Cet article est un Complément au magazine de l'édition de septembre 2020 du Journal de l'assurance.
Les régimes d’assurance collective privés doivent donner au patient le contrôle de ses soins de santé pour susciter une prise en charge par de saines habitudes de vie et de prévention. Les régimes réduiront ainsi leurs dépenses en médicaments.
C’est ce sur quoi a insisté Pierre Marion, vice-président au développement des affaires et de la mise en marché de Croix Bleue Medavie, en conférence d’ouverture du Forum 2020 de l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux (ICRA). Le Portail de l’assurance a couvert cet événement.
Les soins virtuels sont selon lui l’outil idéal pour aider l’adhérent à prendre ce contrôle, et réaliser cette vision d’un régime collectif plus axé sur la santé que la guérison. Il parle d’un avenir dans lequel le patient se trouve aux commandes de son bien-être physique et mental, et où l’employeur, l’assureur et le fournisseur de soins de santé jouent le rôle de copilotes. Ils le guident sur la voie de la santé et du mieux-être.
Des régimes pressés de toute part
Un virage s’impose alors que le vieillissement de la population et les maladies chroniques créent une pression croissante sur les régimes privés d’assurance collective, constate Pierre Marion. « Le Canada a dépensé plus de 34 milliards de dollars (G$) en médicaments d’ordonnance en 2018, soit une hausse de 4,2 % par rapport à l’année précédente. Ce montant est encore en augmentation », dit-il.
Le vice-président au développement des affaires ajoute que d’ici 2031, la population âgée représentera 23 % de la population totale : « Au moins un Canadien de 65 ans et plus sur 8 est atteint d’au moins 2 des 4 principaux groupes de troubles de santé chroniques, soit les maladies cardiovasculaires, le cancer, les maladies respiratoires et le diabète », dit M. Marion.
Des réclamations qui tendent vers des médicaments couteux s’invitent dans cette poussée. « Selon notre groupe consultatif sur les médicaments, les trois quarts de ces médicaments coutent plus de 10 000 $ par année », révèle M. Marion. Il y a une dizaine d’années, les médicaments couteux étaient chose rare dans le marché, alors qu’ils y arrivent maintenant de plus en plus fréquemment, observe-t-il.
Favoriser la participation active… surtout en COVID-19
Pendant ce temps, les troubles de santé mentale pèsent de plus en plus lourd sur les régimes collectifs, et la pandémie n’arrangera pas les choses. Pierre Marion estime que 11 millions de Canadiens souffriront d’un stress important en raison de la COVID-19. « Les problèmes de santé mentale sont maintenant la plus grande cause d’invalidité au Canada. La période actuelle fait augmenter la demande pour des soins liés à ces troubles. Ils comptent pour 40 % des demandes de règlements et 70 % des couts des régimes privés », révèle-t-il.
Il exhorte les promoteurs à favoriser une participation active de tous les participants à leurs régimes. « Il y a un réel intérêt à créer un environnement qui aide les individus à jouer un rôle actif dans la prise en charge de leur santé », poursuit-il. La métamorphose des régimes dans cette direction s’est particulièrement accélérée depuis le début de la pandémie, croit-il.
« Le changement est encore plus complexe depuis trois mois. Il s’accélère avec l’apparition de la COVID-19. Les percées technologiques et l’innovation ouvrent de nouvelles frontières. La télémédecine devient la version moderne des visites à domicile de jadis. L’expression “le médecin est prêt à vous voir” est aujourd’hui remplacée par “le patient est prêt à vous voir”, signale M. Marion. Les soins sur plateforme numérique permettent aux patients d’éviter les files d’attente et de recevoir des soins de manière confidentielle », ajoute-t-il.
Aller au-delà du médicament
Pierre Marion a beaucoup insisté sur le fait que l’approche axée sur le participant de régime amène les assureurs à innover davantage, grâce à des alliances entre intervenants et le recours aux technologies de pointe.
