Jamais autant d’étudiants ne se sont inscrits en assurance de dommages et le nombre de diplômés a plus que doublé depuis 2022. Pourtant, l’industrie a encore soif de relève : elle prévoit embaucher plus de 10 600 personnes d’ici 2029, principalement pour remplacer les travailleurs qui quittent le marché.
C’est ce qui ressort du Diagnostic de la main-d’œuvre en assurance de dommages, communément appelé « la boussole », réalisé au cours des derniers mois par la Coalition pour une relève en assurance de dommages (CRAD).
En 2025, l’industrie de l’assurance de dommages comptait 34 473 travailleurs et travailleuses, une hausse de moins de 2% par rapport à 2022. Dix mille embauches ont eu lieu au cours des trois dernières années.
La CRAD a mandaté le cabinet-conseil en gestion Volume Dix pour sonder les acteurs de l’industrie entre novembre 2025 et janvier 2026. Un total de 67 entreprises, 140 professionnels et des représentants de 12 établissements d’enseignement ont été sondés dans le cadre de cet exercice, qui comprenait aussi des groupes de discussion et près d’une vingtaine d’entrevues. En commandant cette enquête, la CRAD souhaitait documenter l’évolution et la transformation des emplois dans l’industrie, connaître les besoins des assureurs et les compétences que ceux-ci recherchent chez leurs futurs employés.
« Même si on passe un coup de sonde dans l’industrie tous les deux ou trois ans, c’était la toute première fois que la Coalition réalisait un diagnostic aussi approfondi, souligne Solène Bitor, directrice de projets pour la CRAD. Ça donne un point de vue encourageant et très complet sur la relève dans l’industrie. »
Des travailleurs en demande
Les besoins sont toutefois encore grands : d’ici 2029, on compte embaucher 10 638 personnes pour répondre à la demande, notamment pour remplacer les départs à la retraite et les départs volontaires.
Les trois quarts des embauches projetées par les compagnies d’assurance concernent des postes de courtiers et courtières (43%) et d’agents en assurance de dommages (32%). Ces besoins s’expliquent davantage par les départs à la retraite et le remplacement de personnel que par la création de nouveaux postes.
Pour combler leurs besoins, les employeurs se tournent principalement vers deux bassins de candidats, à savoir ceux qui sont en début de carrière (79%) et ceux, plus expérimentés, qui se réorientent dans l’assurance (70%). Une entreprise sur dix a également fait appel à une personne retraitée de l’industrie qui souhaitait réintégrer le marché du travail.
Fait intéressant révélé par la boussole, près de sept talents sur dix qui œuvrent dans le secteur de l’assurance de dommages y aboutissent sans l’avoir cherché activement. En effet, 41% des répondants à l’enquête ont affirmé avoir déniché leur emploi actuel grâce à la recommandation d’une connaissance et 27% l’ont obtenu après avoir vu une offre d’emploi par hasard.
Une main-d’œuvre qui s’enracine
Le taux de roulement dans l’industrie est demeuré relativement stable au cours des dernières années. De 9% en 2022, il est passé à 10% en 2025, alors que la moyenne provinciale est de 24%.
« C’est intéressant, indique Mme Bitor. Ça signifie qu’une fois qu’ils entrent dans l’industrie, les gens y ont un coup de foudre et qu’ils apprécient ce milieu suffisamment pour y rester. »
Une stabilité qui s’explique entre autres par les possibilités de carrière dans l’industrie; la perspective d’avancement motive 71% de la main-d’œuvre à y demeurer alors que 50% des travailleurs sondés ont fait mention de la flexibilité et des avantages liés à leur poste comme facteurs de rétention.
Cette tendance pourrait se poursuivre à moyen et long terme; la moyenne annuelle des sinistres climatiques ayant crû de 1000% entre 1983 et 2024 laisse entendre que de plus en plus d’emplois dans le secteur de l’assurance seront nécessaires pour répondre à la demande.
Inscriptions record au cégep
Les efforts de la CRAD et de l’industrie pour mousser la relève portent leurs fruits. Avec 1358 inscriptions dans les programmes collégiaux, l’année 2024-2025 a établi un record d’inscriptions depuis 2015. En parallèle, 543 diplômés sont sortis des cégeps l’an dernier, une augmentation de 118% depuis 2022.
« C’est ce qui m’a personnellement le plus surpris, relève Solène Bitor. Mais malgré un nombre record d’inscriptions et de diplômés, les besoins de l’industrie en relève demeurent importants. »
Hormis l’augmentation marquée du nombre de sinistres dans les dernières années, la main-d’œuvre du secteur de l’assurance sera confrontée à d’autres défis, affirme Solène Bitor, faisant référence à la complexification réglementaire et à la révolution technologique des outils, qui feront en sorte que de nouvelles compétences seront recherchées par les assureurs.
Sondés sur les améliorations à apporter au parcours de formation, 36% des employeurs ont exprimé le désir que l’accent soit mis sur le développement de compétences relationnelles et du service à la clientèle.
« C’est parfois sous-estimé, mais une grosse part du travail en assurance, c’est de soutenir la clientèle alors qu’elle vit une situation délicate, voire un des moments les plus difficiles de sa vie », souligne Mme Bitor.
La mise en place d’une approche empathique et l’approfondissement des relations clients figurent d’ailleurs parmi les aspects devant faire l’objet de formation interne, selon 46% des répondants.
Ces compétences humaines deviendront de plus en plus recherchées et nécessaires alors que deux entreprises sur trois (65%) utilisent déjà des outils numériques, y compris des outils d’intelligence artificielle.
Les répondants ont également souligné que si l’IA permet d’automatiser certaines tâches répétitives, « elle accroît l’importance du jugement, de l’analyse, de l’adaptabilité et des compétences relationnelles », lit-on dans le rapport.
Des constats aux solutions
Maintenant que les résultats de la boussole sont connus, la CRAD entreprendra de mettre en œuvre certaines recommandations qui y figurent, notamment la mise en place de tables de concertation regroupant différents partenaires et représentants de l’industrie.
« On veut explorer plus profondément certains enjeux, dont ceux de la formation et des ressources humaines pour que les actions à prioriser soient celles qui sont les plus pertinentes pour le milieu, explique Mme Bitor. Nous souhaitons fédérer tous les acteurs de l’écosystème afin d’échanger, de réfléchir et d’appliquer des solutions collectives. »
Portrait de la main-d’œuvre en finance et en assurance
Plus féminine, plus jeune, plus diplômée et concentrée dans la métropole : la main-d’œuvre du secteur de l’assurance se démarque du reste du marché du travail québécois.
En effet, 53% des personnes œuvrant en assurance sont des femmes, alors que la moyenne québécoise est de 48%. Qui plus est, 45% des travailleurs et travailleuses détiennent un diplôme universitaire, soit 13 points de pourcentage de plus que la moyenne de l’ensemble des secteurs.
Près de trois professionnels sur quatre (72%) sont âgés de 25 à 54 ans contre 65% pour l’ensemble des secteurs.
De plus, 92% de la main-d’œuvre en assurance travaille à temps plein alors que la moyenne provinciale est de 82%.
Enfin, même si la région de Montréal abrite seulement le tiers de la population active québécoise, on y retrouve près de deux travailleurs en assurance sur trois (62%).
Source : Diagnostic de la main-d’œuvre en assurances de dommages, Coalition pour une relève en assurances de dommages et VOLUME DIX, septembre 2026.