À l’échelle internationale, les organismes de règlementation de l’assurance concentrent leurs efforts sur quelques grands enjeux, notamment l’intelligence artificielle (IA) et le déficit de protection contre les catastrophes naturelles dans le monde. Ces thèmes étaient au cœur d’une récente table ronde organisée par l’Association internationale des contrôleurs d’assurance (AICA).
L’AICA est une organisation internationale à adhésion volontaire qui regroupe des autorités de contrôle et de règlementation de l’assurance provenant de plus de 200 territoires. (Au Canada, ses membres comprennent le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et l’Autorité des marchés financiers (AMF))
Selon les panélistes, l’intelligence artificielle était le sujet de séminaire le plus demandé par les membres de l’organisation.
Les représentants de l’AICA ont surtout insisté auprès des participants au webinaire sur le fait qu’il fallait abandonner l’idée selon laquelle l’adoption de l’IA peut être menée à bien en embauchant simplement quelques spécialistes. Ils estiment également que les personnes chargées de réglementer le secteur de l’assurance doivent cesser de considérer l’IA comme une forme de magie.
« Ce n’est pas de la magie ; c’est une technologie. Il faut l’aborder sous cet angle », affirme Petra Hielkema, vice-présidente du comité exécutif de l’AICA, présidente du Forum FinTech de l’AICA et présidente de l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA). « Quelles règles, et quels principes de supervision fondée sur des principes, avons-nous déjà en place pour encadrer cette technologie? »
Plutôt que de simplement recruter quelques experts en IA, les intervenants estiment que l’ensemble d’une organisation de règlementation doit apprendre à travailler avec cette technologie afin d’être en mesure de la superviser efficacement.
Selon eux, l’IA transforme le secteur de l’assurance en créant de nombreuses possibilités en souscription, en tarification, en règlement des sinistres, en gestion de la fraude et en relation avec la clientèle. « Elle peut contribuer à réduire les coûts. Elle peut favoriser l’inclusion financière, offrir de meilleurs services et des services plus rapides aux clients, affirme Mme Hielkema. Mais elle ne peut pas être laissée sans surveillance. Il existe des risques que nous devons comprendre, des risques qui pourraient être amplifiés. »
Scott A. White, vice-président du comité exécutif de l’AICA et commissaire au Bureau of Insurance de la Virginia State Corporation Commission, souligne également que les cyberrisques deviennent de plus en plus répandus, ce qui exige des discussions sur la protection des données personnelles et la protection des consommateurs contre les biais algorithmiques. « Tous ces enjeux se recoupent avec ce type d’innovation technologique qui amplifie les risques, dit-il. Il ne s’agit pas d’étouffer l’innovation, mais de déterminer où concentrer nos efforts. Comment devrions-nous surveiller le secteur? »
Mme Hielkema affirme que trois éléments doivent être mis en place. Le premier consiste à assurer un partage efficace des connaissances et à poursuivre en continu le développement des compétences en matière d’IA. À cette fin, l’AICA a créé une base de données centralisée regroupant des connaissances et des travaux de recherche sur l’IA, que ses membres peuvent consulter.
« Oubliez l’idée qu’il suffit d’embaucher quelques nouveaux collègues très compétents en IA pour être à jour. Non. Vous devez faire en sorte que l’ensemble de votre organisation commence à travailler avec cette nouvelle technologie afin de la comprendre et de la superviser. »
Elle ajoute ensuite que les fondements, soit la validation et la qualité des données, demeurent essentiels et doivent être continuellement renforcés, « particulièrement maintenant que nous voyons apparaître des modèles d’IA et des ensembles de données provenant de tiers, que nous n’avons peut-être pas développés à l’interne. Le secteur doit comprendre comment ces modèles ont été développés, quelles données ont été utilisées et comment ils ont été entraînés. Il faut d’abord maîtriser les bases. »
Enfin, les intervenants estiment qu’il existe encore de nombreux principes de bon sens, fondés sur une supervision axée sur des principes, que les autorités de contrôle peuvent appliquer dans la pratique. « Si vous ne savez pas, encore une fois, il y a la base de données, ajoute Mme Hielkema. Il existe aussi une communauté de superviseurs auprès de laquelle nous pouvons nous renseigner. » Elle souligne également que la technologie évolue rapidement, tout comme son utilisation partout dans le monde.
« Ne pensez pas qu’il s’agit de magie. Appliquez simplement la logique d’une supervision fondée sur des principes. Et si vous ne savez pas exactement quoi faire, adressez-vous à vos collègues, car ensemble, nous en savons beaucoup. »
Dans le même esprit, les intervenants estiment que les collègues constituent également un bon point de départ lorsqu’il s’agit de choisir le projet approprié. « L’AICA a un rôle important à jouer en partageant ces connaissances, en mettant à la disposition de ses membres un répertoire des différentes initiatives réalisées et des différentes approches qui ont été adoptées. »
En ce qui concerne les déficits de protection, ils ajoutent que toute approche doit inclure la réduction des risques, l’adaptation et la coordination. « Toute stratégie visant à combler les déficits de protection doit d’abord intégrer des mesures incitant à la réduction des risques et à l’adaptation. C’est le fondement essentiel », affirme Siham Ramli, vice-présidente du comité exécutif de l’AICA et directrice de la communication et des relations internationales à l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale du Maroc.
Tout en soulignant qu’il est important de reconnaître que la situation diffère d’un pays à l’autre et que toutes les initiatives ne sont pas applicables dans tous les contextes, les intervenants ajoutent que la coordination demeure un autre défi à relever.
« Cela ne fonctionnera que si nous agissons tous. Cela signifie que les individus doivent atténuer les risques et s’adapter. Les villes aussi. Les assureurs peuvent apporter leur expertise et offrir les produits d’assurance », explique Mme Hielkema. « Le défi de la coordination consiste véritablement à faire en sorte que tout le monde passe à l’action, au lieu que chacun attende que quelqu’un d’autre fasse le premier pas. C’est un obstacle que nous devons surmonter. Je pense que nous pouvons faire beaucoup plus que ce que nous faisons actuellement. »