Après une année 2024 où le nombre de réclamations à la suite de catastrophes naturelles a été considérable au Canada, l’année qui a suivi a semblé relativement paisible. Pourtant, 2025 se classe au 10e rang parmi les plus coûteuses en matière de pertes assurées reliées à des sinistres catastrophiques.
Selon l’estimation rapportée par le Bureau d’assurance du Canada (BAC) le 20 janvier dernier, les événements météorologiques violents ont entraîné des pertes assurées de 2,4 milliards de dollars (G$) en 2025. L’année dernière se classe désormais en 10e place du palmarès des années les plus coûteuses en matière de dommages couverts par l’assurance.
Rappelons qu’en 2024, le Canada a vécu sa pire année avec des sinistres majeurs ayant causé des pertes assurées de plus de 9 G$. Dans le tableau ci-dessous, on constate que 8 des 10 années les plus coûteuses pour les assureurs en cette matière ont eu lieu dans la dernière décennie.
Cette évaluation a été faite par Catastrophe Indices and Quantification (CatIQ), qui rapporte cinq épisodes météorologiques ayant représenté 53% des montants versés pour de telles réclamations. Ces événements notables sont énumérés par ordre d’importance en millions de dollars (M$) :
- La tempête de pluie verglaçante du 28 au 31 mars qui a touché l’Ontario et le Québec : 490 M$.
- Les feux de forêt de Flin Flon (Manitoba) et de La Ronge (Saskatchewan) en mai : 300 M$.
- Les tempêtes violentes du 20 et 21 août 2025 dans les trois provinces des Prairies : 235 M$.
- Un autre épisode de grêle à Calgary le 13 juillet : 160 M$. À cet égard, le BAC souligne que les dommages assurés en lien avec les tempêtes de grêle dépassent les 6 G$ lors des cinq dernières années.
- La série de rivières atmosphériques qui ont provoqué des inondations en Colombie-Britannique en décembre : 90 M$. À ce sujet, le BAC mentionnait à la mi-décembre que plusieurs des propriétés sinistrées en 2025 n’étaient plus assurables en raison de leur vulnérabilité, ce qui a été révélé lors des inondations de 2021.
De 2006 à 2015, les dommages assurés causés par ces extrêmes météorologiques s’élevaient à 14 G$, après ajustement de l’inflation. Durant les dix dernières années, ces dommages ont atteint 37 G$, une augmentation de 164% par rapport à la décennie précédente, indique le BAC. Le nombre d’indemnisations en lien avec ces événements a presque doublé durant la même période.
En considérant le besoin de construire de nouveaux logements, le BAC insiste auprès de tous les paliers de gouvernement pour qu’ils investissent dans la résilience des communautés. L’organisme mentionne notamment l’adoption de règles d’aménagement du territoire qui garantissent que les nouvelles constructions ne soient pas érigées dans des plaines inondables.
2025, la troisième année la plus chaude
Le 14 janvier dernier, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a rapporté que la température moyenne à la surface du globe l’année dernière a dépassé de 1,44°C la moyenne de la période 1850-1900. Ce faisant, 2025 est l’une des trois années les plus chaudes jamais observées.
Les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, ajoute l’OMM. La moyenne triennale consolidée de la température pour la période 2023-2025 est supérieure de 1,48°C à celle de l’époque préindustrielle. La marge d’erreur est de 0,13°C.
La tendance 2015-2025 confirme cette tendance au réchauffement. Selon Celeste Saulo, secrétaire générale de l’organisme, malgré un épisode du courant La Nina qui induit un refroidissement, l’accumulation des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère continue de piéger la chaleur. « Les températures élevées des terres émergées et des océans ont contribué à alimenter des phénomènes météorologiques extrêmes — vagues de chaleur, fortes pluies et cyclones tropicaux intenses —, soulignant la nécessité vitale de mettre en place des systèmes d’alerte précoce », indique Mme Saulo.
