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Les participants aux régimes de moins en moins satisfaits

par Alain Castonguay | 08 mars 2018 07h00

Danny Peak | Photo : Réjean Meloche

Depuis 20 ans, Sanofi Canada mène un sondage sur la satisfaction des participants à un régime collectif. D’année en année, leur satisfaction diminue.

Danny Peak, responsable, secteur privé national, chez Sanofi Canada, a présenté les faits saillants de l’enquête la plus récente au Congrès de l’assurance et de l’investissement. Un grand constat s’en dégage, dit-il.

« Les participants affirment que leur régime répond à leurs besoins. Toutefois, ils sont moins nombreux à dire qu’ils sont extrêmement ou bien satisfaits », indique M. Peak. En 2017, 53 % des participants ont répondu ainsi, comparativement à 73 % en 1999. Le Québec arrive avec une note plus basse, à 48 %.

En ce qui a trait à la qualité des régimes, 48 % la décrivent comme étant excellente ou très bonne, comparativement à 59 % en 2006. Le Québec est dans la moyenne, à 47 % pour l’évaluation de la qualité.

Chez les promoteurs de régime, 62 % d’entre eux pensent que leur régime est excellent ou très bon. « Il y a quand même 53 % des gens qui ont une très bonne opinion de leur régime, et 39 % que le régime répond bien à leurs besoins. On note toutefois une tendance importante et il faut regarder cela attentivement », dit M. Peak.

Satisfaction plus grande lorsque l’on aime son emploi

Il note que les employés qui se disent satisfaits de leur emploi sont beaucoup plus susceptibles d’avoir une opinion positive à l’égard de leur régime de soins de santé. Ce taux de satisfaction s’améliore lorsque des outils de promotion de la santé sont offerts. Ou encore quand les membres sont satisfaits de leur emploi.

Les participants semblent apprécier davantage la couverture des couts de routine, dit M. Peak. Les promoteurs de régimes diffèrent d’opinion. Ils semblent souhaiter que les membres accordent plus de valeur aux couts imprévus, souligne-t-il.

Quelque 68 % des participants estiment que leur employeur est plus susceptible de contrôler les couts que de fournir les meilleurs avantages pour la santé. C’est en hausse comparativement à l’année 2000, où 51 % des participants exprimaient une telle impression.

Quelque 29 % des promoteurs de régimes déclarent établir un plafond annuel ou viager sur leur régime d’assurance médicaments. Le conseil consultatif de Sanofi Canada estime que le plafonnement du régime « a des effets potentiels sur la prise de médicaments, la productivité et le moral », poursuit M. Peak en citant Art Babcok, vice-président d’Aon Hewitt.

La culture du mieux-être n’est pas en progression

De manière générale, les résultats montrent que dans les milieux de travail qui encouragent la santé et le mieux-être, les employés se disent beaucoup plus satisfaits de leur travail et plus positifs à l’égard des régimes de soins de santé. Cette culture du mieux-être, aussi positive soit-elle, n’est pas en progression, toujours selon les données du sondage. Et la volonté d’investir davantage dans le futur est elle aussi en baisse. « Ces données devraient nous interpeller », estime M. Peak.

Il rapporte une autre donnée troublante : les employeurs sous-estiment considérablement la présence de maladies chroniques dans leur main-d’œuvre. Quelque 57 % des participants affirment avoir au moins une maladie chronique, alors que les promoteurs de régimes estiment que 32 % de leurs employés souffrent d’une maladie chronique ou d’un problème de santé.

Sept participants sur dix se disent réceptifs à recevoir, de la part des assureurs, de l’information sur la santé ciblée en fonction des données de leurs demandes de règlement. On retrouve aussi 64 % des employeurs qui souhaitent inclure cet élément dans la conception du régime.

M. Peak estime que les conseillers de première ligne doivent aider les employeurs à reconnaitre que « la santé dans l’entreprise, la santé organisationnelle et la santé physique des employés permettent une meilleure santé financière ». Les conseillers manquent peut-être d’outils pour le faire et l’industrie doit s’améliorer à cet égard, dit-il.

Les efforts de l’industrie

Suzie Pellerin

Vice-présidente adjointe aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes, division Québec (ACCAP-Québec), Suzie Pellerin a souligné que 80 % des Canadiens sont couverts par assurance collective, comparativement à 67 % il y a 10 ans. « Il y a une couverture abondante et importante qui est offerte à l’ensemble des Canadiens », dit-elle.

