Les courtiers en assurance aux entreprises s’attendent à ce que le marché soit très favorable aux clients pour encore un bon bout de temps, constate le Portail de l’assurance.

D’ailleurs, la plupart des joueurs entameront l’année 2027 en position de force, révèle la mise à jour automnale d’AON sur le marché canadien de l’assurance aux entreprises en biens et responsabilité. Les assureurs disposent d’une capacité abondante et affichent un bilan généralement solide. Une situation favorable pour les clients.

Mais le « marché mou » actuel va-t-il continuer? « Même si personne n’a de boule de cristal, je dirais que les deux prochaines années seront similaires à ce que nous avons connu ces dernières années, commente McArthur Jean, directeur du courtage pour la région du Québec, vice-président principal chez AON. On dispose de beaucoup de capacité dans le marché, les résultats financiers des assureurs et réassureurs sont positifs et, sur le front des catastrophes naturelles, c’est plutôt stable. »

Des événements catastrophiques hors norme, comme l’ouragan Debby et Katrina, pourraient-ils changer la donne? M. Jean n’y croit pas. « Ça prendrait plusieurs Katrina en ligne pour faire une différence », ajoute-t-il.

Les assureurs disposent d’une capacité accrue et affichent tout de même d’excellents résultats techniques. M. Jean mentionne que le ratio combiné des assureurs canadiens joue dans les 85% à 88%, sauf exception. Certains rares joueurs affichent un certain stress, leur ratio ayant grimpé à 100% et même 104%.

« Pour comprendre la situation actuelle, il faut retourner au dernier cycle de marché dur, insiste-t-il. Assureurs et réassureurs ne faisaient pas d’argent depuis des années. Plusieurs catastrophes naturelles de très grande ampleur se succédaient. Il y a eu une correction plutôt violente, même si on s’y attendait. Le marché voulait retourner rapidement à la profitabilité. Les taux ont augmenté fortement pendant deux ans.»

M. Jean poursuit : « Une fois de retour à la profitabilité, les assureurs se sont mis en mode croissance, d’autant plus que les conditions économiques leur sont aujourd’hui avantageuses, avec des taux d’intérêt à la hausse, qui se répercutent dans leurs placements. Ils ont identifié les territoires les plus attrayants, dont le Canada. On a vu des objectifs de croissance extrêmement agressifs, de l’ordre de 10% à 12% par année. Tout le monde a eu la même idée en même temps et beaucoup de capitaux proviennent notamment de Londres, des Bermudes et même d’Asie. »

Baisses de 40%

Certains courtiers font état de baisses de tarifs entre 30% et 40% pour certains clients lors de leur renouvellement. McArthur Jean estime ce genre de baisse épisodique. La moyenne se situerait plutôt autour de 10% à 15%. Ce qui est tout de même important : « Il y a beaucoup de compétition et de nouveaux joueurs dans le marché canadien, dit-il. Les assureurs demeurent agressifs dans leur objectif de croissance. »

Certaines lignes sont moins favorables aux clients, comme les cybermenaces, notamment lorsqu’il est question d’intelligence artificielle (IA). Dans ce domaine, les clients apprennent encore à intégrer cette nouvelle technologie dans leurs opérations. Surtout, ils doivent comprendre que l’IA ouvre une brèche vers des risques imprévus et que son utilisation doit être responsable.

L’exposition américaine de certains clients est également moins favorable, notamment en responsabilité civile. « Les États-Unis demeurent un territoire compliqué en raison des jugements nucléaires récents, parfois de plusieurs centaines de millions, reprend-il. Leur environnement légal est très différent du nôtre. »

Autre domaine complexe : l’assurance maritime cargo. « On a des clients qui font face à des augmentations salées parce qu’ils ont des opérations au Moyen-Orient. Certains ne peuvent même plus s’assurer. » Évidemment, si votre flotte navigue sur les Grands Lacs, c’est autre chose…

Renouvellements en forte baisse

Depuis trois ans, Josiane Bérubé, directrice au Québec pour Wynward, observe des renouvellements qui se traduisent par des baisses de tarifs de 30% à 40%.

« C’est de moins en moins fréquent de voir des baisses de 2% et 3%, note-t-elle. Actuellement, c’est impossible de proposer des hausses. »

Elle explique cette situation par une compétition extrêmement féroce entre assureurs, qui affichent une tarification à la baisse et des normes de souscription très peu renforcées, ainsi qu’une grande tolérance au risque.

