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La mauvaise santé peut dévaster une PME

par Alain Thériault | 21 septembre 2018 07h00

Photo : Freepik

La mauvaise santé en milieu de travail peut causer la perte d’une petite entreprise, non seulement en raison des couts de l’assurance collective, mais aussi des couts indirects qui se cachent derrière.

« Investir en prévention est plus rentable que vous ne le croyez ! », a insisté le docteur Mario Messier, directeur scientifique de Groupe entreprises en santé (GES). Lors du Colloque en assurance collective organisé à Montréal en avril par Segic, M. Messier a indiqué que, selon Santé Canada, la promotion de la santé en milieu de travail rapporte de 2,75 $ à 4 $ par dollar investi.

M. Messier a aussi rappelé que les couts de la mauvaise santé en milieu de travail sont énormes. « C’est un éléphant dans la pièce ! »

Il ajoute que les entreprises doivent y voir globalement plutôt que s’attaquer aux problèmes à la pièce. « Les employés et les employeurs peuvent agir. Ils ont intérêt à le faire. Ce qui fonctionne, c’est une démarche structurée de prévention basée sur les meilleures pratiques. »

Face visible de la mauvaise santé, assurance collective, absentéisme et accidents de travail ne sont selon lui que la pointe de l’iceberg. « La mauvaise santé coute 1 500 $ à 4 000 $ par employé annuellement. Ça représente 5 % à 10 % de la masse salariale. Et ça monte ! La plus grosse portion des couts en est la portion des dépenses de médicaments. Ils ne sont pas loin d’être en augmentation exponentielle », a-t-il lancé.

Avec un impact à la fois sur l’assurance collective et la productivité de l’entreprise, l’absentéisme arrache en moyenne 9,3 jours de travail par an à un employé canadien, et 10,8 jours par an au Québec, rapporte M. Messier. Outre l’assurance collective privée, les couts du secteur public s’ajoutent. L’assurance contre les accidents de travail de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) percevait des entreprises une prime d’assurance moyenne (cotisations) de 1,77 $ par tranche de 100 $ du salaire, selon son échelle de 2017, rappelle Mario Tessier. Ce cout peut varier fortement selon l’unité de classification, ajoute-t-il.

Selon cette échelle, le taux de cotisation à la CNESST aurait été de 0,24 pour chaque tranche de 100 $ du salaire d’un travailleur de bureau. En comparaison, un couvreur du secteur de la construction représente un risque extrême. Son taux de cotisation aurait atteint 18,04 $ par tranche de 100 $ de salaire.

Une face cachée

Face cachée de la mauvaise santé, les couts indirects, le roulement de personnel et le présentéisme peuvent avoir des conséquences encore plus désastreuses pour une entreprise.

Les couts indirects peuvent couter de 1 à 10 fois plus cher que les couts directs, selon M. Messier. « Ce n’est pas une facture qui arrive sur le bureau du directeur financier, dit-il. Si quelqu’un s’absente, il y a des couts directs à payer. Mais il y a aussi les frais de gestion de l’absence et d’expertises, les frais de remplacement des travailleurs, les retards, la perte de clients… il y a beaucoup de couts. »

Principalement causé par les problèmes relationnels et le stress, le roulement de personnel peut couter très cher. On ne le réalise pas toujours, prévient M. Messier. « Il peut couter de 0,4 à 3 fois le salaire annuel de l’employé qui quitte. »

Le présentéisme est un phénomène par lequel l’individu est sur les lieux de travail, mais n’est ni présent ni productif, parce qu’il n’est pas bien dans son corps ni dans sa tête, explique M. Messier. « Parfois parce qu’il n’est pas bien dans son équipe de travail, parce qu’il n’est pas motivé, il passe une partie de son temps à régler des problèmes personnels ou à surfer sur Internet. La plupart des experts nous disent que ce phénomène coute de deux à trois plus cher que l’absentéisme. De plus, il n’est pas facile à mesurer. C’est une grosse partie de l’éléphant. »

Les plus grandes entreprises peuvent encaisser un temps de telles charges, mais qu’en est-il pour les plus petites entreprises, s’est interrogé Mario Messier ? Conjointement avec l’actuaire Julie Cousineau, de Normandin Beaudry, M. Messier a dressé le portrait une entreprise virtuelle tirée de la moyenne de tous les clients de la firme : Ma PME Inc. La moyenne d’absence par employé s’établit à 5 jours par année.

Dans cette entreprise privée syndiquée de cents employés dont l’âge moyen est de 43 ans (59 % hommes et 41 % femmes), la masse salariale atteint 5,79 M$ (salaire hebdomadaire moyen de 1 165 $). Or, ils ont estimé à 1,30 M$ les couts directs et indirects de la mauvaise santé, soit 23 % de la masse salariale. Dans cette entreprise virtuelle, les couts directs, les couts indirects et le présentéisme représentent chacun le tiers du total. Parmi les couts directs, l’assurance collective a compté pour 203 000 $.

Des causes…

Au Canada, des recherches de Towers Watson indiquent que les problèmes de santé mentale ou comportementale sont les plus fréquents, tant en invalidité de courte durée que de longue durée, note M. Tessier. Les troubles musculo-squelettiques arrivent en second, suivis du cancer en invalidité de longue durée et des accidents en invalidité de courte durée. Les maladies cardiovasculaires arrivent au 4e rang des invalidités de longue durée.

Selon la Fondation québécoise des maladies mentales, le stress et les autres problèmes de santé psychologiques comptent pour 30 % à 40 % des absences et 70 % des couts, rapporte M. Messier. Ils découlent de facteurs organisationnels, mais aussi de facteurs personnels.

Une série de rapports de l’Administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada allant jusqu’à 2017 dresse un portrait désolant des travailleurs d’une entreprise typique. Il signale que plus de 60 % mangent moins de cinq fruits et légumes par jour ou ont un excès de poids, 80 % ne sont pas assez actifs et 32 % souffrent d’un stress modéré à élevé au travail. De plus, 18 % consomment abusivement de l’alcool et 13 % fument.

… Des solutions

Que peut faire le milieu de travail ? « Si vous regardez les statistiques de retour sur l’investissement des programmes de promotion de la santé en milieu de travail, vous verrez qu’elles varient beaucoup. Ce ne sont pas tous les programmes qui donnent des résultats. Faire les choses sur un coup de tête ne porte pas fruit. Il y a certaines pratiques et conditions pour que cela fonctionne. Une démarche structurée de prévention doit se baser sur les meilleures pratiques », insiste M. Messier.

Il évoque le cas des Industries Lassonde, une entreprise de Rougemont bien connue pour ses jus qui a effectué un virage santé majeur en 2000. « Cette entreprise avait des indicateurs de mauvaise santé avant l’an 2000 : un taux d’absentéisme plus élevé que la moyenne canadienne, un taux de CNESST plus élevé que la moyenne de l’industrie et des relations de travail difficiles », relate le directeur scientifique de GES.

Au bout de quelques années, Lassonde a réduit son taux d’absentéisme et ses couts de la CNESST de 50 %. Les relations de travail se sont améliorées. « Lassonde n’a pas fait n’importe quoi : non seulement la direction, mais les employés et le syndicat se sont engagés dans une démarche structurée », a souligné Mario Messier.

 

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