L’entreprise technologique spécialisée Lightworks, ainsi que la Banque Scotia, Sun Life et TELUS, se sont regroupées pour créer un nouveau consortium sur l’intelligence artificielle (IA) afin de concevoir et de gouverner les infrastructures nécessaires au déploiement de l’IA — plus particulièrement de l’IA agentique — de façon sécuritaire, responsable et à grande échelle.
Une annonce publiée le 7 juillet indique que plusieurs des principaux défis que le consortium souhaite relever sont communs à ses membres, notamment l’intégration de normes, de plateformes et de technologies variées, ainsi que les exigences en matière de gouvernance, de contrôle opérationnel et de supervision qui émergent à mesure que l’utilisation de l’IA prend de l’ampleur. Le groupe entend mettre en commun ses ressources en ingénierie afin de mener des travaux de recherche et de développer conjointement des systèmes de contrôle de l’IA « essentiels aux opérations » ainsi que de la propriété intellectuelle (PI), qui devraient autrement être développés indépendamment par chacun des membres.
La propriété intellectuelle qui en résultera sera déployée individuellement. Les membres conserveront des droits d’utilisation et de propriété perpétuels.
« Ils sont propriétaires de la PI et peuvent bénéficier d’un droit perpétuel et continu d’utiliser cette PI au sein de leur propre organisation », explique Laura Money, vice-présidente exécutive, cheffe de l’information et de l’innovation technologique chez Sun Life. « Nous construisons tout cela ensemble. Nous pourrons tous l’utiliser indéfiniment, sans avoir à payer de droits de licence à un tiers. »
Programme phare
Le programme phare du consortium, le plan de commande pour agents (Agentic Control Plane ou ACP en anglais), est déjà utilisé en production chez TELUS, où il procure à l’entreprise la visibilité et le contrôle nécessaires pour gérer les agents d’IA (c’est-à-dire ceux qui fonctionnent et exécutent des activités de manière autonome). « Il contribue au respect des exigences réglementaires, au maintien du contrôle opérationnel et traite actuellement plus de deux billions de jetons par mois au sein des organisations membres », écrivent les partenaires.
Chez Sun Life, Mme Money indique que l’entreprise prévoit disposer de trois versions de ce plan de commande pour agents : une pour ses activités aux États-Unis, une pour le Canada et une pour l’Asie, chacune étant adaptée aux exigences propres à son territoire.
« Le consortium sur l’IA nous donne l’occasion de passer de l’expérimentation à des retombées concrètes, responsables et déployées à grande échelle », a-t-elle déclaré dans le communiqué annonçant la création du consortium.
Au cours d’un entretien avec le Portail de l’assurance au sujet du développement du consortium — chacun des membres y consacre cinq ingénieurs à temps plein et a versé une somme non divulguée pour financer les travaux d’ingénierie de Lightworks — Mme Money affirme que la capacité de contrôler les agents est un enjeu auquel aucun fournisseur n’a encore apporté de solution. L’ACP est conçu pour suivre les activités des agents, ainsi que les systèmes et les données auxquels ils accèdent. Il est également conçu pour gérer ces agents de manière à interrompre leurs activités afin qu’elles soient examinées par un humain s’ils semblent accomplir des tâches qu’ils ne devraient pas effectuer.
« Le programme phare du consortium est le plan de commande pour agents. Toutes les organisations en auront besoin, particulièrement les organisations réglementées qui détiennent des données sensibles », affirme Mme Money, en ajoutant que « le développer ensemble est bien préférable à ce que chacun tente de le construire de son côté ».
Le Canada accuse un retard dans l’adoption de l’IA
Elle ajoute que le Canada accuse un retard en matière d’adoption de l’IA par rapport à certains autres pays. « Nous y voyons une occasion d’aider véritablement certains de ces secteurs », dit-elle, en précisant que le consortium espère accueillir de nouveaux membres à l’avenir, « mais ce n’est pas dramatique si cela ne se produit pas. Nous sommes aussi très satisfaits de travailler à quatre. »
Pour la suite, elle estime que les développements du consortium ne seront limités que par l’imagination. « Cela pourrait évoluer dans toutes sortes de directions », dit-elle. L’industrie pourrait-elle utiliser son propre grand modèle de langage (GML) spécialisé, couvrant la réglementation canadienne des secteurs bancaires, des télécommunications et de l’assurance ? Ce n’est pas un sujet qui a été abordé, mais le fait d’assumer collectivement les efforts de développement rend ce type de possibilité plus réaliste à envisager.
« Je pense qu’il faut y aller étape par étape, dit Mme Money. Commençons par mettre nos plateformes de contrôle en place et à les rendre opérationnelles. Si cette approche fonctionne, je pourrais la voir évoluer dans de nombreuses directions. »
Parmi les aspects du projet qui enthousiasment Mme Money figure la possibilité d’évaluer l’état de santé des agents déployés. « Parce que c’est une chose de les contrôler; c’en est une autre de déterminer s’ils créent réellement la valeur qu’ils devraient créer. Font-ils vraiment ce qu’ils devraient faire, à la fréquence que nous pensions possible ? »
Des activités en contact avec la clientèle
À l’heure actuelle, explique-t-elle, les agents d’IA sont surtout utilisés dans le domaine du développement logiciel. « C’est très bien. Nous avons besoin d’une plateforme de contrôle pour cela. Mais à mesure que nous commencerons à utiliser des agents pour soutenir davantage d’activités en contact avec la clientèle, je pense qu’il sera très important de comprendre exactement ce qu’ils font et comment ils le font. »
Selon elle, le développement de l’ACP devrait également faciliter le travail des autorités réglementaires. « Cela contribue simplement à répondre à toutes les questions que les organismes de réglementation poseront inévitablement, dit-elle. Ils cherchent des preuves que vous faites cela de manière sécuritaire. Comment savez-vous que les modèles accomplissent les bonnes choses ? »
En somme, l’entreprise souligne que ses efforts se poursuivent afin de favoriser un développement responsable et sécuritaire de l’IA et que la collaboration avec des organisations confrontées à des défis similaires constitue un moyen d’y parvenir. « Il y a des choses que nous pouvons faire ensemble sans renoncer à notre avantage concurrentiel », conclut-elle.