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COVID-19 : l’agent général PPI pèse de nouveau sur les résultats d’iA

par Aurélia Morvan | 28 mai 2020 10h45

Denis Ricard

Photo: Réjean Meloche

L’acquisition de l’agent général PPI Management Inc. par iA Groupe financier a de nouveau eu une incidence négative sur les résultats consolidés de la société de portefeuille au premier trimestre de 2020.

Ainsi, dans son rapport de gestion trimestriel, iA dit avoir « comptabilisé une dépréciation du goodwill de PPI » de 24 millions de dollars (M$) non imposable, ce qui représente une baisse du bénéfice par action de 0,22 $.

Dans le rapport destiné aux actionnaires, iA explique avoir comptabilisé cette dépréciation dans ses frais généraux après avoir « procédé à une révision des projections financières de PPI Management Inc. », et ce « en raison des effets de la pandémie de la COVID-19 ».

La COVID-19 en cause

Lors du premier trimestre de 2020, iA a déclaré un bénéfice net de 39,1 millions de dollars (M$), soit un bénéfice par action de 0,36 $. Au premier trimestre de 2019, elle avait déclaré un bénéfice net de 151,1 M$, soit un bénéfice par action de 1,4 $. Cela représente une baisse de 112 M$, soit 1,04 $ par action, principalement due à la COVID-19.

iA indique en effet que l’impact négatif total de la pandémie sur son bénéfice par action est évalué à 1,12 $ au premier trimestre de 2020, incluant l’impact négatif de 0,22 $ en lien avec la dépréciation du goodwill de PPI, ce qui représente une perte nette d'environ 120 M$ confirme Pierre Picard, responsable des relations publiques de iA, au Portail de l'assurance.

La réévaluation du goodwill, ou de l’achalandage, est un exercice au cours duquel une société identifie l’écart entre une valeur financière identifiée lors d’une acquisition et la valeur marchande après une période donnée.

Dans le cas présent, la dévaluation du goodwill de PPI « découle essentiellement de la pandémie de la COVID-19 et s'explique par la hausse de la prime de risque utilisée dans le taux d'actualisation des projections et par une baisse temporaire des revenus futurs prévus », explique iA dans son rapport de gestion du premier trimestre de 2020.

Revenus de commission « moins importants »

En plus de l’impact de la dépréciation de son goodwill sur les frais généraux de iA, PPI a eu un impact négatif sur les résultats déclarés par iA dans le secteur de l’assurance individuelle.

La baisse du bénéfice net de iA au premier trimestre de 2020 s’explique notamment par une perte nette d'expérience en assurance individuelle chiffrée à 31,2 M$ après impôts, ce qui équivaut à une baisse du bénéfice par action de 0,29 $.

Parmi les facteurs expliquant cette perte nette d’expérience en assurance individuelle, iA cite le fait que « les revenus de commissions ont été moins importants que prévu pour la filiale PPI », ce qui a eu un impact négatif sur le bénéfice par action de ce segment chiffré à 0,01 $, dit iA. Cela représente une perte nette d'environ 1,1 M$ confirme Pierre Picard au Portail de l'assurance.

Lors de la conférence téléphonique organisée après chaque divulgation de résultats trimestriels, les analystes financiers n’ont pas manqué d’interroger les dirigeants d’iA sur le sujet.

Vendre à l’ère de la distanciation sociale

L’on apprend ainsi que la baisse des revenus de commission engendrée par un ralentissement des ventes s’explique par la distanciation sociale imposée par la COVID-19 et l’enjeu que cela représente sur le plan technologique.

« Ce qui se passe avec PPI en ce moment, et ce qui se produit je dirais avec tous les agents généraux au Canada et même aux États-Unis, c’est que les vendeurs doivent passer de rendez-vous en face à face à des rendez-vous à distance », dit Jacques Potvin, vice-président exécutif, chef des finances et actuaire en chef d’iA Groupe financier. « Il faut aussi garder à l’esprit que PPI fait également affaire sur le marché très haut de gamme, un marché pour lequel il est difficile de faire des tests médicaux n’est-ce pas. Donc, vraiment, la dépréciation du goodwill liée aux revenus de commissions est vraiment temporaire », poursuit-il. Et de préciser qu’iA s’attend à voir ces revenus « diminuer pour 2020 et probablement pour 2021 ».

Lors de son allocution introductive, M. Potvin avait souligné le fait que le tout est la conséquence de la COVID-19, indiquant que « jusqu'à la mi-mars, les résultats récents de PPI étaient conformes [aux] prévisions » faites par iA.

Une règle comptable inappropriée ?

Bien qu’il reconnaisse une baisse des résultats de PPI du fait de la COVID-19, M. Potvin insiste sur le fait que ceux-ci sont temporaires et que cela ne devrait pas pousser iA a dévaluer le goodwill de PPI. Si la compagnie a dû le faire, c’est parce que c’est la règle.

« Nous jouons vraiment avec une règle comptable ici. Celle-ci devrait normalement s’appliquer pour une détérioration permanente. Du point de vue des affaires, nous considérons qu'il s'agit d'une détérioration temporaire, mais, malheureusement, nous devons suivre la règle comptable. Nous devions tenir compte de la baisse des revenus temporaires dans la formule comptable du test de dépréciation. C'est vraiment ce qui explique la question entourant PPI », dit-il.

Ce que vient appuyer Denis Ricard, président et chef de la direction de iA Groupe financier. « Les règles comptables sont les règles comptables. Et le fait est qu'elles sont unilatérales », dit-il. « Nous pensons que sur le long terme, la valeur de PPI n'est pas diminuée. Mais, parce que les règles comptables nous forcent à regarder l'impact à court terme sur les flux de trésorerie ou les revenus, et dans le même temps à supposer un taux d’actualisation plus élevé, nous avons dû en pâtir », poursuit-il.

« Quand les choses reviendront à la normale, devinez quoi ? Les règles comptables ne permettront pas à l’entreprise de remettre la valeur dans le bilan », souligne M. Ricard.

Réorientation des objectifs pour 2020

Pour mieux faire face aux défis posés par la COVID-19, iA a « changé certaines de [ses] priorités » pour 2020, dit Denis Ricard aux analystes. L’entreprise entend ainsi renforcer ses investissements dans le numérique. « Tout ce qui a trait à l’amélioration de la distribution à distance, les processus de bout-en-bout… nous avons mis notre argent là parce nous voulons nous assurer que les revenus seront au rendez-vous », dit M. Ricard.

« Même si nous avions déjà lancé de nombreuses initiatives liées au numérique au cours des dernières années, nous avons accéléré les investissements que nous faisons dans ce domaine. À ce stade, nous resserrons nos dépenses, et nous les réaffectons là où cela fera le plus de différence à l’ère de la COVID-19 », dit-il.

Puisque iA est entrain d’investir dans le numérique « comme jamais, jamais avant », Denis Ricard estime que ses collaborateurs et lui-même sont « prêts à saisir les opportunités » qui s’offrent à eux.

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