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COVID-19 : n’attendez pas la fin de la récession pour investir

par Alain Thériault | 05 juin 2020 13h00

Photo: Freepik

La pandémie de COVID-19 entraine des occasions d’investir dès maintenant et changera la face de l’économie de manière permanente, soutiennent des gestionnaires de caisses de retraite et de fonds communs. Le mot d’ordre à l’échelle internationale : n’oubliez pas de diversifier vos placements.

La crise de la COVID-19 crée à travers la planète une onde de choc que tous les investisseurs ressentent, qu’ils soient individuels ou institutionnels. Les récents déboires des régimes de retraite en témoignent.

Firme de recherche analytique située au Royaume-Uni, GlobalData estime que la COVID-19 a placé sous les projecteurs la vulnérabilité des marchés des capitaux aux chocs externes. Son sondage 2020 sur les régimes de retraite révèle que cette crise entraine une plus grande diversification dans les activités de financement des régimes de retraite. Il indique aussi que le sort des régimes d’employeurs inquiète particulièrement les 55 à 64 ans.

Louer sa maison ou diversifier ses placements ?

« Les prestations de retraite sont particulièrement vulnérable à la volatilité et les participants de régime de ce groupe d’âge pourraient devoir repousser leur horizon de retraite pour compenser les pertes qu’ils ont subies en raison de la COVID-19 », souligne Daniel Pearce, analyste principal en assurance de GlobalData. Ces personnes envisagent de louer une propriété ou libérer des sommes de leur hypothèque, croit-il. « Ces deux options pourraient devenir de plus en plus populaires, parce qu’elles sont relativement immunisées contre la volatilité des marchés. »

M. Pearce estime que l’industrie de l’assurance doit aider les participants de régime à envisager un portefeuille d’actifs plus diversifié pour financer leur retraite. « Si l’impact de la COVID-19 doit perdurer pendant des années et freiner les rendements, la tendance à la diversification pourrait s’ancrer dans la planification de la retraite, ce qui attirera l’attention des participants d’autres groupes d’âge envers la planification de la retraite », pense M. Pearce.

Diversification, diversification, diversification

Dans une table ronde virtuelle présentée le 4 juin 2020 par l’Association canadienne des administrateurs de régimes de retraite (ACARR), le mot diversification est revenu maintes fois durant les débats. Pour diversifier, la PDG de Division des investissements du CN, Marlene Puffer, a dit augmenter ses investissements en dette privée. En actions, la répartition géographique se fera plus ciblée, alors que Mme Puffer transférera de plus en plus d’actifs vers des régions à forte croissance comme les États-Unis. Alors que tous s’attendent à des rendements boursiers plus modestes durant la reprise économique, elle a réduit ses attentes à long terme pour les actions.

Mature, le régime de retraite de Canadien National a besoin de capital pour payer les rentes de ses nombreux retraités, ajoute-t-elle pour expliquer l’accent qu’elle porte sur la dette privée. Les obligations corporatives ont l’avantage d’être peu exposées au risque de volatilité des marchés boursiers, tout en donnant des rendements supérieurs à ceux des obligations gouvernementales, dit Mme Puffer. « La composition de notre portefeuille a changé. Pour assurer une plus grande diversification, nous réduirons l’achat de titres à revenu fixe. »

Son régime compte plus de 50 000 retraités et participants, et gère 18 milliards de dollars (G$) d’actifs. « Nous rééquilibrons notre portefeuille en fonction du risque de liquidité », dit-elle.

De son côté, Derek Brodersen peut se permettre d’axer davantage sa stratégie d’investissement sur les rendements boursiers à long terme. Le régime dont il est chef des investissements, Alberta Teachers’ Retirement Fund, est loin d’être mature, dit-il. « Quand les marchés sont sous pression, nous n’avons pas à vendre d’actif pour payer les prestations de retraite », souligne M. Brodersen.

Il s’attend aussi à des rendements boursiers plus bas après la reprise, mais se dit moins baissier (bearish) que certains. Il envisage des secteurs moins achalandés et se montre disposé à prendre plus de risque, quitte à le réduire en recourant au levier financier.

Le chef des investissements d’Alberta Teachers garde aussi un œil sur le secteur immobilier. Ce secteur sera affecté à la suite du confinement, parce que plusieurs entreprises réduiront leur espace de bureaux. Il croit que d’un autre côté, cela créera des opportunités pour des promoteurs immobiliers. Ils pourront acquérir des propriétés « au juste prix » et ensuite réaliser des développements.

