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COVID-19 : un courtier demande aux assureurs de dommages de geler les primes

par Hubert Roy | 06 avril 2020 08h01

Photo : Freepik

Que font les assureurs de dommages pour aider la société québécoise et canadienne face à la pandémie de la COVID-19 ?

Ils n’en font pas assez comparativement à d’autres pans de l’économie, affirme Louis-Thomas Labbé, président et chef de la direction de GPL Risque et Assurance, une entreprise Gallagher.

Dans une lettre envoyée au Portail de l’assurance, il propose une avenue : un gel des primes en 2020.

Louis-Thomas Labbé

Pour M. Labbé, les assureurs de dommages doivent poser ce geste pour éliminer l’incertitude et soutenir leurs assurés dans un moment aussi critique. Il en va même de leur éthique, affirme-t-il.

En 40 ans de carrière dans l’industrie, il dit ne jamais avoir vu une crise de la sorte. L’onde de choc de celle-ci se ressentira pendant plusieurs années, ajoute-t-il.

« Devant l’ampleur des dégâts, les gouvernements ont pris des mesures extraordinaires pour s’assurer que la société se relève de cette crise », souligne-t-il.

Il en donne des exemples :

  • Le gouvernement du Québec a accordé plus de 2,5 milliards de dollars (G$) d’aide aux personnes et entreprises via Investissement Québec, entre autres, tout en coordonnant avec les banques et les organismes financiers une offre de subventions, de prêts sans intérêt et de marges de crédit, entre autres.
  • La Caisse de dépôt et placement du Québec a rendu disponible un montant de 4 G$ en programmes pour soutenir les entreprises avec lesquelles elle a des liens d’affaires existants.
  • Le gouvernement du Canada a accordé 200 G$ en soutien financier, dont des subventions versant plus de 75 % des salaires pour les gens ayant perdu leur emploi.
  • Les banques canadiennes et les mouvements coopératifs ont affiché une flexibilité dans le temps sur les remises de paiements des hypothèques et une simplification des conditions d’accès au crédit.
Que font les assureurs de dommages ?

Selon M. Labbé, les assureurs de dommages n’en font pas assez, ce qu’il déplore. Il dit observer de rares exceptions liées à des couvertures d’assurance spécialisées, comme l’annulation d’événements ou l’assurance-crédit entre autres, ou pour certaines autres polices avec clauses manuscrites. « Il n’a jamais été l’intention des assureurs de garantir les risques associés aux pandémies, car ceci mettrait en péril la viabilité entière de l’industrie. »

M. Labbé ajoute que les mesures proposées adoptent davantage une approche de « cas par cas », qui limite l’impact financier chez l’assureur lui-même, puisque ce dernier ne se commet pas comme les autres acteurs financiers ont pu le faire. « Certaines de ces mesures n’ont rien d’extraordinaires. Ce sont des mesures courantes qu’offrent les assureurs en temps normal. »

À titre d’exemple, il donne celui où des assureurs accordent des réductions de primes puisque les gens utilisent moins leurs véhicules. Ce n’est pas une réelle mesure d’allègement financier selon lui.

« Ajuster la prime selon l’utilisation d’un véhicule, donc le risque, c’est ce à quoi on s’attend de notre assureur. C’est comme si un restaurateur vous disait : je ne vous facturerai pas pour la soupe que vous n’avez pas commandée. »

Des hausses de primes qui ne passent pas

M. Labbé affirme aussi que les hausses des primes d’assurance qui résultent des modifications à la tarification des assureurs entamés à l’automne 2018 se poursuivent. « Quand toute la planète se met sur pause, ce n’est pas le temps pour ces entreprises milliardaires d’augmenter leur rentabilité. On va tous perdre quelque chose dans cette crise. On doit l’accepter. »

Selon M. Labbé, la révision de la tarification est liée à la baisse des primes en raison de la vive compétition que se sont livrée les assureurs au cours des 15 dernières années. Ceci a fragilisé la solidité du bilan financier de ces entreprises, dit-il. Les révisions à la hausse étaient nécessaires pour renforcer et stabiliser les ressources financières de l’ensemble du marché, et ce, à l’échelle mondiale, ajoute-t-il.

M. Labbé rappelle que les hausses de primes ont cours depuis 15 mois. Les assureurs ont amélioré leur rentabilité depuis, affirme-t-il, disant s’appuyer sur des rapports officiels de plusieurs assureurs canadiens et de Lloyd’s de Londres.

« Il est urgent que l’industrie fasse sa part dans l’effort collectif. Elle doit cesser d’exiger des augmentations de primes pour tous les assurés, particuliers et entreprises, en offrant des renouvellements garantis aux taux de 2019 pour le reste de l’année 2020. »

« La solution : un gel de primes ! »

M. Labbé ajoute que des exceptions devraient être faites pour les dossiers représentant des fréquences et de la sévérité de réclamations abusives au cours des cinq dernières années. La population et les entreprises ont néanmoins besoin de couvrir leurs biens personnels et leurs actifs commerciaux, dit-il.

« Ce n’est pas un choix, mais une obligation. Les assureurs doivent poser un geste concret en éliminant l’incertitude et en soutenant leurs assurés dans un moment aussi critique. Un gel des primes est la solution ! »

Une fois la crise passée, il sera toujours temps pour les assureurs de réviser les dossiers de leurs clients et de faire les ajustements nécessaires, poursuit M. Labbé. « Pour l’instant, ce n’est tout simplement pas le moment ! Ceci est non seulement une question d’éthique, mais aussi et surtout de morale collective dans cette période angoissante pour tous. »

PAR HUBERT ROY ET SERGE THERRIEN

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