Entre 2010 et 2020, le taux d’incidence normalisé selon l’âge du cancer du sein invasif au pays était le plus élevé au Québec, révèle un rapport de Statistique Canada. Il s’élevait à 156,3 pour 100 000 femmes par année, alors que ce taux était de 140,1 en moyenne au Canada. Autrement dit, plus de femmes se sont fait diagnostiquer un tel cancer chaque année dans la belle province qu’ailleurs au pays.
L’étude portant sur la variabilité géographique de l’incidence et de la mortalité du cancer du sein chez les femmes au Canada s’appuie sur des recherches antérieures suggérant que l’incidence du cancer et les issues liées à la maladie peuvent varier selon le lieu de résidence. Les chercheurs concluent à « une variation marquée entre les régions et les collectivités ».
Le rapport sur la santé, intitulé Variations géographiques de l’incidence et de la mortalité du cancer du sein chez les femmes au Canada, montre que les taux d’incidence normalisés selon l’âge étaient significativement plus élevés au Québec et en Alberta comparativement à l’Ontario (choisie comme référence), et significativement plus faibles au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, en Saskatchewan, en Colombie-Britannique et au Nunavut.
Les chercheurs de l’organisme fédéral soulignent toutefois que les régions avec des taux plus élevés d’incidence du cancer du sein n'ont pas nécessairement des taux plus élevés de mortalité (normalisés selon l’âge) liée à cette maladie.
C’est le cas du Québec dont le taux de mortalité est de 30,1 pour 100 000 femmes par année, derrière le Yukon (37,8) et la Nouvelle-Écosse (31,6). Le taux de mortalité au Québec est toutefois plus élevé qu’en Ontario (27,8) et que la moyenne canadienne de 28,3 pour 100 000 femmes.
L’âge moyen du diagnostic de cancer du sein
« L’âge moyen au moment du diagnostic était de 62,7 ans », indique Statistique Canada, soulignant qu’il variait de façon « considérable » d’une région à l’autre du pays.
L'âge moyen le plus faible était au Nunavut (54,2 ans), suivi par celui aux Territoires du Nord-Ouest (56,7 ans), au Yukon (60,7 ans) et en Alberta (61,2 ans), ce qui est « nettement plus bas » comparativement à l’Ontario (62,5 ans), choisie comme catégorie de référence, notent les auteurs. Le Québec se situait à peine plus haut avec un âge moyen de 63 ans.
L’étude examine également la taille des collectivités : « En général, l’âge moyen au moment du diagnostic augmentait à mesure que la taille de la collectivité diminuait », précisent les auteurs du rapport.
Dans leur revue des recherches existantes, les chercheurs citent notamment une étude américaine faisant aussi état d’une variabilité géographique importante des tendances d’incidence. Dans leurs travaux, les chercheurs américains suggèrent que les facteurs liés au lieu de résidence soient intégrés aux algorithmes de prédiction du risque, en complément d’autres facteurs de risque déjà établis, notamment l’âge, l’origine ethnique et la génétique.
« La variabilité géographique observée dans la présente étude soutient également la prise en compte de l’incidence de la géographie et des risques liés à l’emplacement pour l’incidence et la mortalité du cancer du sein chez les femmes au Canada », affirment les chercheurs de Statistique Canada. « Les résultats actuels indiquent que le lieu de résidence d’une personne peut avoir des répercussions importantes sur son risque lié au cancer. »
Les programmes de dépistage
« Au Canada, les programmes de dépistage varient selon plusieurs facteurs, y compris l’âge d’admissibilité », rappelle l’organisme fédéral dans son rapport sur la santé, soulignant que la plupart des programmes commencent le dépistage chez les femmes à partir de 50 ans.
Toutefois, « l’Alberta a abaissé l’âge d’admissibilité à 45 ans en 2022, et d’autres programmes permettent aux femmes de passer une mammographie sans recommandation préalable (accès direct) à partir de 40 ans », soulignent les chercheurs.
« Ces différences dans les programmes de dépistage pourraient en partie expliquer la variabilité géographique de l’incidence du cancer du sein, y compris les taux propres à chaque groupe d’âge et à chaque stade, dans la présente étude », concluent-ils.