Les chiffres sont révélateurs : une réclamation d’invalidité sur trois est liée à un problème de santé mentale au pays, ce qui représente 70% du coût total des demandes d’indemnisation, relève l’Association canadienne de normalisation, aussi connue sous le nom du Groupe CSA, dans une étude publiée en mars 2025.

Globalement, les assureurs ont versé des indemnités de plus de 730 millions de dollars (M$) pour le soutien à la santé mentale en 2023, atteste l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP) dans un rapport fédéral sur la santé mentale auquel elle a collaboré. Il s’agit d’une hausse de 80 millions comparativement aux 650 M$ qu'elle a rapportés pour 2022. C’est aussi plus du double du montant versé quatre ans plus tôt, en 2019.

« En ce qui concerne la santé mentale, l’ACCAP observe qu’au Canada, les promoteurs de régimes d’assurance élargissent de plus en plus la couverture de soins en santé mentale, ce qui se traduit par une hausse des services de consultation remboursés », précise au Portail de l’assurance Dominique Biron-Bordeleau, porte-parole de l’organisme, qui mentionne que le taux d’acceptation des demandes d’indemnisation dépasse les 90%.

L’ACCAP ajoute qu’en matière d’invalidité, les troubles musculosquelettiques ou le cancer représentent 60% des demandes d’indemnisation. La santé mentale suit, avec 30%.

Une cause majeure

Au Québec, sur les dix principales causes d’invalidité, la moitié sont liées à des troubles mentaux, indique le Mouvement Santé mentale Québec (MSMQ). Et d’après ce regroupement québécois d’organismes communautaires voué à la promotion et la prévention en santé mentale, les entreprises canadiennes dépensent près du double en prestations d’invalidité de courte durée pour une maladie mentale, comparativement à une invalidité causée par un problème physique.

Dans un rapport de recherche réalisé en partenariat avec Canada Vie en 2025, Recherche en santé mentale Canada (RSMC) s'intéresse à « l’impact croissant » de l’épuisement professionnel sur les employés et organisations. « Le taux d’épuisement professionnel chez les Canadiens en emploi est d’environ 39% », écrivent les auteurs.

Le coût annuel pour l’employeur varie bien sûr selon son poste, passant de 5 500$ pour un employé horaire à 28 530$ pour un cadre supérieur, estime le RSMC. Ainsi, pour une entreprise de 500 employés, cela représente une perte annuelle d'environ 3,4 M$ en productivité et en salaires. Or, les coûts annuels de l’épuisement professionnel descendent à 2,4 M$ si l’employeur fait de la santé mentale une priorité, c'est-à-dire qu’il met en place des mesures efficaces de prévention. À l’inverse, ce chiffre pourrait grimper à 4,1 M$ pour une organisation qui ne prendrait aucune mesure.

iA Groupe Financier écrivait dans un rapport remontant à 2024 que les coûts annuels en invalidité liés à la santé mentale s’élèvent à 1 M$ pour une entreprise de 1000 employés. Ces coûts sont liés aux heures supplémentaires pour le remplaçant, les retards dans la livraison des projets, l’incidence sur le moral des équipes et le risque élevé de rotation du personnel.

Pour les employeurs et les assureurs, les congés liés à la santé mentale sont plus difficiles à gérer que pour les dossiers de santé physique, notamment à cause des incertitudes entourant la durée de la période d’invalidité, très souvent incertaine. Ils doivent composer avec des dates de retour au travail souvent repoussées de mois en mois.

Des risques variables

Les réalités de santé mentale varient aussi selon l’âge ou le genre. iA Groupe Financier écrivait en 2024 que la proportion des dossiers d’invalidité est 10% supérieure pour les femmes.

Chez les membres de la génération Z (nés après 1995), les dossiers de santé mentale représentent 50% des demandes de prestations d’invalidité longue durée, une proportion qui grimpe à 60% chez les femmes de ce groupe, selon des données de la Financière Sun Life rapportées par le Portail de l’assurance en janvier 2026.

Plus largement, les Z sont marqués par des facteurs comme la connectivité numérique, l’écoanxiété, les préoccupations financières, l’anxiété, la dépression et, notamment, les confinements durant la pandémie alors qu’ils étaient aux études. Les demandes de remboursements de médicaments pour traiter l’anxiété et la dépression provenant des membres de cette génération ont augmenté à un rythme deux fois plus rapide que chez l’ensemble des assurés, entre 2021 et 2024.

Enfin, en 2026, les coûts des soins régimes d’assurance maladie augmenteront de 8,3%, selon Aon plc. Il y aura hausse des réclamations médicales en santé physique et mentale, mais aussi des médicaments (notamment psychoactifs), qui souffriront des tarifs douaniers américains.