L’industrie de l’assurance de dommages est au ralenti depuis l’éclosion de la pandémie de COVID-19, ont exprimé des grossistes en assurance de dommages au Portail de l’assurance.

« Pour le moment, on ne peut pas souscrire de nouvelles polices en hospitalité ou pour ceux qui se lancent en affaire », dit Johanne Pistagnesi, présidente de Pistagnesi et Doyon. « Au niveau des opérations, on a vu un ralentissement, surtout pour les demandes clients », ajoute Gabriel Morneau, directeur de souscription chez CHES. Même son de cloche chez April Canada, qui a enregistré une « légère baisse » des soumissions dans les premiers jours de la pandémie, dit son directeur général Sébastien Gabez.

Le resserrement est exacerbé

La préoccupation majeure des grossistes reste le resserrement du marché qui affecte leurs courtiers, une situation pire que l’an passé, dit Gabriel Morneau. « On le voit avec nos courtiers. Les capacités se réduisent. Pour des risques qui n’étaient pas compliqués à placer à 100 %, il faut maintenant 2, 3 et parfois même 4 différents marchés pour compléter la couverture. Il faut dire aussi que les Lloyd’s sont beaucoup plus à l’affut de la rentabilité et vont rapidement se retirer de certains segments », ajoute-t-il.

Johanne Pistagnesi se dit inquiète pour la fermeture des bars et restaurants, un segment qui était déjà difficile à assurer. « Une clause dans la police dit qu’advenant le cas où un bâtiment est inoccupé au-delà de 30 jours, il faut changer la couverture d’assurance. Pour aider les propriétaires de ces entreprises, « nous donnons une permission d’inoccupation des lieux, avec un avenant de surveillance des lieux aux 48 h. C’est un avenant utilisé pour les bâtiments vacants et nous gardons les mêmes conditions et protections. »

Rola Nasser, directrice des opérations et développements des affaires chez Pacifc Marine, dit qu’il faut travailler collectivement pour aider les courtiers. « Les répercussions du resserrement du marché se sont étendues encore plus avec la crise du coronavirus. La situation affecte les opérations des courtiers, le développement des affaires et le suivi. Il est important de trouver des solutions alternatives pour nos clients », affirme-t-elle.

D’ici quelques semaines, ce sera l’été et la saison du bateau débutera. « Nous prévoyons que nous aurons quelques demandes pour des couvertures qui dépassent les frontières, si elles ouvrent cet été. Nous travaillerons donc avec les Lloyd’s. Pour trouver des solutions et pour la gestion des risques en particulier. Il y aura évidemment du du cas par cas, selon les circonstances de chaque client et on ajustera au fur et à mesure que les demandes seront déposées », dit Rola Nasser.

Préparer la relance

Pour aider les courtiers à se préparer à la relance qui viendra après la pandémie, April Canada a convié les courtiers à un webinaire le 3 avril dernier. Le Portail de l’assurance y a assisté.

Préserver la trésorerie et la continuité des affaires en vue d’une éventuelle reprise est le premier conseil que lance le grossiste. Sébastien Gabez conseille ainsi aux courtiers de dresser un historique de leurs commissions et de leurs dépenses, de revoir les perspectives de ventes et de quantifier le report des taxes et les impacts sur les dépenses de leur cabinet. Il suggère aussi de réviser les plans d’investissement et la structure de financement pour ensuite tester différents scénarios.

Selon le directeur général d’April Canada, il est important de travailler sur son fonds de roulement. Il faut donc réduire les dépenses non essentielles, renégocier les contrats de location et avoir recours aux mesures d’aides mises en place par le gouvernement et au chômage partiel ou total, si nécessaire.

M. Gabez dit toutefois « qu’il serait une erreur de mettre à pied son personnel en période de crise », dit-il. Il suggère par ailleurs de faire travailler ses employés à temps partiel au lieu de les renvoyer. « Cela permet de protéger autant l’entreprise que les employés », ajoute-t-il.

Ottawa a annoncé mercredi dernier qu’elle abaissait de 30 à 15 % le pourcentage de pertes de revenus d’une entreprise pour que cette dernière ait droit à la subvention salariale d’urgence. Une mesure qui permet à davantage d’entreprises d’y avoir accès.

Le directeur général d’April Canada dit toutefois douter de l’admissibilité de l’industrie de l’assurance à une telle mesure. « L’industrie est assez résiliente avec ses portefeuilles de client et il est peu probable que votre entreprise s’écroule du jour au lendemain. Même si les affaires sont au ralenti, il reste des clients en réserve qui vont renouveler leurs polices. On a besoin d’assurance plus que jamais. Même si certains veulent baisser leur protection, ils reconnaissent avoir quand même besoin d’une certaine protection ».

Pour Laurent Sayada, directeur des opérations d’April Canada, « c’est le moment de garder et de fidéliser son portefeuille de client, de ne pas avoir peur de communiquer avec eux par téléphone et de faire preuve d’empathie envers eux. C’est aussi l’occasion de renforcer sa présence sur les réseaux sociaux et miser sur la formation de ses courtiers grâce à des webinaires ou des formations en ligne », dit-il.

Se protéger des cyber risques en télétravail

Étant donné la hausse du télétravail, Patrick St-Laurent, responsable des infrastructures des systèmes informatiques d’April Canada, rappelle l’importance de sensibiliser ses employés à la cybersécurité et de rester à l’affut des fraudes. À l’ère du télétravail, « on observe une recrudescence des courriels malicieux et des tentatives de fraude. Il est essentiel d’avoir un antivirus lorsqu’on travaille sur un PC, de faire les mises à jour du système d’exploitation et des sauvegardes sur un disque dur externes qu’on débranche après. En cas de doute, il faut appeler le courtier ou la personne qui vous a envoyé le lien qui semble douteux », dit-il.

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