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«Il y a encore de la place pour de la créativité dans le courtage indépendant» — Robert Bournival

par Hubert Roy | 28 juin 2017 07h00

Robert Bournival | Photo : Réjean Meloche

Robert Bournival se porte en faux contre ceux qui croient qu’il est essentiel de laisser un assureur posséder à 100 % un cabinet de courtage. Selon lui, les courtiers indépendants peuvent encore être très créatifs pour mousser leurs affaires.

Si M. Bournival a tenu à rencontrer le Journal de l’assurance le 13 juin dernier, c’est pour lancer un cri du cœur aux courtiers indépendants qui peuplent le Québec. Il les implore de ne pas baisser les bras face aux demandes d’Intact Assurance et de l’Alliance pour un courtage plus fort. « Il ne faut pas lâcher ! » leur lance-t-il.

M. Bournival a lui-même demandé au Journal de l’assurance de lui accorder une entrevue pour discuter du sujet. Il souligne par ailleurs que des courtiers lui ont demandé de rencontrer le Journal, ne voulant pas le faire eux-mêmes, par peur de représailles. « Je suis le seul courtier qui peut prendre position comme je le fais aujourd’hui sans crainte de représailles », a-t-il affirmé.

M. Bournival a d’ailleurs pris position à titre d’agent libre. Il n’a plus de lien d’emploi avec Deslauriers + Associés depuis le 1er juin. Il y œuvre encore à titre de consultant à raison de trois jours par semaine. Il offre aussi ses services de consultant à d’autres cabinets indépendants qui sentiraient le besoin de faire appel à lui.

« On se débrouille très bien ! »

Pourquoi cette sortie publique de la part de M. Bournival ? Il dit ne rien avoir contre le modèle d’Intact Assurance au Québec. Il déplore toutefois que ce modèle soit celui d’une compagnie cotée en Bourse qui doit livrer de la croissance coute que coute à ses actionnaires, dans un contexte où il est par surcroit difficile d’en générer. Mais là où le bât le blesse vraiment, c’est quand il entend dire par certains que le réseau de courtage ne passera pas au travers des changements à venir si la règle des 20 % n’est pas abolie.

« On se débrouille très bien en ce moment ! Lussier assurances et services financiers est le plus grand cabinet au Québec et c’est un indépendant avec 400 millions de dollars (M$) de primes. Ce n’est pas vrai que de permettre à un assureur de financer davantage un courtier est ce qui permettra au réseau de passer à travers. Qu’Intact veuille grossir par tous les moyens, est-ce nécessairement bon pour le réseau de courtage ? »

Et il ajoute avoir parlé à d’autres assureurs à courtage de la question. Il n’y en a pas un seul qui est en accord avec la position d’Intact, stipule-t-il. Au moment de clore le présent texte, le 15 juin, Aviva Canada, Promutuel Assurance et L’Unique assurances générales avaient fait connaitre publiquement leur opposition à la proposition d’Intact.

L’importance du titre de courtier

Lors de l’entrevue accordée au Journal de l’assurance, M. Bournival a aussi mis l’emphase sur l’utilisation du titre de courtier. « C’est ce qui nous différencie. Le courtier ne peut être celui qui fabrique et distribue. En tant que courtier, plusieurs manufacturiers m’offrent des produits. Si je n’en ai qu’un, est-ce que j’offre un choix ? »

Qu’en est-il alors des cabinets qui concentrent auprès d’un assureur en assurance des particuliers, mais qui offrent l’accès à plusieurs assureurs du côté de l’entreprise ? Pour M. Bournival, si ces cabinets vendent 100 % de leurs actions, ils ne seront plus des courtiers.

« S’ils vendent à 100 % à un assureur, seront-ils libres de penser ? Le manufacturier imposera-t-il ses vues ? Ça se fait en assurance des particuliers. Pourquoi est-ce que ce ne serait pas le cas en assurance des entreprises ? Le ministère des Finances aura des pressions pour que ces cabinets se voient retirer le titre de courtier. Ce serait en tout cas logique qu’ils se le fassent retirer en assurance des particuliers. »

Un lobby diminué

M. Bournival se questionne aussi sur la force du lobby et des représentations que ces courtiers pourraient faire. « Comment puis-je aller faire des représentations à titre de courtier pour des problèmes touchant ma situation ou celle de mes clients si je suis possédé par un assureur ? Même chose lorsque je suis assis face au client ? Puis-je faire des représentations en son nom ? Lors d’un sinistre, il représentera qui : le client ou l’assureur? Est-ce que ce serait vraiment transparent si jamais l’assureur ne veut plus l’assurer ? Si tu es courtier, tu es courtier dans l’âme. Il n’y a pas deux chapeaux. »

Est-il toutefois trop tard pour agir ? Non, croit M. Bournival. Il croit toutefois que le réseau indépendant ira vers sa fin si la règle des 20 % est abolie. « Le réseau pourra alors mourir de sa belle mort. Je ne veux pas être signataire de cela. Le courtage indépendant a encore la force et la créativité pour se renouveler et faire face aux nouvelles technologies du marché. »

À titre d’exemple, il souligne que plusieurs jeunes ont investi le courtage récemment en faisant appel à la technologie. « Et ça fonctionne bien pour eux. Nous sommes dans un faux débat. Pourquoi faudrait-il tout changer ? Un courtier indépendant qui souhaite réaliser une acquisition trouvera facilement des liquidités. Au moins trois banques s’affichent à grand déploiement pour offrir des prêts, ce qui est relativement nouveau en plus. Il est faux de dire qu’il y a un manque de liquidités dans le marché en ce moment. Il y aura toujours une place pour le courtage indépendant. Le client cherchera toujours un prix, mais il cherche aussi un conseil. Il y aura toujours une demande pour des courtiers indépendants. »

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