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Produits à couts nivelés : Les assureurs haussent à nouveau la tarification

par Donna Glasgow | 27 octobre 2011 14h43

Les produits à couts nivelés verront leur tarification être haussée à nouveau. La Financière Manuvie et Empire Vie ont parti le bal pour cette deuxième ronde, attribuant leur décision à l’effet des taux d’intérêt historiquement bas sur le cout des solutions d’assurance garanties.
L’an dernier, Manuvie a haussé la tarification de cette gamme de produits et plusieurs autres assureurs ont suivi. De nombreux acteurs de l’industrie croient que la décision de Manuvie de hausser de nouveau la tarification des produits d’assurance vie universelle à couts nivelés marque le début d’une deuxième ronde de hausses de tarification.

En date du 15 octobre, les taux des assurances vie universelle de Manuvie ont augmenté en moyenne de 9 % pour son produit InnoVision, de 12 % pour son produit VU Sécurité et de 7 % pour son produit VU à prime temporaire. Les commissions ont aussi été rajustées (voir encadré).

Le 30 septembre, Empire Vie a à son tour haussé les taux du cout nivelé d’assurance pour ses produits Trilogie et Trilogie Plus. « L’objectif d’augmentation globale du taux est de 3,5 %, mais inclut la réduction de l’écart de notre niveau concurrentiel établi sur le sexe, l’âge et le statut de fumeur. Dans certains cas, la hausse pourrait être inférieure à 3,5 %, mais supérieure dans d’autres cas. Cette approche nous permet d’assurer un niveau de cohérence pour tous les clients et de demeurer un acteur concurrentiel sur le marché canadien de l’assurance garantie à cout nivelé », a expliqué la compagnie dans un avis distribué à sa force de vente, et dont le Journal de l’assurance a obtenu copie.

Paul Smith, vice-président du marketing et développement des produits d’assurance individuelle chez Manuvie, affirme que la faiblesse des taux d’intérêt est responsable de l’augmentation des tarifs dans l’industrie. Les assureurs établissent un prix nivelé en déterminant où ils peuvent investir les primes afin d’obtenir un rendement décent et échelonner ce dernier dans le temps, a-t-il expliqué en entrevue au Journal de l’assurance. Lorsque les prix ont été établis il y a plusieurs années, une compagnie pouvait espérer des taux d’intérêt d’environ 8,5 %. De toute évidence, de telles hypothèses ne sont plus valides, a-t-il ajouté.

« Fondamentalement, ce qui s’est passé l’année dernière, c’est que les compagnies ont vu la nécessité d’augmenter les prix pour plusieurs années, mais en ayant toujours l’impression que les taux étaient à leur plus bas et qu’ils allaient forcément remonter », dit M. Smith. Or, Manuvie et certains de ses concurrents se sont rendu compte qu’ils se trouvaient dans un contexte de faibles taux d’intérêt à long terme. La situation s’est détériorée depuis. Les taux d’intérêt ont reculé de presque un autre point de pourcentage au cours de la dernière année, ce qui s’est traduit par cette nouvelle ronde d’augmentations des taux de tarification.

D’autres hausses de tarification sont-elles vraisemblablement à prévoir? Selon M. Smith, cela dépend du comportement des taux d’intérêt. « Si les taux d’intérêt reculent encore – et c’est ce qui est arrivé depuis notre dernière annonce de hausse de tarifs – un scénario où les taux devront augmenter est fort possible », dit-il.

M. Smith ajoute qu’en raison du niveau élevé de concurrence sur le marché, aucune compagnie n’a voulu être la première à augmenter les taux de peur de perdre sa part de marché, mais cette attitude a changé. « Les assureurs se rendent compte que nous ne pouvons pas faire cela éternellement et que nous devons remettre de l’ordre », dit-il.

