L’explosion au port de Beyrouth est la cerise sur le sundae des mauvaises nouvelles, disent des professionnels de l’industrie au Liban en entrevue au Portail de l’assurance. « On n’avait pas besoin de cette explosion pour 1 000 raisons », dit Élie Ziadé PDG de Arabian Insurance Management Services (AIMS), un cabinet de courtage libanais.

En plus de la pandémie de la COVID-19, le Liban connait depuis l’automne 2019 une crise économique, financière et bancaire. « La valeur de la monnaie nationale a baissé dramatiquement vis-à-vis la monnaie américaine. Nous avons vu un lien direct sur les sommes assurées en dollars », explique le président de AIMS.

En fait, avant la crise, les assurés étaient couverts pour une somme donnée. Or, en raison de la chute de la monnaie, leurs couvertures n’ont plus la même valeur. Ces assurés se trouvent donc être à risque d’être insuffisamment couverts en fonction de leurs besoins.

Ce dernier explique aussi que l’assurance habitation n’étant pas obligatoire, la proportion de Libanais ayant une police d’assurance est faible. La firme Guy Carpenter, qui a publié un rapport peu de temps après l’incident, confirme le tout.

La suite des choses

À court terme, il est difficile de se prononcer sur ce que l’avenir réserve aux assureurs libanais après l'explosion, dit Fateh Bekdache, le président d’AROPE Insurance. Il s’agit d’une crise qui prendra du temps à régler.

L’industrie de l’assurance est secouée et se prépare à payer des sinistres, ajoute Élie Ziadé. « Les assureurs veulent aider leurs clients et leurs assurés et ils le font petit à petit », dit-il.

Pour Gabriel Bejjani, président du courtier de réassurance libanais Nasco Re, et membre du conseil d’administration de Bankers Insurance, une compagnie d’assurance appartenant au groupe Nasco France, cette participation proactive des assureurs fera augmenter la pénétration de l’assurance de dommages au pays.

Il affirme que les primes d’assurance vont augmenter au cours des prochaines années, mais demeure confiant que le tout se règlera.

« Je suis très optimiste que le secteur de l’assurance répondra présent dans la gestion de cette tragédie de façon technique et équitable, mais aussi qu’elle règlera rapidement les sinistres. Les Libanais vont se rendre compte, si on est présent, que les assureurs sont toujours là pour aider », affirme-t-il.

« L’esprit et la réflexion vont murir, et les calculs des chiffres vont être plus près de la vérité, renchérit M. Ziadé. On a besoin de maturité et seul le temps peut nous l’accorder. Chaque jour est mieux que le jour précédent, mais tant que nous n’avons pas la cause exacte avec le rapport officiel, personne ne peut trancher. »