Gare aux zombies

Vous avez une compagnie peu performante et vous demandez comment passer à travers la crise de la COVID-19 ? Pas de problème : émettez des obligations ou des débentures et les banques centrales vous les rachèteront si vous ne trouvez pas preneur. Autre panéliste de l’ACARR, Yanick Desnoyers, vice-président et économiste principal d’Adenda Capital craint ainsi l’apparition de compagnies « zombies », et s’applique à les discerner.

Après la reprise économique, il croit que les banques centrales se retrouveront avec beaucoup de dette privée sur les bras. « Comment le marché pourra-t-il distinguer une compagnie performante d’une autre qui ne l’est pas ? Il faudra peut-être s’attendre à une période de productivité et de croissance plus lente pendant la reprise économique », dit-il. C’est pourquoi la gestion active est très importante si on veut éviter de se retrouver avec ces compagnies zombies, renchérit Marlene Puffer.

Dans le sillage du confinement

Les investisseurs individuels doivent aussi penser aux traces que laissera la COVID-19, une fois contrôlé. Selon Pier-Alexandre Drouin, vice-président de district de Fidelity Investments au Québec, le confinement a fait exploser les ventes en ligne, non seulement d’Amazon mais aussi des manufacturiers. Cette tendance demeurera, selon lui. Intermédiaire entre Fidelity et les conseillers, M. Drouin a livré ces propos lors d’un webinaire consacré aux clients de Tony Guzzo, président du cabinet Expertiz Gestion de patrimoine.

M. Drouin a ponctué ses observations de faits cocasses. « Au début du confinement, on craignait une pénurie pancanadienne de papier de toilette. Les ventes en ligne de ce produit ont augmenté de 190 % en mars, relate-t-il. En avril, tous voulaient faire leur pain à la maison. Il n’y avait plus de levure à l’épicerie. » Les ventes en ligne de machines à pain ont explosé.

Ne manquez pas le rebond

Fidelity entend se concentrer à découvrir les occasions d’investir dans les entreprises qui bénéficieront le plus des tendances engendrées par la pandémie. Il croit que d’excellentes occasions peuvent être saisies dès maintenant. « Vous ne devriez pas attendre la fin de la récession avant d’investir », a lancé M. Drouin.

« Une récession ne veut pas dire que les marchés boursiers ne peuvent pas donner de rendement », poursuit le vice-président de district de Fidelity. Historiquement, le marché boursier américain a perdu en moyenne 35 % en période de récession, selon les données de Fidelity qu’il a présentées. Une ligne de temps intégrée au tableau révèle que 69 % de la récession est écoulée en moyenne lorsqu’en survient le creux. Les 31 % du temps qui reste à écouler de la récession donnent lieu à des rendements moyens de 24 %. 

M. Drouin estime qu’il est possible que le creux ait déjà été atteint dans le cas présent. « Cela s’est déjà vu dans l’histoire, par exemple en 1958. » La COVID-19 a commencé à inquiéter les marchés financiers américains dès février 2020. Selon d’autres données de Fidelity, l’investisseur qui investit en récession récolte un rendement moyen de 18,4 % au bout d’un an. Celui qui investit hors récession en obtient un de 11,4 %. Plutôt que choisir le moment d’entrer au marché, M. Drouin exhorte les investisseurs à demeurer investis. « La patience est la clé ; le temps joue en notre faveur sur les marchés. »

COVID-19 : Brésil et Inde inquiètent

Dans son bulletin des marchés pour la semaine se terminant le 29 mai, Expertiz Gestion de patrimoine a rapporté que le marché des obligations a clôturé en terrain négatif, soit à - 0,92 %, contrairement à celui des actions qui a fini la semaine de façon positive, à + 2,06 %.

En regard de la COIVD-19, la firme de gestion de patrimoine note une accélération inquiétante des cas dans les pays à l’économie émergente, tels que l'Inde et le Brésil. « Les risques demeurent présents », signale le bulletin. Il observe en revanche une réouverture économique progressive au sein des pays développés, mais la vitesse de la reprise sera plus lente. « Aux États-Unis, il faut s'attendre à une longue route pour revenir vers la normalité. Lors de la crise précédente de 2007-2009, il a fallu patienter de 70 à 75 mois pour que le niveau d'emploi revienne à son plus haut taux », analyse le bulletin.

