Les six premiers mois de 2025 laissaient présager le pire quant aux impacts des catastrophes naturelles. Par la suite, les tempêtes tropicales dans l’Atlantique Nord ayant évité de toucher terre aux États-Unis, l’année 2025 aura finalement été la moins coûteuse en matière de pertes économiques depuis 2015, selon Aon.
Greg Case, le président-directeur général d’Aon, constate que même si les pertes économiques ont été moindres en 2025, « la tendance à long terme est claire : les risques liés aux aléas climatiques sont en hausse », écrit-il dans l’introduction du rapport 2026 Climate and Catastrophe Insight, publié le 20 janvier dernier.
Cette volatilité dans une même année, et d’une année à l’autre, ne doit pas cacher la réalité, selon Jérôme Jean Haegeli, économiste en chef de Swiss Re. « La facture des dommages assurés continue d’augmenter », indique-t-il dans le sommaire publié par le réassureur en décembre.
M. Haegeli ajoute que l’industrie de l’assurance et les réassureurs ont le double mandat d’absorber les chocs associés à ces événements, mais aussi d’informer adéquatement les décideurs publics et les investisseurs privés quant aux gestes à poser afin de mitiger les dommages futurs.
« Une pure chance que les États-Unis ont été épargnés par les ouragans en 2025 », souligne Thomas Blunck, membre du conseil d’administration de Munich Re dans le communiqué publié le 13 janvier 2026. Il constate cependant que ce marché est toujours le plus coûteux pour les assureurs, en raison de la tendance croissante à des dommages considérables causés par des périls secondaires.
Selon l’Institut Swiss Re, les dommages assurés associés aux sinistres catastrophiques se sont chiffrés à 107 milliards de dollars américains (G$ US) en 2025, en légère baisse de 3% comparativement à la moyenne annuelle des dix années précédentes. (Tous les chiffres qui suivent sont en dollars américains.) Par contre, les pertes économiques ont totalisé 220 G$, en baisse de 18% comparativement à la moyenne annuelle de la période 2015-2024.
Aon a dénombré 49 événements ayant causé des pertes économiques dépassant le milliard de dollars américains, dont 30 ont dépassé la même somme en matière de dommages assurés. À cet égard, n’eût été des feux de Los Angeles, 2025 aurait été l’année la moins coûteuse en pertes assurées depuis une décennie.
Ouragans et typhons
Même si la saison des ouragans dans l’Atlantique Nord a été assez active, avec treize tempêtes tropicales, incluant trois ouragans ayant atteint la catégorie 5 sur l’échelle Saffir-Simpson, aucun des cinq ouragans n’a touché terre aux États-Unis. C’est la première fois en dix ans que ce pays n’est pas touché par un ouragan, note Munich Re.
L’ouragan Mélissa, qui a ravagé la Jamaïque et Cuba les 22 et 23 octobre, a entraîné des dommages assurés de 2,5 G$, selon Swiss Re. De son côté, Munich Re évalue les pertes à 9,8 G$ pour tous les pays touchés par Mélissa, dont 3 G$ en dommages assurés, tout en ayant causé au moins 95 décès.
Aon souligne le record établi par ce même ouragan, avec une rafale ayant atteint 402 km/h à 200 mètres du niveau de la mer, la plus forte jamais enregistrée par une sonde. Dans son rapport, elle souligne aussi la qualité des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) utilisés par le National Hurricane Center, lesquels ont permis d’alerter les autorités dès que la tempête a atteint le statut d’ouragan, soit trois jours avant que Mélissa frappe la Jamaïque. Gallagher Re consacre aussi une page de son rapport sur l’utilisation de l’IA afin de prévoir la trajectoire d’un ouragan et son potentiel de destruction.
Dans le sud-est de l’Asie, les pluies torrentielles et les tempêtes tropicales de novembre dernier ont provoqué des inondations majeures, surtout au Vietnam, en Thaïlande et en Indonésie. Selon Munich Re, les typhons Senyar et Ditwah ont coûté la vie à au moins 1 750 personnes. De son côté, Gallagher Re rapporte au moins 2 129 décès en lien avec ces deux événements, tandis qu’Aon évalue à 2 049 le nombre des pertes de vies associées à ces deux tempêtes.
Gallagher Re constate que l’industrie de la réassurance a commencé l’année 2026 avec des capitaux records à déployer, lesquels sont estimés à 838 G$. Parmi les tendances que le réassureur surveillera en 2026, la firme insiste notamment sur la nécessité de revoir les codes de construction, ou d’en implanter là où ils sont inexistants, afin de limiter les dégâts dans les grandes agglomérations urbaines. Gallagher Re traite également des progrès modestes obtenus à la 30e session des Nations Unies sur l’environnement (COP 30) tenue au Brésil et de l’importance d’obtenir des engagements concrets pour limiter le réchauffement du climat à 1,5°C prévu dans l’Accord de Paris.
La Californie brûle
Selon les sources, entre 80 et 83 % des dommages assurés à l’échelle mondiale en 2025 sont liés à des réclamations faites aux États-Unis. Dans son bilan paru le 16 décembre dernier, les chercheurs de l’Institut Swiss Re rapportaient que les feux survenus dans la région métropolitaine de Los Angeles en janvier dernier ont à eux seuls coûté plus de 40 G$ en dommages assurés. Munich Re rapporte la même estimation. L’évaluation faite par Aon et par Gallagher Re est de 41 G$.
En lien avec ces feux, les plus coûteux de l’histoire récente, « l’ampleur des destructions reflète une convergence de facteurs météorologiques, tels que des conditions chaudes et sèches prolongées et des vents forts, avec une plus grande exposition, en particulier pour les habitations et les biens résidentiels de grande valeur qui s’étendent dans des zones d’interface forêt-ville dangereuses », selon Swiss Re.