« Depuis quatre ans, les assureurs sont profitables et la rareté des catastrophes naturelles de grande ampleur affecte peu leurs résultats techniques, soutient-elle. De plus, les assureurs ont de la difficulté à atteindre leurs objectifs de parts de marché. »

Les petites et moyennes entreprises (PME) dominent notre économie. Sont-elles aussi avantagées que les grandes entreprises? Absolument, dit-elle. Les PME s’attendent désormais systématiquement à des baisses. « Elles demandent aux courtiers de magasiner, sinon, elles changent de courtier! Les clients sont à l’affût de ce qui se passe dans le marché et demandent aux courtiers de magasiner davantage. Certains refusent, car ils enregistrent une baisse de leurs propres revenus depuis trois ans. »

Tous les comptes de plus de 50 000$ sont automatiquement affectés par des baisses, peu importe le type d’entreprise, avance-t-elle. Les classes les plus difficiles sont toutefois le travail du bois, de la forêt à l’usine, qui est un marché assez restreint, ainsi que le plastique. Les couvreurs font aussi exception, avec de petites diminutions de tarifs, parce que peu d’assureurs couvrent cette activité, estime-t-elle.

« Mais, généralement, les assureurs ont tellement de capacité qu’ils demeurent créatifs et assouplissent leurs normes de souscription, ajoute Josiane Bérubé. On voit des assureurs percer dans des domaines où ils étaient absents. »

Elle mentionne que les clients qui ne bénéficient pas de baisses de tarifs sont ceux qui affichent des bilans financiers dans le rouge. « C’est un tabou dans l’industrie, personne n’en parle, soutient-elle. Malgré cela, certains assureurs acceptent ces dossiers sans en tenir compte. Certains de ces comptes encaissent toutefois des augmentations de 5% à 7%, pas 30%. Et encore, il faudrait que la rentabilité soit gravement entamée, avec une sinistralité en série, pour voir des augmentations plus sévères. »

Plus mou que jamais

« Le marché est plus mou que jamais, principalement dans les biens, mais moins en cyberrisques, en assurance des dirigeants et administrateurs et en responsabilité civile », analyse Jean-François Beaulieu, président de Hub International Québec.

Ce dernier confirme que les taux ont commencé à diminuer fin 2023 et que le dernier trimestre de cette année, qui vient de commencer, est marqué par un marché le plus favorable possible pour les clients. « Les risques protégés ou semi-protégés, historiquement difficiles à couvrir, surtout pour les primes de 100 000$ et plus, trouvent désormais leurs preneurs », soutient-il.

M. Beaulieu révèle que HUB a des clients qui en sont à leur troisième renouvellement à la baisse. Souvent, depuis trois ans, les baisses se situent à 15% la première année et à 20% les années suivantes.

« Certains clients sont revenus à la tarification pré-2018, alors que le marché dur commençait à se faire sentir », examine-t-il.

Il soutient qu’avec les renouvellements d’octobre, plusieurs dossiers de très grande envergure se concluent avec des conditions très avantageuses. « Ça s’explique grandement par des traités de réassurance négociés positivement ces dernières années, et par des assureurs qui ont refilé ces économies à leurs clients ou qui prennent davantage de risque, observe-t-il. Les profits techniques sont manifestes depuis un bon bout de temps et la majorité des assureurs sont encore profitables. »

Certains assureurs ont budgété 10% à 12% de pertes catastrophiques, mais n’ont enregistré aucune perte cette année, ce qui mousse leur profitabilité. Certains en profitent pour augmenter leur capacité, espérant conquérir davantage de marchés.

La situation va-t-elle perdurer? Jean-François Beaulieu mentionne que les résultats techniques de certains assureurs commencent à se détériorer, un phénomène normal après plusieurs années de marché mou. Leur situation financière n’est pas affectée par l’absence d’événements catastrophiques majeurs, ces derniers trimestres. Mais la crise climatique va tout de même continuer et est, par nature, imprévisible.

En revanche, avec la très grande capacité actuelle d’assureurs très agressifs, il ne voit pas de fin au marché mou actuel avant le deuxième ou le troisième trimestre de 2027.

« On aura une meilleure idée de la marge de manœuvre réelle des assureurs pour les prochains trimestres lorsqu’ils publieront leurs résultats financiers au cours des semaines qui viennent », conclut-il.