Les océans captent environ 90% de l’excédent de chaleur dû au réchauffement climatique. La température moyenne annuelle de la mer en surface à l’échelle du globe était supérieure de 0,49°C à la valeur de la période de référence 1981-2010.
L’OMM analyse huit jeux de données pour faire ces estimations, et les fournisseurs ont communiqué leur bilan le même jour. Deux de ces fournisseurs ont classé l’année 2025 au deuxième rang parmi les années les plus chaudes.
Selon les données rapportées par l’observatoire Copernicus du Centre européen pour les prévisions météorologiques, un des fournisseurs de l’OMM, la température moyenne a été de 14,97°C en 2025. Tous les records mensuels de température moyenne ont été enregistrés au cours des trois dernières années, soulignent les chercheurs.
Respect des engagements
Lors d’une session d’information avec les médias le 20 janvier, l’équipe du consortium Ouranos a présenté une synthèse des impacts à long terme de ce réchauffement climatique sur les températures hivernales, les précipitations et les inondations printanières d’ici la fin du 21e siècle.
En résumé, pour le cas spécifique du Québec :
- les températures moyennes hivernales augmenteront ;
- les vagues de froid extrêmes se feront plus rares ;
- la saison sans gel commencera plus tôt et se terminera plus tard ;
- les événements de gel-dégel subiront un décalage saisonnier, environ deux semaines plus tard à l’automne et deux semaines plus tôt au printemps ;
- la pluie verglaçante tend à augmenter au nord et à diminuer au sud ;
- la saison de couvert de neige raccourcira sur tout le territoire ;
- le manteau neigeux tend à diminuer dans le Québec méridional ;
- les crues printanières seront plus hâtives ;
- l’évolution des embâcles de glace variera grandement selon les rivières.
Durant la présentation des experts d’Ouranos, le Portail de l’assurance a constaté que ces prévisions étaient basées sur le scénario élevé d’émissions de GES (SSP3-7.0). Or, les engagements adoptés par les gouvernements dans la foulée de l’Accord de Paris sur le climat montrent que le scénario le plus réaliste permet d’envisager un réchauffement qui sera plus limité, entre deux et trois degrés par rapport à l’ère préindustrielle.
En réponse à un commentaire fait à ce sujet sur le canal de conversation de l’activité, le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque, a souligné qu’au fil des différentes conférences de l’ONU sur le climat, les engagements pris par les gouvernements n’ont pas toujours été respectés. Selon lui, le scénario élevé ne peut être définitivement écarté.
Moins de 48 heures plus tard, soit le 22 janvier, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Bernard Drainville, annonçait que le gouvernement du Québec maintenait sa cible de réduction des émissions de GES à 37,5% sous le niveau de 1990. Cependant, l’atteinte de la cible a été reportée à 2035, au lieu de 2030.
De 1990 à 2025, les émissions de GES du Québec ont baissé d’environ 20%, selon les données fournies par le ministre. Le ministre Drainville est d’avis qu’il n’est pas réaliste d’imposer l’atteinte de la cible dans les cinq années à venir, alors que le Québec aura mis 35 ans, soit de 1990 à 2025, pour parcourir un peu plus de la moitié du chemin.
Cette affirmation sur les « 35 ans d’efforts » doit être mise en contexte. Au chapitre 10 de l’ouvrage collectif La Révolution tranquille : 60 ans après, paru aux Presses de l’Université de Montréal, l’auteure Annie Chaloux relate l’évolution des politiques climatiques au Québec.
Elle rappelle que le premier plan d’action du Québec sur le climat a été adopté en 1995, trois ans après le premier Sommet de la Terre à Rio de Janeiro. Mais ce n’est qu’en 2006, après la COP 11 tenue à Montréal l’année précédente, que le gouvernement québécois a adopté une stratégie concrète de réduction des émissions de GES avec des cibles contraignantes.