Si l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il ne faut pas conclure que le réchauffement climatique épargne les autres régions du monde. Un rapport publié le 18 mai par la même organisation révèle que l’Amérique latine a aussi fait face à des températures record et une augmentation alarmante des aléas climatiques en 2025.
« Chaleur record, sécheresse persistante, précipitations extrêmes et cyclones tropicaux dévastateurs » ont ponctué l’année des Caraïbes et des pays latins, perturbant du même coup la vie des habitants et l’économie de cette région du monde prisée des voyageurs, relève l’OMM.
L'organisme des Nations Unies qui fait autorité sur les questions relatives au temps, au climat et à l'eau s’est basé sur des données météorologiques et hydrologiques des pays concernés, de même que des renseignements obtenus auprès de plusieurs instituts de recherche sur le climat.
Un réchauffement alarmant
En comparant les données sur la température depuis le début du XXe siècle, l’OMM a observé que la période de 1991 à 2025 est celle qui a connu le réchauffement le plus intense et le plus rapide, avec une augmentation moyenne d’environ 0,25°C par décennie.
Les trois dernières années ont été les trois plus chaudes jamais enregistrées pour cette région du globe.
L’OMM a recensé plusieurs vagues de chaleur supérieures à 40°C, auxquelles sont attribuables en moyenne 13 000 décès annuellement, selon des statistiques colligées dans 17 pays entre 2012 et 2021. « Ces données suggèrent une sous-estimation importante de la mortalité liée à la chaleur et soulignent la nécessité d’améliorer l’élaboration des comptes rendus connexes », prévient l’OMM, qui recommande notamment de standardiser les rapports liés à la morbidité et la mortalité causées par la chaleur, ainsi que d’intégrer les alertes météorologiques précoces aux mécanismes de santé publique.
Le réchauffement planétaire accentue par ailleurs la fonte des glaciers. Ce faisant, le niveau de la mer augmente « plus rapidement que la moyenne mondiale » dans certaines zones de l’Atlantique tropical.
L’OMM estime que le rythme du réchauffement des océans, entre 2005 et 2025, a été « plus de deux fois supérieur » à celui observé dans le demi-siècle précédent, pour atteindre une température jusqu’alors inégalée.
Les températures de surface de la mer moyenne ont atteint des records dans la mer des Caraïbes, dans le golfe du Mexique et dans le secteur des côtes chiliennes.
Le réchauffement des eaux a des impacts sur l’écosystème marin et la pêche, alors que l’eau de surface des océans a continué de s’acidifier, aussi bien dans l’Atlantique que dans le Pacifique. Cette acidification est attribuable à la captation de plus du quart des émissions annuelles de dioxyde de carbone (CO2) produites par les activités humaines.
Une augmentation de la température de l’eau influence également indirectement la trajectoire des ouragans.
Météo extrême : la santé publique mise à l’épreuve
Le rapport, State of the Climate in Latin America and the Caribbean 2025, indique notamment que « les systèmes agroalimentaires pâtissent des conditions météorologiques et climatiques extrêmes » comme les ouragans, les sécheresses et les pluies diluviennes et que l’approvisionnement en eau des populations latines est menacé à long terme. Ce faisant, les populations auront de plus en plus de difficulté à se nourrir et les pays, à exporter, mettant à mal la santé publique et les économies locales.
L’OMM rapporte que l’Amérique latine et les Caraïbes sont en proie à des systèmes météorologiques de plus en plus extrêmes, alternant entre d’intenses périodes de sécheresse, qui accroît le risque de feux de forêt, et des épisodes de pluies diluviennes.
L’année dernière, plus de 110 000 Péruviens et Équatoriens ont été sinistrés en raison des déluges et inondations, qui ont aussi causé 83 décès en octobre. Ces aléas ont également provoqué des glissements de terrain et des dommages « considérables » aux infrastructures, relève l’organisation.
À lui seul, l’ouragan Melissa est responsable de 45 morts et de pertes économiques de 8,8 milliards de dollars en Jamaïque. En octobre 2025, Melissa est devenu le tout premier ouragan de catégorie 5 à toucher terre dans ce pays. L’ouragan a aussi causé des dommages importants ailleurs dans les Caraïbes, notamment à Cuba, en République dominicaine et à Haïti, où 46 décès ont été rapportés.
Une prévention complexifiée, mais nécessaire
Selon la Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, « si les risques augmentent, notre capacité d’anticiper et d’agir pour sauver des vies et protéger les moyens de subsistance s’améliore également ».
Comme les aléas climatiques sont plus probables que jamais, bien qu’imprévisibles, les gouvernements et les autorités en services d’urgence doivent s’assurer que leurs protocoles d’intervention sont à jour et tiennent compte des plus récentes données scientifiques et climatiques, fait valoir la secrétaire générale.
Elle ajoute que les catastrophes climatiques démontrent de plus en plus l’importance d’intégrer l’analyse des risques dans les décisions publiques et économiques.
En Jamaïque, l’ouragan Melissa a mis en lumière la nécessité de développer des évaluations probabilistes multirisques afin de mieux orienter l’aménagement du territoire, la mise à jour des codes du bâtiment et les investissements dans des secteurs stratégiques comme le tourisme, l’énergie, les télécommunications et les infrastructures d’eau.
Si les mécanismes de transfert des risques demeurent essentiels pour protéger les finances publiques et privées après une catastrophe, l’OMM soutient que la véritable résilience passe par une approche préventive intégrée aux décisions de gouvernance, de planification et d’investissement.