Les Canadiens passent en moyenne les 11 à 12 dernières années de leur vie en mauvaise santé, soit 13,6% de leur existence, relève la nutritionniste-diététiste et chercheuse en nutrition Anne-Julie Tessier dans le livre, Mange ta vie – Science, saveurs et santé, paru aux Éditions Cardinal plus tôt en 2026. Il existe pourtant un déterminant qui pourrait permettre de vieillir en santé : il se trouve dans l’assiette. 

« Au Canada, chez les adultes, l’alimentation est l’un des facteurs de risques modifiables les plus importants pour sa santé, souvent classée en deuxième position après le tabagisme en matière de contribution au fardeau de la maladie », écrit-elle dans l’ouvrage cosigné par la comédienne Catherine St-Laurent, qui y présente ses recettes. 

Certains cancers, certaines maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2, souligne l’experte, ne constituent pas des risques inévitables avec l’âge. Ils peuvent être le résultat des habitudes de vie et de l’alimentation. 

Vivre plus longtemps ne signifie pas vieillir en bonne santé 

L’espérance de vie au pays est en moyenne d’environ 81 ans ces dernières années, selon Statistique Canada, passant de 81,3 ans en 2022 à 81,7 ans en 2023 et 82,16 ans en 2024. Or, en science, les chercheurs distinguent l'espérance de vie et l'espérance de vie en santé.

Une étude de l’organisme fédéral, abordée par le Portail de l'assurance en janvier dernier, montre que les Canadiens vivent plus longtemps, mais que ce phénomène ne s’accompagne pas d’une croissance des années vécues en bonne santé. En 2023, par exemple, l'espérance de vie ajustée sur la santé (EVA), une donnée mesurant à la fois la longévité et l’état de santé, était de 66,9 ans à la naissance, contre 68,6 ans en 2020. 

Les femmes, même si elles vivent plus longtemps, passent une plus grande portion de leur vie en mauvaise santé, note aussi Statistique Canada. 

La santé dans l'assiette 

Anne-Julie Tessier est professeure adjointe au Département de nutrition de l’Université de Montréal, après avoir fait des études postdoctorales de trois ans à Harvard. Elle est aussi chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal. Dans son livre, elle met donc son domaine d’expertise – l'impact de la nutrition sur la longévité en santé, en particulier sur la santé musculaire et cérébrale – au cœur de ses propos. 

« On y retrouve les dernières recherches en matière de nutrition dans un contexte de vieillissement et de santé, explique Anne-Julie Tessier au Portail de l’assurance. On couvre quatre grands axes : l’alimentation pour favoriser la santé à long terme et éviter les maladies chroniques, on parle de santé cognitive, de santé musculaire et de santé mentale. Ces quatre grands axes mis ensemble représentent ce qu’est un vieillissement en santé. » 

Le vrai sens d’une « diète » 

Alors qu’environ la moitié des adultes présente un tour de taille supérieur aux seuils canadiens associés à des risques accrus pour la santé, et que les médicaments pour la gestion du poids sont sur toutes les lèvres, la nutritionniste et chercheuse rectifie le mot « diète » dans son ouvrage. 

« Le mot "diète" n’évoque aucun régime restrictif visant la perte de poids, écrit-elle. Pour une scientifique, une diète est un modèle alimentaire, l’ensemble des habitudes qui caractérisent l’alimentation d’une personne. Le mot diète issu du grec ancien diaita signifie art de vivre ou mode de vie. » 

On ne peut, dit-elle, définir de façon universelle ce qu’est une « bonne » alimentation, ni établir un seul modèle alimentaire valable pour tous.

Dans son livre, elle résume toutefois plusieurs diètes dont il a été démontré scientifiquement qu’elles ont des effets positifs sur la santé :  

  • Diète méditerranéenne : fondée sur l’huile d’olive, l’abondance de fruits et de légumes, et la présence de légumineuses, de grains entiers, ainsi que l’apport régulier de poisson. 
  • Diète DASH : acronyme de Dietary Approaches to Stop Hypertension, créée dans les années 90 par des chercheurs pour réduire la pression artérielle (fruits et légumes, grains entiers, protéines maigres, etc.). 
  • Diète MIND : hybride des diètes méditerranéenne et DASH, elle met l’accent sur 10 groupes jugés neuroprotecteurs, comme les légumes verts feuillus, les noix et les petits fruits. 
  • Diète de santé planétaire : privilégie principalement les végétaux, les légumineuses, les céréales entières et les huiles végétales, avec une plus faible proportion de protéines animales, de produits laitiers et de sucres ajoutés. 

