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Montée des eaux : un risque de plus en plus réel pour les villes côtières

par Aurélia Morvan | 31 décembre 2019 11h00

Tout comme la température, le niveau des mers et des océans grimpe doucement, mais surement. Lié au changement climatique, ce phénomène menace l’humain et l’économie mondiale.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), une hausse de 2 °C de la température mondiale pourrait causer une montée des eaux de l’ordre de 0,30 à 0,93 m d’ici 2100. Avec la fonte des glaces de l’Antarctique, l’élévation du niveau de l’eau pourrait être encore plus importante dans l’hémisphère nord, où se situe la majorité des villes côtières du monde, dont celles du Canada.

Dans son rapport intitulé Global Risks Report 2019 – 14th Edition, le Forum économique mondial (FEM) met le doigt sur le « cercle vicieux » de l’urbanisation. Ce phénomène concentre les habitants et les bâtiments dans des zones potentiellement exposées à la montée des eaux. Cette activité humaine et économique sature alors les sols, ce qui empêche le bon écoulement des eaux et accentue le risque de submersion. Les villes côtières doivent donc agir sans tarder.

Neuf industries et infrastructures en danger

Si la montée des eaux menace les vies humaines, elle représente également un risque important pour les biens matériels, que ce soit les habitations, les bâtiments publics, les entreprises et l’ensemble des infrastructures essentielles au bon fonctionnement d’une société (hôpitaux, générateurs d’électricité, réseaux de distribution d’eau, etc.).

De fait, plus une ville côtière est développée, plus l’incidence économique d’une montée des eaux sera considérable. Neuf secteurs essentiels à l’économie sont menacés :

  • Le tourisme, si les zones côtières, qui attirent beaucoup de touristes, sont dévastées.
  • Le numérique, si les câbles Internet souterrains, non résistants à l’eau, viennent à être endommagés.
  • L’énergie, si les inondations mettent hors service les centrales nucléaires.
  • L’agriculture, si les rendements baissent à cause d’une augmentation du taux de sel dans les sols et les sources servant à irriguer les cultures.
  • Le ferroviaire, si des lignes de train doivent être détournées pour contourner des zones submergées.
  • Le routier, si la circulation, notamment celle des travailleurs et des camions de marchandises, connait de forts ralentissements.
  • Le portuaire, si les ports doivent fermer à cause d’évènements météorologiques perturbant leurs activités.
  • L’assainissement, si les stations d’épuration des eaux usées sont touchées.
  • L’eau potable, si la pollution augmente dans les réservoirs naturels de stockage des eaux.
Trois stratégies pour limiter les répercussions

Pour limiter les dommages causés par les inondations, les villes côtières doivent s’adapter. Si certaines ont déjà entamé ce processus, comme Rotterdam ou Jakarta, la majorité doit encore agir, et ce, rapidement.

Le FEM met en lumière les trois stratégies principales pouvant être appliquées simultanément par les villes pour réduire leur vulnérabilité :

  1. Les villes côtières peuvent décider d’implanter des systèmes empêchant les eaux d’envahir les territoires urbains, comme des digues, des barrières antitempêtes ou encore des bassins de rétention.
  2. Elles peuvent renforcer leurs défenses naturelles en veillant à la conservation ou à la restauration de la mangrove ou des marais salants, par exemple.
  3. Enfin, elles peuvent renforcer les propriétés existantes, préparer le déplacement des habitants et des structures vers des terrains plus surs, ou encore freiner l’urbanisation des zones côtières et des plaines d’inondation.
La nécessité d’une « stratégie robuste de financement »

Tout cela a un cout. Le centre océanographique du Royaume-Uni prévoit qu’en 2100, la montée des eaux coutera à l’économie mondiale 14 billions de dollars américains par an. Une « stratégie robuste de financement du risque » sera nécessaire pour permettre les investissements préventifs, mais aussi pour payer les réparations quand une inondation survient.

La question du partage des dépenses est donc un enjeu majeur. Vont devoir se mettre autour de la table les secteurs public et privé, les autorités municipales et nationales, et peut-être même les pays transfrontaliers.

Le FEM précise qu’actuellement, les dépenses affectées aux réparations après sinistre sont neuf fois plus élevées que les dépenses consacrées aux mesures de prévention.

Les 7 articles de ce dossier :

  1. L’environnement : le plus grand risque pour l’économie
  2. Repli des États sur eux-mêmes : un risque pour l’économie mondiale
  3. Santé mentale : le cout sociétal du mal-être humain
  4. Bactéries et virus : les armes de guerre de demain
  5. Montée des eaux : un risque de plus en plus réel pour les villes côtières
  6. Les dix grandes menaces de demain
  7. Des menaces qui ne cessent de s’intensifier
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