L’accumulation de glace en hiver peut causer des dommages financiers dévastateurs aux habitations et aux bâtiments commerciaux qui ne sont pas adéquatement entretenus et assurés.
« Des milliers de réclamations d’assurance sont déposées chaque année en raison de dommages causés par la neige et la glace, dont plusieurs auraient pu être évitées grâce à un entretien de base », affirme Kareen Gaudreault, vice-présidente en indemnisation, chez Desjardins Groupe d'assurances générales, à Québec.
Le coût des mesures préventives, comme retenir les services d’un spécialiste pour le déneigement de toiture ou nettoyer les gouttières, « est bien inférieur aux dépenses liées à la réparation d’intérieurs endommagés par l’eau, à l’effondrement de toitures ou à l’affaiblissement des fondations », souligne-t-elle.
Les dommages causés par les rigueurs de l’hiver peuvent être trompeurs. Ils ne se manifestent pas nécessairement au cœur de la saison froide, lorsque les températures sont à leur plus bas, mais plutôt à l’approche du printemps.
Brett McGregor, président de l’Association des courtiers d’assurances du Canada (ACAC), établi à Brandon, au Manitoba, explique que les barrages de glace se forment lorsque les températures se radoucissent. À mesure que la glace fond, elle s’accumule dans les gouttières, ce qui force l’eau à refluer sous les bardeaux et à s’infiltrer dans la maison.
« Les plafonds, les murs, les cloisons sèches, l’isolant, tout devient mouillé et doit être remplacé. Et dès qu’il y a de l’humidité, il y a un risque de moisissure, ce qui constitue aussi une préoccupation », précise-t-il.
L’eau peut également endommager directement les gouttières. Selon le poids accumulé, certaines peuvent se détacher, et dans des cas extrêmes, un effondrement de toiture pourrait même survenir, ajoute M. McGregor.
Une charge prolongée de glace et l’eau emprisonnée peuvent aussi affaiblir des structures plus petites comme les remises ou dépendances, entraînant parfois un effondrement partiel ou total. « Nous observons également ce phénomène dans des sections de maisons qui ne partagent pas la même structure de toit que le reste du bâtiment, comme les porches ou les solariums », indique Shannon Spackman, vice-présidente adjointe de l'indemnisation technique des biens, chez Aviva Canada, à Oakville, en Ontario.
L’effondrement de toitures sous le poids de la neige et de la glace est aussi relativement fréquent dans les bâtiments agricoles, prévient Glenn McGillivray, directeur général de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC), à Toronto. Ces bâtiments présentent souvent de grandes portées de toiture, sont plus anciens et peuvent ne pas avoir été construits selon un code du bâtiment.
Une protection d’assurance essentielle
Le coût des réparations liées aux dommages causés par la glace peut varier considérablement, allant d’environ 3000$ à plus de 100 000$, selon la nature et la gravité des dommages, indique Mme Spackman.
« Les problèmes liés à la glace que nous observons le plus souvent concernent les infiltrations d’eau provenant de la fonte de la neige et de la glace qui ruisselle le long des murs extérieurs, causant des taches aux plafonds ou aux murs, de la peinture cloquée, de l’isolant mouillé ou de l’humidité sous le platelage de toiture. Dans de rares cas, nous constatons des dommages aux gouttières, aux soffites, aux bardeaux et aux descentes pluviales attribuables à l’accumulation de glace », explique-t-elle.
« Si de l’eau s’infiltre dans la maison, dit M. McGregor, on parle assurément de milliers de dollars pour effectuer les travaux correctifs adéquats : faire appel à une firme de restauration pour retirer les cloisons sèches et l’isolant mouillés, traiter la moisissure, puis réparer et refermer les murs. »
Les réparations extrêmement coûteuses peuvent atteindre des dizaines de milliers de dollars. Et l’effondrement d’un bâtiment, qui exige son remplacement complet, représente le scénario le plus onéreux, ajoute-t-il.
Les défaillances structurelles, incluant l’effondrement de toiture, les dommages aux murs et les infiltrations d’eau, figurent généralement parmi les catégories de réclamations d’assurance habitation les plus coûteuses, souligne Mme Gaudreault.
L’assurance peut offrir une protection contre les risques financiers associés à l’accumulation de neige et de glace, mais une diligence raisonnable s’impose pour bien comprendre ce que couvre et ne couvre pas une police.
M. McGregor note, par exemple, que la plupart des polices couvrent les barrages de glace, mais que des restrictions peuvent être imposées et ainsi supprimer cette protection. « Nous constatons généralement cela lorsque la toiture vieillit ou a été endommagée », dit-il.
Un assuré pourrait ainsi se retrouver avec un avenant limitant la protection pour la toiture et devoir remplacer celle-ci pour rétablir la couverture complète. Le rôle du courtier consiste à conseiller ses clients afin de s’assurer que leur police couvre les barrages de glace et, si ce n’est pas le cas, à les informer des démarches nécessaires pour obtenir cette protection, ajoute M. McGregor.
