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Garantie de retraits à vie : moins généreuse, mais là pour rester

par Alain Thériault | 19 octobre 2012 15h40

Les produits avec garanties de retraits à vie ont fondu, en nombre et en générosité. Ceux qui ont résisté à ce dégraissage pourraient bientôt crouler sous la pression. Malgré tout, assureurs et distributeurs jurent que la garantie de retrait à vie survivra, mais sous une forme plus modeste.

Le produit à garantie de retraits a la couenne dure. Plusieurs joueurs se sont complètement retirés du marché, et certains ont prédit la fin du produit. Or, des survivants ont choisi de se montrer moins généreux, plutôt que de se retirer. Ils ont fait passer la garantie de retraits annuels à vie de 5 % à 4 % du montant de base accumulé, lorsque le client commence ses retraits à 65 ans.
Au moment de fermer la présente édition, seul Empire Vie offrait encore la garantie de 5 %. Canada-Vie l’offrait encore il y a quelques jours, mais l’a réduite le 19 octobre (voir encadré).
Des agents généraux ont toutefois confié au Journal de l’assurance que d’importants changements seraient apportés au produit à garanties de retrait minimum d’Empire Vie. Leurs conseillers auraient été incités par des représentants de cet assureur « à en profiter pendant qu’il en est encore temps » pour vendre le produit actuel.
Le Journal a joint Empire Vie pour confirmer le tout. Laurie Swinton, directrice des communications corporatives, a simplement mentionné « ne pas avoir d’information quant à un changement au produit de garantie de retraits minimums » d’Empire Vie.
Or, le PDG d’Empire Vie, Les Herr, avait donné son avis sur la question, lors d’une entrevue stratégique accordée en juin au Journal de l’assurance. Questionné pour savoir s’il craignait de maintenir son produit de garantie de retraits à vie, alors que d’autres le retiraient, il avait alors déclaré se sentir à l’aise avec le produit. « Nous sommes arrivés tard dans le marché des garanties de retraits à vie, en 2008, rappelait alors M. Herr. Nous avons des fonds gérés de façon conservatrice qui ne représentent pas encore une énorme partie de nos affaires, et les caractéristiques sont aussi conservatrices. Nous ne souhaiterions pas voir tous les autres sortir soudainement et nous retrouver avec toutes les ventes. Nous prendrions alors beaucoup trop de risques de longévité, ce qui déséquilibrerait notre répartition de produits. »
M. Herr disait déjà observer une recrudescence de ses ventes du produit de garantie de retraits à vie, au moment de l’entrevue. « Nous gardons l’œil sur leur évolution. Si nous nous apercevons que les choses échappent à notre contrôle, peut-être devrons-nous modifier le produit », disait-il alors.
L’actif augmente
Malgré ce marché bouleversé, le produit attire encore bien des actifs. Un récent rapport de la firme de recherche et d’analyse en fonds d’investissement Investor Economics, intitulé Insurance Advisory Service, a d’ailleurs établi l’importante contribution des garanties de retraits à vie à la croissance de l’actif en fonds distincts.
Ce rapport révèle que l’actif des fonds distincts a cru de 0,3 %, en juillet, pour atteindre un total de 88 milliards de dollars (G$), au Canada. Or, l’actif des produits à garanties de retraits a cru de 1,1 % durant cette période, ajoute la firme.
« La croissance des actifs sous la garantie de retraits démontre que même les versions élaguées du produit continuent d’attirer les clients à la recherche de revenus garantis », écrit Investor Economics. Ceux qui possèdent les anciens produits plus généreux les conservent dans une large majorité, conscients de leur bon coup, indique aussi le rapport.
Manuvie se dit pleinement engagée envers le produit
Pour sa part, Financière Manuvie a ramené sa garantie à 4 %, en avril. Elle a alors déclenché une cohorte de changements. Des joueurs ont aussi fait le choix du 4 %. D’autres se sont retirés du marché : Desjardins Sécurité financière, Financière Sun Life, Industrielle Alliance, Standard Life et Transamerica Vie du Canada. Manuvie n’avait plus le choix de réduire.