On retrouve quelque 25 millions de Canadiens qui sont couverts en matière d’assurance maladie complémentaire. Les primes versées totalisent 27,5 milliards de dollars (G$), dont 90 % sont obtenues par l’entremise d’un régime collectif. En ajoutant les primes d’invalidité et les autres couvertures, les primes approchent les 41 G$, poursuit-elle. Sur une moyenne de cinq années, environ 86 % des primes sont remises en prestations.

Mme Pellerin a aussi fait écho à la hausse des couts des régimes, principalement alimentée par les médicaments de plus en plus dispendieux. On prévoit que d’ici 2022, 40 % des dépenses en médicaments sur ordonnance seront reliées à des médicaments spécialisés, comparativement à 22 % en 2012 et 30 % en 2016.

3 grandes sources de pression

La facture des soins paramédicaux augmente en moyenne de 9 % par année depuis 2009. C’est l’un des principaux segments où les fraudes sont observées, souligne Mme Pellerin. « Les fraudeurs sont extrêmement créatifs. Avant, on avait un reçu de massothérapie, on changeait le montant. Maintenant, les techniques sont plus raffinées », dit-elle.

Elle donne en exemple le cas d’un professionnel qui utilisait son commerce de prothèses comme outil de vente de produits luxueux à ses clients. Il refilait la facture aux assureurs de ceux-ci.

Danny Boulanger

Pour Danny Boulanger, PDG de Segic, entreprise lancée en mai 2015 et l’une des rares à viser le marché de l’autoassurance et de l’autogestion, il existe trois grandes sources de pression qui menacent la pérennité des régimes collectifs et du modèle d’affaires des assureurs. La première est la hausse des couts de soins de santé.

Il cite une étude du CIRANO, qui indique que pour maintenir les budgets équivalents consacrés à la santé, le gouvernement du Québec devra augmenter de 60 % ses revenus issus de la taxation d’ici 2030. Selon M. Boulanger, le traitement des maladies chroniques représente une large part de cette augmentation.

Deuxième source de pression : la technologie a toujours été un agent de changement. L’assurance ne peut pas faire exception. Elle doit en tirer profit, dit-il.

Le troisième moyen de pression sur le modèle d’affaires touche les nouvelles générations de 35 ans et moins et qui se sentent moins concernées par le design actuel des régimes qui ont été conçus dans les années 1960. Ils sont davantage préoccupés par la prévention, la connectivité et l’échange en ligne, de même que par l’économie collaborative. Les gestionnaires de régimes doivent adapter leur offre, souligne M. Boulanger.

« Notre prétention, comme jeune entreprise dans le domaine, est qu’il faut séparer l’assurance et la santé. On a besoin d’assurance. Mais la santé, c’est l’un des éléments pour le bien-être, l’absentéisme, le stress en emploi », dit-il.

Il ajoute qu’il est nécessaire de réintégrer la santé à l’intérieur des organisations. « Ça prend de l’assurance collective. Ça nous prend aussi un programme de santé collectif », insiste M. Boulanger.

Passer de vendeur à professionnel

Pierre Piché

Pierre Piché, directeur général d’ASQ Consultant, a été le premier président du Regroupement des consultants en avantages sociaux du Québec (RCASQ) en 1997. Déjà à l’époque, il plaidait pour que le représentant passe du rôle de vendeur de produits à celui d’un professionnel en avantages sociaux.

« La présence des régimes d’assurance collective dans les milieux de travail est de plus en plus nécessaire », dit-il. Le régime fait partie des avantages sociaux offerts par l’entreprise et devient même un élément essentiel de négociation des conditions de travail, ajoute-t-il.

Le modèle d’affaires a un peu évolué, mais pas assez vite, reconnait-il. « Nous, les spécialistes de l’assurance collective, on n’a pas su faire évoluer notre profession. On limite encore nos interventions à la vente de produits d’assurance pour payer des frais imminents. Et on négocie la prime », fait-il observer.

En améliorant leur offre, les perceptions des clients à l’égard des régimes collectifs remonteront vers le côté positif, estime-t-il. « La qualité des produits d’assurance collective sera aussi améliorée. Les assureurs ne restent jamais insensibles aux mouvements des assurés », ajoute M. Piché.

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