Les propriétaires doivent savoir que la couverture de certains types d’événements peut nécessiter des protections additionnelles, voire des polices distinctes, indique M. McGillivray. Ils doivent également bien comprendre leurs franchises, qui peuvent varier selon le type de sinistre, ainsi que les limites d’indemnisation applicables à certaines pertes, de même que vérifier si leur contrat prévoit un coût de remplacement à neuf intégral pour la résidence et son contenu, précise-t-il.
La prévention : la clé pour limiter les dommages
Les experts en assurance consultés insistent : un entretien adéquat est essentiel pour limiter tant les pertes financières que les atteintes structurelles aux habitations et aux bâtiments. Selon eux, les professionnels de l’assurance devraient sensibiliser leurs clients aux effets positifs de la prévention.
« La résilience hivernale se construit tout au long de l’année », affirme David Jackson, chef de l’équipe de consultation en gestion des risques immobiliers et solutions de résilience chez Zurich Canada, à Toronto. Il note que les solutions d’urgence en plein hiver doivent souvent être improvisées.
« Lorsqu’on parle de bâtir la résilience sur l’ensemble de l’année, je pense que la meilleure ligne de défense commence au printemps, lorsque la neige disparaît. Il s’agit de faire inspecter la toiture », dit-il.
Une bonne inspection de la toiture permet de repérer les lacunes d’isolation afin de maintenir une température uniforme sur l’ensemble du toit. Il est également important de connaître la charge de neige pour laquelle la toiture a été conçue et d’évaluer l’impact, au fil du temps, du remplacement du système de toiture et de l’ajout de nouveaux matériaux. Par exemple, l’installation d’équipements en toiture, comme les panneaux photovoltaïques de plus en plus populaires, ajoute des charges importantes au bâtiment, ce qui peut modifier la tolérance du toit à la charge de neige, explique M. Jackson.
Les parapets constituent une autre source de préoccupation, puisqu’ils peuvent créer des obstacles favorisant l’accumulation de congères (amas de neige formés par le vent) et des charges supplémentaires. « Si l’on ne prend pas soin de comprendre ce que la toiture peut supporter et de gérer cette capacité, il suffit d’une seule chute de neige abondante pour compromettre sérieusement l’intégrité structurale du toit et créer des faiblesses », prévient-il.
Un entrepreneur spécialisé peut aider un assuré à déterminer quand la charge de neige approche des limites tolérées et à mettre en place des mesures préventives hâtives.
Ce n’est pas nécessairement un seul événement qui provoque une catastrophe, mais plutôt une accumulation progressive.
« Ces cycles constants de gel et de dégel peuvent réellement affecter l’intégrité structurelle. Il se peut que l’événement ne survienne pas cette année, mais si la situation n’est pas gérée et surveillée attentivement, l’année suivante pourrait apporter une chute de neige particulièrement importante, juste assez suffisante pour faire céder la toiture et provoquer un effondrement », explique M. Jackson.
Dans une telle situation, des mesures préventives précoces sont nécessaires pour créer une marge de sécurité, insiste-t-il.
Mme Spackman indique que les propriétaires peuvent réduire leur risque grâce à certaines interventions immédiates et à plus long terme. Un entretien adéquat des gouttières et des descentes pluviales est essentiel tout au long de l’automne et de l’hiver afin de permettre un bon drainage de l’eau de fonte.
À plus long terme, il faut s’assurer que l’entretoit est bien isolé et que la ventilation est adéquate afin d’éviter que la chaleur ne s’y accumule, ce qui peut faire fondre la neige sur le toit et provoquer son regel en bordure, ajoute-t-elle.
« Nous recommandons également d’installer une membrane pare-glace et eau le long du bord inférieur du toit lors du remplacement d’une toiture afin d’ajouter une protection supplémentaire », précise Mme Spackman.
M. McGillivray prévient qu’un affaissement au faîte d’un toit en pente, là où les deux versants se rejoignent, peut indiquer un risque d’effondrement.
Les titulaires de police dont le bâtiment est doté d’un toit plat devraient faire appel à un spécialiste afin d’éviter d’endommager la membrane d’étanchéité, conseille Mme Gaudreault, qui recommande aussi de surveiller les piscines hors terre et autres structures susceptibles de s’effondrer sous le poids de la neige.
« En maintenant un drainage adéquat, en retirant la neige en temps opportun et en surveillant les zones vulnérables, les propriétaires peuvent prévenir la plupart des dommages liés à l’hiver », ajoute-t-elle.
Les dégâts d’eau, particulièrement dans les immeubles commerciaux comme les tours de bureaux, peuvent être aggravés par la concentration d’occupants superposés, note M. Jackson.
« Les conduites gelées constituent une cause importante des problèmes que nous observons », dit-il, ajoutant que la situation peut devenir plus dangereuse vers la fin de l’hiver, lorsque les températures se réchauffent durant le jour avant de chuter considérablement le soir.
« C’est souvent à ce moment-là que les ruptures de conduites surviennent en raison des gels rapides », explique M. Jackson.
Il s’agit de l’un des nombreux risques à surveiller, particulièrement dès qu’approche le mois de mars, période marquée par une alternance de conditions hivernales et printanières.
« Nous avons constaté une forte hausse annuelle des réclamations liées aux dommages causés par la glace en 2025 et nous ne serions pas surpris d’observer une augmentation semblable cette année lorsque les températures commenceront à se radoucir », affirme Mme Spackman.