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Santé mentale : le cout sociétal du mal-être humain

par Aurélia Morvan | 27 décembre 2019 12h00

Les risques mondiaux, qu’ils soient économiques, technologiques ou encore environnementaux, ont des répercussions sur l’état psychologique et émotionnel des humains. Anxiété, tristesse, solitude… les troubles mentaux étant un risque en soi, ils ont eux-mêmes divers effets, notamment sur l’économie. Le Forum économique mondial (FEM) s’est penché sur les conséquences humaines d’un monde tourmenté.

Dans son rapport intitulé The Global Risks Report 2019 – 14th Edition, le FEM fait référence au Global Emotions Report 2018 de Gallup Organization. L’entreprise a interrogé plus de 150 000 personnes dans plus de 145 pays pour évaluer l’état émotionnel du monde. En dix ans, soit entre 2007 et 2017, l’indice de l’expérience positive, établi grâce aux réponses, est passé de 68 à 69 sur 100, soit une hausse d’un point. Sur la même période, l’indice de l’expérience négative est passé de 23 à 30 sur 100, soit une hausse de sept points.

Si les bonnes expériences restent plus nombreuses, les mauvaises sont en augmentation. C’est une tendance « inquiétante » pour le FEM, car un quotidien jalonné d’expériences négatives peut entrainer un profond mal-être.

Les causes du mal-être : la technologie en tête de liste

On estime que 700 millions de personnes, soit 10 % de la population mondiale, souffrent de troubles mentaux. Ce problème de santé mondial est influencé notamment par la société, la technologie et les conditions de travail.

  • Les principaux facteurs sociétaux de la détresse émotionnelle et psychologique sont la violence (notamment domestique), la pauvreté et la solitude accrue chez les habitants des grandes villes. Cette dernière prend tant d’ampleur qu’un ministère de la Solitude a même été créé au Royaume-Uni, début 2018.
  • La technologie a un effet ambivalent sur le bien-être mental. D’un côté, elle peut causer de la solitude et de l’isolement social. De l’autre, elle peut faciliter les interactions par l’intermédiaire des médias sociaux tels que Facebook, Twitter ou Instagram. De plus, des études ont montré le côté addictif des technologies numériques, quand d’autres l’ont relativisé. Ce qui est certain, c’est que les internautes passent de plus en plus de temps en ligne, sur un téléphone intelligent, un ordinateur ou une tablette. L’Académie américaine de pédiatrie recommande d’ailleurs de limiter l’usage de la technologie par les jeunes enfants. Un temps d’écran trop élevé peut entrainer chez eux des déficiences fonctionnelles, notamment sur le plan de l’apprentissage des interactions avec les autres.
  • La technologie modifie les façons de travailler, ce qui peut également influer sur la santé mentale. Souvent évoqué dans le débat sur le droit à la déconnexion, l’amincissement de la frontière entre vie professionnelle et vie privée empêche le bon repos des travailleurs. L’automatisation, qui pousse les employés à la productivité, voire menace leurs emplois, de même que la surveillance électronique, vue comme un signe de manque de confiance et une perte d’intimité, sont deux autres phénomènes qui nuisent au bien-être mental des travailleurs.
Les conséquences du mal-être : bienvenue dans l’âge de la colère

La question de la santé mentale est importante en elle-même, d’un point de vue humain. Mais elle l’est d’autant plus que le mal-être mental des humains influe sur plusieurs domaines.

Le mal-être mental peut avoir des conséquences politiques et sociétales. Par exemple, on sait que la colère est un sentiment de plus en plus présent dans la population. On parle même d’un « âge de la colère ». S’il peut unir et porter des peuples, comme ce fut le cas lors du Printemps arabe, ce sentiment entraine aussi des clivages. Une population en colère aura tendance à générer des résultats électoraux fluctuants et à favoriser les troubles sociaux. D’ailleurs, de plus en plus souvent, des pays accusent leurs rivaux d’utiliser les réseaux sociaux pour faire monter la colère de la population, et ainsi la diviser.

Une population en mauvaise santé mentale peut aussi avoir des conséquences économiques. Une recherche menée par le FEM et l’École de santé publique d’Harvard indique qu’en 2010, les répercussions économiques des troubles mentaux représentaient 2,5 billions de dollars américains à l’échelle mondiale. Les couts indirects, tels que la perte de productivité ou la retraite anticipée, dépassent les couts directs liés aux diagnostics et aux traitements. Ce risque économique est non négligeable, tant pour les gouvernements que pour les employeurs et les assureurs.

Les 7 articles de ce dossier :

  1. L’environnement : le plus grand risque pour l’économie
  2. Repli des États sur eux-mêmes : un risque pour l’économie mondiale
  3. Santé mentale : le cout sociétal du mal-être humain
  4. Bactéries et virus : les armes de guerre de demain
  5. Montée des eaux : un risque de plus en plus réel pour les villes côtières
  6. Les dix grandes menaces de demain
  7. Des menaces qui ne cessent de s’intensifier
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