Peter Wouters, directeur fiscalité, planification successorale et marketing des produits d’assurance individuels chez Empire Vie, affirme que l’industrie récolte maintenant ce qu’elle a semé ces dernières années en jouant au chat et à la souris. « Une compagnie décidait de réduire ses taux pour gagner des parts de marché, même si elle se doutait que ce n’était pas viable d’agir ainsi. Les autres joueurs décidaient alors de suivre pour ne pas se retrouver sur les lignes de côté », dit-il.
Or, en ce moment, c’est tout le contraire qui se produit. « Nous n’aurions probablement jamais dû diminuer les taux autant que nous l’avons fait. Maintenant, on ne peut plus éviter les hausses. »

En plus des bas taux d’intérêt, M. Wouters attribue la situation aux exigences règlementaires canadiennes, notamment en ce qui a trait aux réserves de capital et à l’implantation des Normes internationales d’informations financières (IFRS). Il est ainsi très difficile pour un assureur de soutenir des produits garantis sur le long terme, dit-il.

Malgré les augmentations de tarification, Paul Smith de Manuvie est d’avis que les produits d’assurance vie universelle à coût nivelé continuent de représenter une bonne valeur pour les clients. « Même après la nouvelle tarification, un homme de 45 ans, ayant acheté un produit sous-financé, obtiendrait un taux de rendement interne sur les primes de l’ordre de 4,5 %, selon son espérance de vie, ce qui est un excellent rendement compte tenu de ce qu’il obtiendrait s’il investissait dans des obligations et c’est complètement garanti. »

Que font les autres joueurs?

La Financière Sun Life prévoit-elle augmenter les taux nivelés des produits d’assurance-vie universelle? Paul Fryer, vice-président, assurance individuelle, a répondu que sa compagnie surveille les tendances dans ce marché. Chez Assomption Vie, un porte-parole de la compagnie a confirmé au Journal de l’assurance que son produit d’assurance universelle est présentement sous révision.

Pierre Vincent, vice-président principal, stratégies des produits et développement des affaires chez Transamerica Vie Canada, est d’avis que sa compagnie haussera ses couts nivelés d’assurance avant la fin de l’année. « Le cout nivelé d’assurance vie universelle génère une très faible rentabilité pour les compagnies d’assurance et les récentes réductions des taux d’intérêt n’aident pas. En conséquence, toutes les compagnies d’assurance devraient augmenter et augmenteront leur cout nivelé d’assurance prochainement, y compris Transamerica. »

Selon M. Vincent, le marché augmente graduellement les taux au niveau qu’ils devraient être et il pourrait survenir de nouvelles rondes de hausses de tarification. « Même si le prix augmente cette fois en moyenne de 10 %, par exemple, une telle augmentation ne sera pas suffisante pour soutenir une période prolongée de bas taux d’intérêt. »

Peter Wouters d’Empire Vie soutient que l’industrie répond de façon appropriée au besoin de monter les taux, bien que les assureurs implantent ces changements avec précaution pour demeurer dans ce marché. Il ajoute que les phases de hausse de tarification vont se poursuivre et ne peut prédire quand elles vont prendre fin.

Une autre raison explique la prudence des assureurs à augmenter les tarifs des produits à couts nivelés. M. Wouters souligne qu’il s’agit de produits qui génèrent des ventes dans d’autres segments, tels l’assurance temporaire, l’investissement et les maladies graves.

« Si vous n’êtes pas dans ce marché, les conseillers ne vendront pas vos produits. Ils vendront les produits d’un autre, incluant ceux qui sont moins risqués et plus profitables. Il s’agit donc d’éviter les dommages collatéraux », dit-il.

Les produits à couts nivelés sont-ils appelés à disparaitre? Ce n’est pas impossible, selon M. Wouters. Plus il y aura de pressions convergentes sur les assureurs, plus ils pourraient être portés à prendre une décision en ce sens, dit-il. « En tant qu’assureurs, nous pouvons décider que nous n’avons pas les moyens de conserver ces produits. Pour qu’ils soient au niveau qu’ils devraient être, il faudrait augmenter les primes de 30 % à 50 %. Qui en voudra à ce prix? Même à un tel niveau, il serait dispendieux pour un assureur de les conserver, vu les réserves de capital qu’il faut conserver en lien avec ces produits. Ce n’est pas une manière efficace de conserver du capital pour une compagnie ou un actionnaire », dit-il. M. Wouters ajoute que le Canada est d’ailleurs le seul pays au monde à avoir des produits du genre.

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