« Nous avons été les premiers à lancer ce type de produit en 2006. RevenuPlus avait peu changé par la suite. Le niveau du revenu garanti annuel de 5 % à 65 ans était demeuré le même. Il devenait évident, avec la sévère chute qu’ont essuyée les taux d’intérêt à long terme, depuis 2006, que le produit devait s’adapter », a dit en entrevue au Journal de l’assurance, Michelle Ostermann, vice-présidente adjointe, produits d’investissement garantis pour Investissements Manuvie.
Réaction nuancée des conseillers
Malgré leur déception, les conseillers n’ont pas réagit trop durement. Ils savent que les rendements baissent sur tous les produits, dit Mme Ostermann. « Même les fonds communs de dividendes ont vu leur rendement décliner », a-t-elle ajouté. La réaction nuancée des conseillers a permis d’éviter une chute des ventes. À ce jour, la décroissance est continue, mais faible, dit-elle.
Malgré les derniers changements, Mme Ostermann demeure pleinement engagée envers RevenuPlus. L’époque à laquelle le produit avait été déclaré « non ciblé pour la croissance » est révolue, dit-elle. Depuis, l’assureur fait en sorte que chaque produit reflète l’environnement économique dans lequel il évolue, dit-elle.
« Nous avons fait de RevenuPlus un produit plus souple, de manière à lui permettre de refléter la direction des taux d’intérêt, le comportement des titulaires de polices et les changements dans la règlementation et les exigences de capital », a-t-elle ajouté.
Pas de regrets chez SSQ
Parmi la cohorte des joueurs qui ont ramené à 4 % leur garantie de retraits minimums annuels à vie, SSQ Vie se dit aussi très à l’aise avec sa décision, même si celle-ci a entrainé une diminution des ventes de fonds distincts. « Une forte proportion de nos ventes globales de fonds distincts allait à Revenu Garanti Astra II. Le repositionnement en version 2.1 a eu un impact sur les ventes », dit Marc Trépanier, vice-président national au développement des affaires, assurance individuelle et retraite de SSQ Vie.
En mai, Revenu garanti Astra II a troqué sa garantie de retraits à 65 ans de 5 % contre une de 4 %. Cette version, appelée 2.1, a toutefois conservé son boni de 5 % versé pour chaque année sans décaissement et la recristallisation aux 3 ans. Il est aussi possible pour le client d’exposer son portefeuille aux fonds d’actions, jusqu’à une proportion de 90 %. SSQ a aussi profité de l’occasion pour implanter une échelle de décaissement de 3 % à 5 %, selon l’âge atteint au moment du premier décaissement.
SSQ Vie ne regrette rien. « Nous sentions le besoin de faire ce changement, étant donné la faiblesse des taux d’intérêt, dit M. Trépanier. Les fortes ventes du produit initial ont joué un rôle important dans notre décision. C’était une question de prudence. Nous sommes maintenant confortables et n’entrevoyons plus de limite de capacité, à moins que les taux baissent de façon importante. »
M. Trépanier ajoute ne rien craindre pour l’avenir du marché, même si tous les joueurs devaient passer à une garantie de 4 %. « La pérennité du produit est assurée, même avec une garantie de retraits annuels à 4 %, à moins que les taux d’intérêt à long terme ne chutent encore de façon importante », dit-il.
Un produit incontournable
Selon lui, le produit de garantie de retraits minimums est incontournable. « Nos clients ont besoin d’un produit de décaissement qui leur permet de participer aux marchés durant la phase d’accumulation, croit-il. L’accès aux actions permet une plus-value qui couvre l’inflation. Dans un environnement où les taux d’intérêt sont à 8 % ou 9 %, le client n’aurait pas ce besoin, mais dans l’environnement actuel, oui. »
De plus, il estime que la garantie constitue un rempart contre le risque de longévité en versant un revenu garanti à vie, peu importe ce qui se passe dans les marchés. « Ce produit permet aussi de laisser un héritage, un avantage qu’on ne retrouve pas du côté de la rente viagère », dit M. Trépanier.
Plusieurs agents généraux estiment, de leur côté, que le produit de GRM est calqué sur le modèle des régimes de retraites à prestations déterminées, ce que confirme M. Trépanier. « Nous cherchons à reproduire pour les petits investisseurs les stratégies de placement des grandes caisses de retraite. »

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