L’élargissement du champ d’exercice des pharmaciens constitue la tendance dominante qui façonnera le secteur de la pharmacie au cours des deux à trois prochaines années, selon un récent sondage mené par TELUS Santé auprès de pharmaciens au Canada.
Cette tendance a été identifiée par 85% des 150 pharmaciens interrogés par l’entreprise spécialisée en technologies de la santé afin d’identifier les principales tendances dans ce secteur au pays. « Ces dernières années, les pharmacies canadiennes jouent un rôle de plus en plus central dans la prestation de soins primaires, ce qui est bénéfique pour les patients », écrit-elle dans son rapport, Les cinq grandes tendances dans le secteur de la pharmacie en 2026 : l’innovation, l’automatisation et la prochaine vague de soins.
Parmi les autres principales tendances, les répondants mentionnent l’intégration des technologies et l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle (IA), de même que le recours aux services centralisés de préparation des ordonnances, qui permettent de libérer du temps pour la consultation des patients.
Des soins de plus en plus essentiels… et des obstacles
« Cette réponse s’avère logique face à la pression exercée sur le système de santé, alors que près de six millions de Canadiens n’ont toujours pas accès à un prestataire de soins primaires. Ce qui est particulièrement vrai dans les régions rurales et éloignées, parfois confrontées au manque de médecins, tandis que les pharmacies communautaires demeurent très présentes », affirme TELUS Santé
« De plus en plus, les pharmaciens aident à pallier la pénurie de professionnels de la santé au Canada », résume Ratcho Batchvarov, vice-président, solutions pour les professionnels de la santé, dans le rapport.
L’entreprise souligne que des modifications à la Loi canadienne sur la santé en avril 2026 permettent de reconnaître officiellement les pharmaciens, les infirmières praticiennes et les sages-femmes parmi les prestataires de soins primaires. Cela dit, une augmentation proportionnelle des tâches administratives empêche les pharmaciens d’adopter pleinement ce rôle élargi, indique-t-elle.
« L’absence d’un modèle de financement dédié et durable dans la plupart des provinces crée des obstacles supplémentaires pour les pharmaciens qui sont prêts à se concentrer sur les soins primaires plutôt que sur l’exécution des ordonnances, ajoute TELUS Santé. Si ces pressions ne sont pas allégées, il existe un risque réel que les pharmacies connaissent le même taux d’attrition que les médecins. »
Utilisation de l’intelligence artificielle et services centralisés
L’utilisation de l’IA constitue une tendance majeure selon 47% des répondants au sondage. Mais son utilisation intensive demeure rare : elle est mentionnée par seulement 3% d’entre eux.
« En ce qui concerne la réduction du fardeau administratif, les assistants virtuels et les copilotes basés sur l’IA générale sont moins bien perçus par les pharmaciens, leur taux d’efficacité n’étant que de 38% parmi les répondants au sondage. Les outils spécialement conçus pour les processus opérationnels et administratifs en pharmacie ont obtenu de meilleurs résultats, avec des cotes d’efficacité allant de 55 à 75 %. », précise TELUS Santé.
« Il est évident que davantage de travail reste à faire pour concevoir des solutions optimisées par l’IA qui répondent directement et précisément aux besoins des pharmacies », poursuit l’entreprise.
Elle note également que la démocratisation des médicaments de type GLP-1 stimule l’intérêt pour les modèles de soins numériques, comme la télépharmacie, ainsi que pour les services de prescription directement au consommateur.
Enfin, TELUS Santé indique que le modèle d’exécution centralisée des ordonnances suscite un intérêt croissant, puisque 22% des pharmaciens répondants au sondage considèrent que cette tendance aura une forte incidence au cours des deux prochaines années.
« En 2026, l’attention est portée sur une meilleure interopérabilité et sur les prévisions fondées sur l’IA, de sorte que l’exécution centralisée des ordonnances joue un rôle de plateforme de gestion des stocks et des données en temps réel, écrit l’entreprise. L’exécution centralisée coopérative prend également de l’ampleur, en permettant aux pharmacies indépendantes de mutualiser l’automatisation à grande échelle tout en permettant aux pharmaciens de rester concentrés sur les consultations avec les patients. »
Parmi les obstacles à l’adoption de ces services centralisés mentionnés par les répondants figurent la gestion du changement (62%) et les coûts initiaux (57%).
« Alors que les pharmacies jouent un rôle de plus en plus prépondérant dans les soins primaires, il devient de plus en plus important que les pharmaciens puissent partager l’information et les données avec d’autres professionnels de la santé », affirme dans le rapport Greg Harpell, directeur général, solutions en pharmacie, chez TELUS Santé.
L’entreprise poursuit : « Le Canada n’a pas encore saisi cette opportunité, en grande partie du fait de la fragmentation juridictionnelle et réglementaire qui entrave ses efforts pour assurer l’interopérabilité des données de santé. »