment voler des voitures.
« Les gens veulent être connectés, mais c’est une arme à deux tranchants, commente Annie Roy. Aujourd’hui, des hackers peuvent pénétrer dans les systèmes informatiques de gouvernements et de grandes entreprises. Pour certains, voler un véhicule est devenu un jeu d’enfants (…) Je crois qu’en 2023, on devrait s’assurer que nos voitures sont protégées par un marquage ou un repérage. Le coût de cette précaution vaut beaucoup plus que tous les inconvénients qui viennent après un vol ».
Dossier à suivre
Le vol de véhicules provoque des litiges entre des assureurs et le milieu de l’automobile. Une cause judiciaire oppose actuellement La Capitale (Beneva) à la Société de location GM Financial Canada.
Un consommateur s’y était procuré un camion de modèle Sierra en janvier 2020 par un contrat de location. Il fait ses premiers paiements, puis les cesse en juin 2020 avant de disparaître, tout comme le véhicule.
La société de financement mène des recherches pour retrouver l’auto et découvre qu’elle est rendue hors du pays. Se disant victime de fraude et de vol, elle demande à être indemnisé par l’assureur au montant de 107 957 $. L’assureur refuse et lui oppose la nullité ab initio en défense. L’affaire se poursuit actuellement en Cour supérieure.
Le 5 mai dernier, le concessionnaire Cadillac Chevrolet Buick GMC du West Island a été déclaré défenderesse en mise en cause forcée, à la demande de l’assureur. Celui-ci soutient que le concessionnaire et le prêteur ont omis de faire les vérifications adéquates avant d’effectuer la location.