Le Canada est plus durement touché, ajoute-t-il : « La croissance annualisée du produit intérieur brut (PIB) au premier trimestre s'est contractée à - 8 %, contre - 5 % chez notre voisin du sud. Le pays est durement frappé, et le deuxième trimestre passera à l'histoire. »

Les effets du déconfinement

M. Drouin croit que le confinement aura amené plusieurs pays à réaliser leur dépendance économique envers la Chine. Des entreprises seront tentées par d’autres pays asiatiques qui offrent une main-d’œuvre moins dispendieuse depuis déjà quelques années. D’autres auront réalisé qu’il leur serait bénéfique de rapatrier une certaine partie de leur production. De plus, les gouvernements s’efforceront de combattre un taux de chômage élevé.

Chez Addenda Capital, Yanick Desnoyers s’attend de voir l’économie prendre une tangente opposée à celle de la mondialisation des années 2000. « Nous verrons plusieurs entreprises ramener leur production à un niveau plus local, mais elles perdront le bénéfice d’une production à plus bas salaire, ce qui pourrait entrainer un peu plus d’inflation, surtout dans le secteur des biens de consommation », suggère M. Desnoyers.

Signaux positifs

Dans les marchés financiers, des signaux positifs se dessinent, observe Expertiz Gestion de patrimoine. Malgré la baisse rapide des marchés, 90 % des actions dépassent leur moyenne mobile de 50 jours, précise son bulletin.

Le bulletin observe aussi des signes encourageants dans la zone euro, alors que les autorités ont mis en place des programmes fiscaux pour aider certains pays, dont la Grèce, l’Italie, et l’Espagne. « C'est une forme de péréquation ou de redistribution de la richesse », peut-on lire. Expertiz croient que l’ensemble des signaux observés sont de bonnes raisons de favoriser les actions avant les obligations.

Un refuge qui brille

À l’affut de ce qui brille, Sara Shahram, gestionnaire de portefeuille de Placements Empire Vie, observe que depuis le début de l’année 2020, le prix de l’or est passé de 1 518 $ US l’once à près de 1 725 $ US le 29 mai. Il s’agit d’une augmentation de 14 % alors que la Bourse de Toronto (TSX) et l’indice S&P 500 ont baissé respectivement de 12,5 % et de 8,5 % durant cette période, a-t-elle signalé dans un blogue d’Empire Vie.

Investir dans l’or permet selon Mme Shahram d’épouser plus d’une perspective. « L’or présente à la fois des caractéristiques de type produits de base et des caractéristiques de type macroéconomique et monétaire », écrit-elle. C’est l’aspect macroéconomique qui tend à influencer le plus le prix de l’or, ajoute-t-elle.

Placements Empire Vie a augmenté son exposition à l’or dans la plupart de ses fonds au cours des six derniers mois. « Nous restons fidèles à notre philosophie de placement qui consiste à détenir des titres de sociétés ayant une position concurrentielle robuste et une équipe de gestion solide qui détient une excellente feuille de route en matière de répartition du capital. » Parmi elles, Mme Shahram désigne Agnico Eagle. Le portefeuille d’Agnico est composé d’actifs situés dans des juridictions sûres comme le Canada, le Mexique et la Finlande, et ses structures de coûts sont parmi les meilleures du secteur, signale entre autres la gestionnaire.

Alternative aux faible taux d’intérêt

L’or demeure selon la gestionnaire une valeur refuge, et son attrait augmente lorsque les taux d’intérêt sont bas. Les banques centrales les gouvernements ont combattu l’incidence économique de la pandémie la COVID-19 par le soutien monétaire et fiscal, ce qui a entraîné une baisse des taux d’intérêt voire des taux réels négatifs, ainsi qu’un gonflement de l’endettement. Ces effets affectent la confiance des investisseurs et augmentent la demande de l’or comme réserve de valeur, croit-elle. 

Mme Shahram estime que les taux d’intérêt négatifs, les valorisations boursières élevées et les réductions de dividendes de nombreuses sociétés réduisent fortement les désavantages de détenir de l’or, qui ne verse ni dividendes ni intérêts. « Ces facteurs ont augmenté la demande d’investissement pour l’or. Nous avons été témoins d’une poussée de la demande de fonds négociés en bourse (FNB) sur l’or, qui se trouve actuellement à un niveau record de 99 millions d’onces. Cette demande a entraîné une augmentation continue du prix de l’or, malgré une baisse importante de 40 % de la demande de bijoux sur 12 mois au premier trimestre. »

Mme Shahram rappelle que l’offre annuelle de l’or est d’environ 4 800 tonnes, ou 150 millions d’onces. Elle se compose principalement de nouvelle production minière (près de 70 % de l’offre), et d’or recyclé (30 % restants). « La demande comprend principalement les banques centrales, les bijoux, la technologie et l’investissement, ce qui inclut les pièces et les lingots ainsi que l’achat par des FNB sur l’or », précise-t-elle.

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