Les réseaux de voleurs de véhicules sont très actifs dans la grande région de Montréal. Cependant, en raison du marquage de certains modèles exigé par les assureurs auprès de leurs clients montréalais, les malfaiteurs ont étendu leurs activités et vont les cueillir dans des territoires où leur tâche est plus facile.
Les régions de Québec, Sherbrooke, Joliette, Drummondville et Trois-Rivières sont de plus en plus ciblées, car peu de véhicules y possèdent une protection après-vente efficace contre le vol.
À la fin juin, la Sûreté du Québec a procédé au démantèlement d’un groupe qui opérait à Saint-Augustin-de-Desmaures et Sainte-Foy en lien avec le vol d’une cinquantaine de voitures; quatre hommes et deux femmes y ont été arrêtés à cette occasion, puis libérés en attendant leur comparution.
Beaucoup de véhicules volés et embarqués dans un conteneur au port de Montréal proviennent aussi de l’Ontario, où ils sont en majorité subtilisés par des voleurs québécois.
« Le Québec devient un choix prédominant de certains pays pour l’exportation des véhicules volés. Les véhicules sont majoritairement envoyés en Afrique du Sud, en Europe de l’Est et des pays du Maghreb », explique Freddy Marcantonio, vice-président au développement des affaires du système de marquage Tag.
Le double pour le même véhicule
L’une des raisons pour lesquelles ces régions du monde sont si friandes des véhicules volés, ajoute M. Marcantonio, c’est qu’ils ont des taxes élevées sur les biens luxueux importés. Un véhicule qui se vend 40 000 $ ici ou en Ontario sera revendu 80 000 $ US dans ces marchés, décrit cet expert.
Autre facteur qui encourage ce marché, les manufacturiers les construisent sur des plateformes mondiales pour réduire leurs coûts de production. Les modèles Honda CRV, Toyota Highlander ou RAV 4 qui roulent au Québec sont les mêmes que dans les pays qui les importent : on peut facilement les réparer là-bas. Cet aspect encourage donc le vol et l’exportation.
Un troisième facteur est à l’origine de cette épidémie : la limitation du nombre de modèles vendus par les fabricants dans certains pays. Cette forme d’embargo fait en sorte que le nombre de véhicules neufs disponibles pour certains modèles populaires et recherchés dans ces marchés est très réduit. Si ces pays ne reçoivent que quelques exemplaires ou quelques dizaines d’exemplaires d’une Honda CVR et qu’il y a de la demande pour des centaines, des réseaux de vols internationaux et de ventes locales vont chercher à répondre à la demande intérieure.
L’offre et la demande
Selon Freddy Marcantonio, « le Québec a les meilleurs voleurs de véhicules au monde ». Ils possèdent des doctorats en vol automobile, ironise-t-il. Ils savent comment contourner les systèmes d’origine et les systèmes GPS et cellulaires classiques installés par des fournisseurs. Les seuls qui peuvent leur résister, dit-il en prêchant pour sa paroisse, ce sont les systèmes TAG.
Ces voleurs québécois reçoivent une liste de modèles en demande. Ils s’exécutent et en retour, ils se voient remettre entre 1 500 $ et 3 000 $ par véhicule volé, selon la voiture et leur nombre après entente avec le crime organisé. Un jeune qui volerait 200 véhicules par année peut se faire des centaines de milliers de dollars nets sans payer d’impôt. Cela devient donc plus payant et moins risqué pour les peines de prison de faire du vol de véhicules que le commerce de drogues, ce qui peut amener des criminels à changer de secteur et à se recycler dans ce marché payant et en croissance.
Avec la facilité de voler les véhicules grâce notamment aux nouvelles technologies, la forte demande outre-mer pour ces voitures et le caractère très payant de l’opération, « les trois éléments ensemble, tu obtiens la recette parfaite », analyse Freddy Marcantonio.
Pour faire face à l’augmentation des vols de véhicules, Tag a doublé son équipe de repérage sur le terrain depuis l’an dernier. Plusieurs d’entre eux sont des anciens policiers qui font maintenant de la patrouille à la recherche de voitures volées disposant de ce système.
Peines trop légères
« L’un des problèmes, dit Annie Roy, vice-présidente secteur assurances chez Vin-Lock et Domino Repérage, qui roule dans une Mazda CX-5 usagé et marqué, c’est que les peines pour les vols de voitures sont légères. Cela n’encourage pas les voleurs à cesser leurs activités quand ils ont été arrêtés par la police. C’est tellement payant que le risque est minime pour eux. »
Le vol de voitures est toujours considéré au Canada comme un vol simple, précise Freddy Marcantonio. La Loi fédérale ne prend pas en compte la valeur du crime; voler un véhicule de 200 000 $ est classé au même niveau qu’un vol de rasoir. Un voleur doit se faire arrêter à plusieurs reprises pour recevoir une sentence sérieuse. Pour leur part, les compagnies issues du crime organisé faisant l’exportation qui se font pincer sont des entreprises à numéros avec des prête-noms et elles changent souvent leur nom pour échapper aux enquêteurs.
Des nouveaux systèmes douteux
Les assureurs privés recommandent à leurs clients propriétaires de modèles à risques de se procurer un système de protection contre le vol. Mais M. Marcantonio observe que ce marché a entraîné l’apparition de plusieurs concurrents, qu’il qualifie de « compagnies bidons », qui prétendent offrir des systèmes capables de contrecarrer les voleurs, ce qui empire le phénomène, affirme ce spécialiste.
« Plus il y a de véhicules volés et plus il y a une demande pour des systèmes antivol, décrit M. Marcantonio au Portail de l’assurance. Ils alimentent le processus, car le produit qu’ils offrent n’est pas capable d’enrayer les voleurs. » Selon lui, les acheteurs de ces systèmes se croient protégés, mais ils ne le sont pas.
Les systèmes électroniques de repérage, GPS et cellulaires, désormais disponibles dans les modèles, ont perdu leur efficacité, de l’avis de Freddy Marcantonio. Les voleurs ont trouvé comment les désactiver. En outre, ces systèmes ne fonctionnent pas à l’intérieur des bâtisses et des conteneurs, là où sont placés les véhicules avant d’être exportés.
Freddy Marcantonio ajoute que les nouvelles entreprises concurrentes tentent d’obtenir la confiance des assureurs de dommages. Certaines combinent deux systèmes antivol qui ne sont pas aptes à affronter les réseaux professionnels de voleurs. Ils peuvent décourager les amateurs, mais pas les professionnels.
« L’industrie de l’assurance doit se questionner et se renseigner sur l’efficacité et la raison d’être de ces systèmes antivol qui sont disponibles actuellement sur le marché », soutient Freddy Marcantonio, qui dit répéter ce message à tous les assureurs.
Il croit que les compagnies d’assurance devraient en arriver à obliger tous les propriétaires des modèles les plus à risques de se procurer un système antivol qui a fait ses preuves, car plus personne n’est à l’abri, même en région.