Jusqu’à 86% plus de chances de vieillir en santé 

Anne-Julie Tessier a elle-même participé à Harvard à l’analyse d’une étude où 100 000 personnes ont été suivies pendant 30 ans pour comparer quatre grands modèles alimentaires.

Les personnes « qui présentaient les meilleures adhésions à ces régimes avaient entre 45 et 86 % plus de chances de vieillir en santé jusqu’à 70 ans sans maladie chronique et avec de bonnes fonctions physiques, mentales et cognitives », observe-t-elle. 

« Nos résultats suggèrent que les modèles les plus bénéfiques combinent une forte proportion d’aliments d’origine végétale et une inclusion modérée de produits d’origine animale sains (poissons ou produits laitiers comme le yogourt). » 

Les ingrédients d’une bonne alimentation 

L’adoption de modèles alimentaires riches en aliments d’origine végétale, en légumineuses, en grains entiers, en protéines de haute qualité et comportant peu d'aliments ultra-transformés diminue le risque de développer les principales maladies chroniques et, à l’inverse, favorise la santé musculaire, la santé cognitive, la santé mentale et la santé à long terme, explique Anne-Julie Tessier. 

Quelques-uns de ses constats : 

– Ces dernières années, des preuves scientifiques se sont accumulées en faveur de la diète méditerranéenne et de la diète DASH pour réduire le risque de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2.

– Pour préserver la santé musculaire, il est préférable de consommer au moins un aliment riche en protéines d’origine végétale ou animale par repas, y compris le matin. 

– Les fruits et les légumes constituent les piliers d’une saine alimentation pour le cerveau, ainsi que la consommation de poisson gras. 

– La diète méditerranéenne est de loin celle qui possède le plus de données scientifiques probantes concernant la santé cognitive. Les personnes qui la suivent le plus fidèlement présentent un risque de déclin cognitif ou de maladie d'Alzheimer jusqu’à 30% plus faible.

– Une étude démontre que les personnes qui suivent la diète MIND le plus fidèlement présentent un risque de développer la maladie d'Alzheimer réduit de 53%, tandis que l'adoption modérée de cette diète est associée à une réduction du risque de 35%. 

Une couverture variable 

L’accès aux conseils d’un professionnel de la nutrition peut passer par les régimes d’avantages sociaux des employeurs. Les services des nutritionnistes-diététistes sont couverts par de nombreux régimes au Canada, notamment dans des régimes administrés par des assureurs comme Sun Life, Manuvie et Canada Vie. La couverture varie toutefois d’un régime à l’autre.

L’association Les diététistes du Canada plaide d’ailleurs pour une plus grande couverture des services de nutrition par les régimes d’avantages sociaux. L’association canadienne de professionnels fait valoir que ces services peuvent aider à gérer les coûts des soins de santé.

« Une saine alimentation peut réduire le risque de certains problèmes de santé pouvant entraîner de l’absentéisme ou une forte consommation de médicaments sur ordonnance, affirme-t-elle sur son site Web. Ainsi, les employeurs devraient considérer le rôle que peuvent jouer les services de nutrition pour réduire le recours à d’autres avantages offerts par le régime d’assurance-maladie. »  

Les nutritionnistes-diététistes, assure l’association, peuvent notamment intervenir dans la prévention et le traitement du diabète de type 2, ainsi que dans la gestion de l’hypercholestérolémie, de l’hypertension et des préoccupations liées au poids.

Sur ce dernier point, la firme-conseil en actuariat et en rémunération globale Normandin Beaudry rappelle aussi qu’« au-delà de la couverture pharmacologique, la gestion de l’obésité en milieu de travail devrait s’appuyer sur des programmes favorisant la santé globale : nutrition, activité physique, soutien psychologique et sensibilisation à la stigmatisation ». 

Sur son site Web, la firme soutient que « faciliter l’accès à des services professionnels en santé mentale, en nutrition ou en activité physique, tout en adaptant les pratiques et politiques internes, peut grandement influencer la santé du personnel, ayant ainsi un impact positif sur la productivité ». 

(Avec la contribution d’Amélie Cléroux au contenu.)