Le titre boursier d’iA Groupe financier a encore une fois été malmené à la suite de la publication de ses plus récents résultats financiers. Selon son président et chef de la direction, Denis Ricard, il s’agit là d’un « hoquet » désagréable.

Denis Ricard

Le même accueil glacial des investisseurs avait eu lieu après la publication des résultats du dernier trimestre de 2025, en février dernier. Le titre, qui s’échangeait alors à plus de 170 $ l’action, avait glissé sous les 150 $ au lendemain de la diffusion des résultats, avant de remonter dans les semaines suivantes.

Le 5 mai 2026 à la veille des plus récents résultats, le titre s’échangeait à 176 $. Après la publication des résultats, le titre a chuté à 159,21 $, soit une baisse de 10 %, avant de remonter à 170 $ en fin de journée, le 14 mai.

Éric Jobin

Dans le quotidien La Presse le 10 mai dernier, dans la rubrique « investisseurs avisés » de l'édition numérique pour tablettes (La Presse+), on apprenait que le PDG, Denis Ricard, de même que son vice-président aux finances et actuaire en chef, Éric Jobin, venaient d’acheter respectivement 2 000 et 1 000 actions de la société.

Le média d’information basé à Montréal soulignait aussi que l’analyste de Valeurs mobilières TD, Mario Mendonca, a retiré sa suggestion d’achat du titre d’iA Groupe financier à la suite de la publication des résultats trimestriels du trimestre clos le 31 mars 2026.

La société venait d’annoncer un bénéfice par action de 3,25 $ durant ce trimestre, assez proche du consensus des analystes, mais inférieur aux attentes de M. Mendonca, selon ce que rapporte La Presse.

Affaires américaines

Le Portail de l’assurance a consulté la transcription de la conférence téléphonique avec les analystes financiers, tenue le 7 mai dernier, pour comprendre la mauvaise humeur des marchés financiers. À cette occasion, plusieurs questions ont été posées relativement aux affaires américaines, où la rentabilité a été moindre qu’au même trimestre de 2025.

Dans le rapport de gestion du premier trimestre de 2026, la société commente ainsi les résultats de cette division : « L’expérience d’assurance (activités de base) a été défavorable (9 millions de dollars avant impôts), principalement en raison du comportement défavorable des titulaires de polices en assurance individuelle. »

En présentant les résultats aux analystes, Éric Jobin a indiqué que les raisons expliquant cette perte de 9 millions de dollars (M$) « sont contenues et ne sont pas récurrentes ».

Toujours selon le rapport de gestion, les ventes d’assurance individuelle atteignaient 79 millions de dollars américains (M$ US) au premier trimestre de 2026, comparativement à 68 M$ US en 2025, en hausse de 16 % sur la même période de l’année précédente. « Ce résultat découle de la croissance sur le marché des assurances frais funéraires et sur le marché intermédiaire, soutenue par des partenariats de distribution solides », indique la société. La porte-parole d’iA, Chantal Corbeil, souligne par courriel que la croissance de cette unité d’affaire sur un an a atteint 34 %.

En assurance individuelle du côté des affaires américaines, les primes nettes, équivalents de primes et dépôts, se chiffraient à 268 M$ au dernier trimestre, en hausse de 5 % comparativement aux 255 M$ annoncés en 2025. Du côté des services aux concessionnaires, les primes nettes ont baissé de 15 % sur 12 mois.

Lors de la conférence avec les analystes, le chef du développement des affaires aux États-Unis, Sean O’Brien, explique cette expérience défavorable en assurance individuelle, laquelle serait reliée à l’intervalle entre l’émission de la police et sa résiliation (lapse experience) : « Nous avons constaté une croissance exponentielle chez American Amicable. Fin 2025, nous avons identifié un petit groupe de nouveaux agents présentant un taux de résiliation anormalement élevé. Nous les avons immédiatement écartés », explique-t-il.

« Nous collaborons actuellement avec nos partenaires de distribution pour mettre à jour nos produits et nos formations afin de réduire ce risque. Il ne s’agissait pas d’un problème systémique. Nous l’avons rapidement maîtrisé et restons pleinement confiants quant à nos objectifs de rentabilité et de chiffre d’affaires pour American Amicable », ajoute M. O’Brien en félicitant son équipe pour avoir rapidement cerné et réglé la situation.

