Dans l’ensemble, les compagnies du secteur de l’assurance de dommages au Canada affichent une perspective stable en matière de solidité financière. Cependant, « les catastrophes liées au climat, les pressions pesant sur l’assurance automobile des particuliers, l’incertitude économique et la montée des cybermenaces demeurent des défis majeurs pour la stabilité du secteur », indique l’agence AM Best.
Le rapport, intitulé Canada Property/Casualty : Strong Earnings and Improved Underwriting Results Underpin Stable Outlook, a été publié par l’agence le 21 septembre dernier.
« Le secteur canadien de l’assurance de dommages demeure résilient, soutenu par une solide capitalisation, une rentabilité de la souscription améliorée, des rendements des placements stables et des gains d’efficacité technologique », indique AM Best dans le sommaire du rapport.
Les auteurs du document notent la sophistication de plus en plus élevée des menaces à la sécurité informatique et une augmentation des demandes de rançon. « Le maintien de la rentabilité à l’avenir dépendra de la capacité du secteur à faire preuve d’agilité, à affiner ses pratiques de gestion des risques et à tirer parti des innovations technologiques, notamment l’intelligence artificielle (IA) », lit-on dans le rapport.
Le cadre réglementaire
Dans son évaluation de la situation, l’agence note les efforts d’encadrement de l’industrie par les régulateurs, tant au niveau fédéral par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), qu’au plan provincial. Dans les provinces de l’Ontario et de l’Alberta, d’importantes réformes sont en cours du côté de l’assurance automobile.
AM Best souligne la publication récente des lignes du BSIF sur la gestion du cyberrisque et celle concernant les risques climatiques. Pour les réformes touchant l’assurance auto, l’agence constate qu’en Ontario, les changements structuraux apportés par la province forceront les assureurs à revoir les polices et leur manière d’échanger avec les assurés pour mieux les guider dans des couvertures plus complexes.
À propos de la réforme albertaine, les auteurs estiment que la période de transition pourrait être difficile à court terme pour la rentabilité des assureurs, le temps que le marché s’ajuste aux changements proposés. À plus long terme, un système visant à réduire le volume de dossiers qui se règlent au tribunal devrait permettre de rétablir la profitabilité du produit d’assurance automobile.
La concurrence
En 2025, quelque 98% des assureurs canadiens en dommages détenaient une cote de crédit de A- ou plus élevée, une proportion similaire à l’année précédente. Quelque 14 émetteurs ont amélioré leur cote, tandis que 2 ont vu leur capacité d’emprunt se détériorer.
Sur les 97 compagnies analysées par AM Best, seules 3 entreprises ont vu leur cote être accolée à une perspective négative, principalement en raison de fusion ou d’acquisition avec des entreprises à la réputation de crédit moins attrayante.
Du côté du marché de la réassurance, AM Best explique avoir révisé la perspective du marché mondial dans ce domaine au début de l’année 2026, la faisant passer de positive à stable. L’agence explique cela en raison de « la faiblesse des prix de l’assurance habitation, les difficultés persistantes en matière de sinistres et l’augmentation des pertes liées aux catastrophes naturelles ». Selon AM Best, la rigueur de la souscription est restée globalement intacte, les taux de rétention et les points de rattachement élevés se sont généralement maintenus et les réassureurs demeurent très bien capitalisés.
Marché consolidé
On souligne dans ce rapport que la consolidation se poursuit au Canada, où trois transactions importantes ont été fermées en 2026 : l’acquisition d’une bonne partie du portefeuille de Travelers au Canada par la Société financière Definity, la fusion de Gore Mutual et de Beneva.
Par ailleurs, l’annonce en mars 2026 de l’acquisition par la mutuelle d’assurance Wawanesa de la Compagnie d’assurance Everest du Canada devrait se conclure au dernier trimestre de 2026. Un volume de 305 millions de dollars en primes en assurance des entreprises est ainsi transféré.
Sinistres climatiques
AM Best fait aussi le point sur les principaux sinistres catastrophiques de 2025 et la tendance à cet égard durant le premier semestre de 2026. Seulement en juin dernier, une série d’orages convectifs majeurs a causé des dégâts de plus d’un milliard de dollars (G$) dans plusieurs provinces, selon les estimations faites par Catastrophe Indices and Quantification (CatIQ).
Malgré la facture élevée des sinistres catastrophiques liés au climat en 2025, à plus de 2,4 G$, l’ensemble des assureurs canadiens a amélioré son ratio combiné et ses résultats de souscription, constate l’agence. Les progrès ont été notables en assurance des particuliers et de manière plus évidente en assurance habitation, en raison de l’impact moins élevé des événements météorologiques extrêmes en 2025 comparativement à l’année précédente.
Du côté de la performance de souscription, le taux de sinistre de l’industrie canadienne en assurance des entreprises s’est établi à 44,3% en 2025. Cela représente une baisse de 7,7 points par rapport à l’année précédente et il s’agit du taux le plus bas en dix ans. Ce résultat est bienvenu dans le contexte où les revenus d’assurance n’ont grimpé que de 2,1% en 2025, en raison du ramollissement du marché et des règles de souscription plus souples.
L’incertitude
Le rapport traite aussi des risques géopolitiques liés au conflit commercial lancé par les États-Unis et aux guerres en cours en Ukraine et au Proche-Orient. Ces facteurs augmentent l’incertitude économique et peuvent nuire aux revenus des assureurs.
On mentionne aussi l’exposition aux cyberrisques, l’utilisation de l’intelligence artificielle, de la part de plus importante des grossistes dans le marché, de même que de l’impact grandissant du réchauffement climatique sur les superficies brûlées par les feux de forêt au Canada.
Sur ce dernier point, AM Best rappelle que les pertes assurées causées par les feux de forêt se sont chiffrées à 8,1 G$ entre 2016 et 2025, soit plus de dix fois plus que les 734 M$ en pertes assurées lors de la décennie 2006-2015.