Dans son rapport intitulé 2025 Natural catastrophe snapshot, Howden Re fait le constat similaire de cette combinaison d’une longue sécheresse et de vents violents. Ce cocktail météorologique a eu lieu dans un territoire urbanisé à proximité de terres publiques à l’état sauvage (wildland-urban interface, ou WUI), ce qui a provoqué deux sinistres d’une ampleur exceptionnelle en raison de l’exposition et de la vulnérabilité au feu.
Howden Re ajoute qu’il ne faut pas s’étonner du faible pourcentage de sinistrés californiens qui ont obtenu des permis pour reconstruire depuis les feux de janvier 2025. « Ces retards reflètent l’incertitude des propriétaires quant à leur engagement dans un long processus de reconstruction, en particulier pour les propriétés de grande valeur qui nécessitent des matériaux sur mesure, une main-d’œuvre qualifiée rare et des permis complexes. Ces difficultés sont encore visibles aujourd’hui dans les travaux de reconstruction en cours à la suite des incendies Tubbs et Camp, survenus respectivement en 2017 et 2018 », indiquent les auteurs du rapport.
La canicule
Aon rapporte quelque 42 000 décès associés à des catastrophes naturelles et aux extrêmes météorologiques à l’échelle mondiale en 2025. Cette estimation comprend quelque 24 400 décès déclarés en Europe, reliés à plusieurs épisodes de canicule de juin à août 2025.
Gallagher Re rapporte une estimation similaire d’environ 24 000 pertes de vie reliées aux épisodes de canicule en Europe et au moins 282 autres au Japon, en Corée du Sud et aux États-Unis. Avec les sécheresses et les feux qu’elle a entraînés, cette chaleur extrême a causé de nombreux dommages en Espagne, en Italie, en France, en Belgique, en Allemagne et au Royaume-Uni, souligne Aon.
Tempêtes violentes
Les tempêtes violentes (severe convective storms, ou SCS) continuent de représenter une part importante des dommages assurés, estimée à 50 G$ par Swiss Re en 2025. « L’urbanisation des zones à risque, la hausse de la valeur des biens immobiliers, l’augmentation des coûts de construction et des facteurs tels que la vétusté des toitures font de ces orages un risque majeur pour les assureurs », indique Balz Grollimund, chef des risques catastrophiques de Swiss Re.
« Comme les événements isolés entraînent rarement des pertes assurées importantes, il est essentiel que les assureurs prennent en compte l’effet cumulatif d’événements fréquents, même à faible sinistre, ainsi que l’augmentation de la valeur des biens immobiliers et des coûts de réparation. Une vision plus globale de ce risque est indispensable pour garantir une souscription et une gestion des risques adéquates », ajoute M. Grollimund.
À propos des tempêtes de type SCS, Aon rapporte des sinistres assurés totalisant 61 G$, tandis que Gallagher chiffre les coûts de ce type de risque à 60 G$, ou 47% de tous les dommages assurés.
Howden Re souligne le caractère exceptionnel du typhon Ragasa, qui a causé de lourds dommages dans le sud-est de l’Asie, surtout à Hong Kong et à Taïwan, du 21 au 26 septembre. Des alertes d’ondes de tempête de 3,5 à 3,8 mètres ont été lancées sur les côtes orientales de Hong Kong, mais leur sommet n’a pas eu lieu à la marée haute, ce qui a limité la gravité des inondations dans les quartiers les plus vulnérables.
En raison de la densité de population et de la concentration des actifs dans cette région, un typhon majeur peut créer des dommages records. « L’analyse historique ne révèle aucune tendance claire quant à la fréquence des typhons violents touchant Hong Kong, ce qui souligne l’importance croissante de la modélisation des risques et de la résilience financière », souligne Howden Re.
Séismes
Le tremblement de terre d’une magnitude de 7,7 au Myanmar, le 28 mars 2025, a entraîné au moins 4 500 pertes de vie, selon les données de Munich Re, de même que des pertes estimées à 12 G$, dont 1,5 G$ en pertes assurées. Aon évalue les pertes économiques de ce séisme à 15,7 G$ et estime les pertes de vies à 5 456 personnes. Quant à Gallagher Re, ses estimations sont de 14,5 G$ en pertes économiques et de 4 663 décès.
De son côté, Howden Re rapporte 5 300 décès en lien avec le séisme au Myanmar, qui a provoqué une rupture sur 500 km de la faille Sagaing. La secousse a été ressentie jusqu’à Bangkok en Thaïlande, à plus de 1 000 km de l’épicentre, où une tour d’habitation en construction s’est effondrée.
Le tremblement de terre (et les secousses subséquentes) qui a touché Kunar en Afghanistan, du 31 août au 5 septembre, est le deuxième sinistre le plus meurtrier de l’année, avec environ 3 000 pertes de vie, selon Munich Re et Aon. L’estimation faite par Gallagher Re est plutôt de 2 217 décès.
Swiss Re souligne l’efficacité du système d’alerte préventif dans le Pacifique, qui a été mis à contribution en juillet dernier, à la suite du tremblement de terre survenu dans la péninsule du Kamtchatka, en Russie. Le séisme a atteint une magnitude de 8,8, ce qui en faisait le sixième plus important événement du genre depuis 1900. Le séisme a causé un tsunami dont les vagues ont été ressenties à Hawaï et sur la côte ouest des États-Unis, mais le système d’alerte préventive a permis de sauver des vies, selon le réassureur.