Il précise ensuite que l’organisation de marketing indépendante (independant marketing organization, ou IMO) associée à cette affaire est responsable de moins de 5 % des ventes d’assurance individuelle aux États-Unis. « Il s’agissait d’un groupe restreint d’agents au sein d’un seul intermédiaire de distribution », note M. O’Brien.

L’analyste Mario Mendonca a demandé des explications supplémentaires sur cette affaire, en demandant s’il avait là une forme de « mécanisme frauduleux » qui soulevait des doutes sur la conformité.

Denis Ricard a répondu : « Je n’utiliserais pas le terme “fraude”, mais j’emploierais certainement celui de “manquement à l’éthique” concernant certains distributeurs. Nous avons renforcé la vigilance des intermédiaires et de leurs représentants. Nous examinons attentivement tous nos processus afin d’éviter que cela ne se reproduise. »

Questionné par l’analyste, M. Ricard assure qu’il n’y a pas de risque associé à la responsabilité légale de la société relative à ce problème chez American Amicable. Cette société tire une bonne part de ses revenus de la vente d’assurance de frais funéraires.

Discussion avec un autre analyste

Le 12 mai dernier, alors qu’il était à Austin au Texas pour rencontrer ses partenaires américains, Denis Ricard a participé à un webinaire en compagnie de l’analyste Tom MacKinnon, de BMO Marchés des capitaux. Le lien offert aux investisseurs a été partagé avec le Portail de l’assurance. Durant le webinaire, il est question de la situation chez American Amicable.

Denis Ricard reconnaît que l’expression « manquements à l’éthique » qu’il a employée lors de la conférence avec les analystes n’était pas appropriée dans les circonstances. Selon lui, l’intermédiaire a tout simplement recruté un trop grand nombre d’agents inexpérimentés. « C’est surtout le fait que le profil de la distribution n’était pas aussi expérimenté qu’il aurait dû l’être », insiste-t-il.

M. Ricard en profite pour rappeler que cette société a été acquise par iA en 2010 et que le profil des agents de distribution est demeuré assez stable durant cette période. « C’est un contretemps temporaire après 15 années sans histoire », ajoute M. Ricard. Cette filiale rapporte un rendement sur le capital de 20 %, selon lui.

À la fin de l’entretien, il commente ainsi cette baisse de la valeur de l’action à la suite de la publication des résultats trimestriels : « Si le titre baisse, c’est le temps d’acheter. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait », dit-il.

Selon lui, le modèle d’affaires de la société a montré sa solidité depuis 25 ans. La société a obtenu un rendement annuel moyen supérieur de 3,5 % à celui de ses pairs dans l’industrie. « Pour réussir cela sur une aussi longue période, il faut être différent et c’est ce que nous sommes. Nous faisons les choses différemment, c’est dans notre ADN », poursuit-il.

Rachat d’actions plus intensif

Le 5 mai dernier, la société a confirmé qu’elle modifiait son offre publique de rachat (OPRA) dans le cours normal des activités, en vigueur jusqu’au 13 novembre 2026. Au lieu de 5 % des actions ordinaires en circulation comme elle le prévoyait au moment de lancer le programme en novembre 2025, l’OPRA vise désormais 8 % des actions.

Entre le 14 novembre 2025 et le 30 avril 2026, les quelque 2,7 millions d’actions qui ont déjà été acquises l’ont été à un prix moyen pondéré de 162,62 $.

Lors de la conférence avec les analystes le 6 mai dernier, Denis Ricard a précisé que la stratégie de déploiement du capital de la société se faisait en quatre étapes présentées dans leur ordre d’importance : 1) la croissance organique, 2) les acquisitions qui favorisent la croissance, 3) les dividendes aux actionnaires et 4) le rachat d’actions.

« Nous ne souhaitons pas accumuler de capital. Cependant, nos revenus actuels sont tels que, effectivement, si l’on considère le rachat d’actions, et puisqu’aucune acquisition n’est prévue pour le moment, et compte tenu de notre volonté d’éviter l’accumulation de capital, il s’agit en quelque sorte du dernier recours. Ce n’est pas ma solution de prédilection, mais je pense que c’est un excellent moyen de restituer une certaine valeur aux actionnaires en attendant de trouver une acquisition. »

Dans ses faits saillants du trimestre, la société rappelle qu’elle a généré 155 M$ en capitaux excédentaires, comparativement à 125 M$ durant la même période de 2025, et qu’elle vise toujours atteindre l’objectif de 700 M$ qui a été fixé pour 2026.