Selon lui, elle s’impose dans un milieu de travail ou cinq générations se côtoient avec des besoins différents. « Un jeune en santé accordera une plus grande valeur à des soins comme la massothérapie et autres. Les babyboumeurs utiliseront davantage la couverture de médicaments et les services pour mieux gérer leur santé. Il n’existe plus de solutions uniformes. »
Avec l’information médicale au bout des doigts, les attentes des patients n’ont jamais été aussi élevées à l’égard des services que l’industrie de l’assureur peut offrir, renchérit Pierre Marion. « Il faut offrir des services allant au-delà du simple médicament ou de la simple prescription, des solutions qui vont de la télémédecine à la gestion coordonnée des soins de santé. » Ce changement axé sur l’innovation encourage le patient à devenir connecté, outillé, actif, engagé et autonome, énumère M. Marion.
Prêts à payer plus
Que veulent les participants de régimes privés ? « Ils s’attendent à ce que leur milieu de travail leur fournisse les mêmes interactions sur demande que celles auxquelles ils sont habitués avec leurs services bancaires, et leur plateforme de diffusion de films et de musique en ligne. Ils veulent une accessibilité en tout temps, le plus rapidement possible et de façon numérique », explique le vice-président au développement des affaires et de la mise en marché de Croix Bleue Medavie.
Pierre Marion cite l’étude sur les soins virtuels de santé 2018 de Medisys, selon laquelle les participants de régimes de la génération Y sont 49 % à se dire enclins à payer davantage pour obtenir des services supplémentaires. Ils sont 31 % des participants à vouloir débourser davantage pour accéder à des soins virtuels. Parmi les participants, 39 % affirment qu’ils débourseraient plus d’argent pour accéder à des services de santé supplémentaires combinant services de santé mentale, programmes de mieux-être et accès à des soins virtuels.
Pour répondre aux besoins diversifiés, les régimes doivent offrir des solutions axées sur la technologie et des processus conviviaux du début à la fin, aussi intuitifs que le magasinage en ligne, croit M. Marion. Ils doivent s’adapter à l’économie moderne de l’expérience client.
Des services personnalisés et simples, allant du portail de santé sur le Web aux consultations en ligne et le règlement des demandes en temps réel, ajoutent de la valeur aux yeux des employés, ajoute-t-il. « Ces caractéristiques se retrouvent dans les consultations médicales et la psychothérapie en ligne, ainsi que dans les applications mobiles. »
Retour sur l’investissement du numérique
Pierre Marion constate que les derniers mois auront prouvé le rendement sur le capital investi dans des solutions qui ont pour effet d’éliminer les obstacles à l’accès de soins de santé mentale. « 60 % des Canadiens aux prises avec un problème de santé mentale n’obtiennent pas l’aide dont ils ont besoin en raison d’obstacles tels que le cout, l’effet de stigmatisation, les contraintes de temps et la difficulté de trouver un professionnel », signale-t-il.
La technologie numérique permet, selon M. Marion, de contourner ces obstacles, avec des solutions telles que la thérapie cognitive comportementale dispensée en consultation par un professionnel, au moment et à l’endroit où le désire l’employé.
Les solutions numériques permettent aussi de réduire l’absentéisme et la perte de productivité. « 65 % des consultations avec un médecin en ligne préviennent une absence du travail causée par un rendez-vous en personne, ce qui laisse plus de temps aux employés pour être en santé et productif », note-t-il dans sa présentation.
Pierre Marion pense que les soins personnalisés, l’intervention précoce et le soutien quant aux médicaments et à l’état de santé favorisent la santé des adhérents et entrainent des économies pour le régime. « Nous pouvons maintenant leur offrir l’instantanéité des services, au point de service qu’ils désirent. Des services disponibles en tout temps », ajoute-t-il.
Le numérique peut aussi jouer un rôle important pour personnaliser les solutions aux besoins individuels. « Cela se traduit par une intervention précoce, entrainant une amélioration de la santé et une diminution des couts », ajoute-t-il.
Plusieurs analyses démontrent selon lui les avantages d’investir dans la santé numérique. « Une étude d’une organisation en télémédecine a calculé qu’une entreprise de taille moyenne peut récupérer 2 600 heures de production et économiser 174 000 $, si seulement la moitié de ses employés tirent parti des soins virtuels », a-t-il révélé.