Les régimes de retraite à prestations déterminées (PD) canadiens atteignent des records en matière de solvabilité.
Début octobre, Marsh (l’ancienne Mercer) a publié l’Indice Marsh sur la santé financière des régimes de retraite, une mesure qui suit le degré de solvabilité médian des régimes de retraite PD canadiens figurant dans la base de données de cette multinationale. L’indice était de 132% pour le troisième trimestre de cette année, qui se terminait fin septembre.
Le ratio de solvabilité mesure dans quelle proportion l'actif d'un régime de retraite couvrirait ses engagements s'il prenait fin à la date de l'évaluation.
Marsh indique que la médiane a augmenté de 4 points de pourcentage au troisième trimestre, après une hausse de 5 points au deuxième trimestre, qui suivait une dégradation de 9 points au premier trimestre. Le recul enregistré au premier trimestre a donc été entièrement effacé.
À la fin du troisième trimestre, 69% des régimes PD affichaient un degré de solvabilité de 120% ou plus, et 89% atteignaient 100% ou plus.

« Nous sommes dans une zone record, indique F. Hubert Tremblay, membre du partenariat chez Marsh. À 132%, la marge de sécurité est beaucoup plus grande pour affronter des crises importantes. Avant la COVID-19, la médiane se situait presque sous les 100%; en pleine pandémie, elle est tombée à 84%. Avant la crise financière des sub primes de 2008, elle s’établissait à 90%. Nous n’avions collectivement pas les coussins actuels. Je constate qu’il y a eu, au fil des ans, une gestion accrue pour affronter les risques. »
M. Tremblay souligne que les récents soubresauts de la géopolitique mondiale ont entraîné de la volatilité dans les marchés financiers. Il fait toutefois valoir que la hausse des taux d’intérêt à long terme contribue à améliorer la solvabilité des régimes : « Quand les taux montent, les passifs actuariels baissent davantage que les actifs. C’est un déséquilibre positif qui se traduit par une amélioration financière du régime », explique-t-il.
Rares déficits
Ce dernier rappelle que l’indice est une médiane. La moitié des régimes présentent un degré de solvabilité supérieur à la médiane, et l'autre moitié, un degré inférieur. Soulignons que 11% des régimes présentent un déficit de solvabilité.
« De telles situations se raréfient », soutient-il. M. Tremblay évoque plusieurs facteurs pouvant expliquer les déficits qui subsistent : « Moins bonne performance des placements au fil des ans, précapitalisation absente lors d’augmentations de salaire, prestations fixes rajustées à la signature d’une convention collective… »
Taux d’intérêt

Aux États-Unis, les taux d’intérêt ont augmenté de 50 points de base. « Ça peut paraître peu, mais c’est important pour les passifs actuariels », souligne Claude St-Laurent, associé adjoint dans l’équipe de retraite et gestion d’actifs chez Normandin Beaudry.
Certains événements géopolitiques, comme les guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient, n'ont pas empêché les marchés financiers d'afficher de bons rendements. Malgré l’inflation, ils ont continué à bien performer.
Bulle de l’IA?
Une bonne part de cette performance est liée à l’intelligence artificielle (IA), ce qui entraîne des craintes de bulle spéculative. « Si je gérais une caisse de retraite, j’aurais en tête les crises des dotcom de 2001 ou le papier commercial de 2008, reprend M. St-Laurent. Les gestionnaires des régimes doivent donc analyser et remettre régulièrement en question leur stratégie d’investissement, mais en gardant la tête froide. Les décisions doivent être disciplinées et ne pas reposer sur l’expérience des trois dernières années. »
Certaines caisses vont en profiter pour cristalliser leurs gains en souscrivant des rentes auprès d’assureurs, d’autres vont ajuster leur répartition, par exemple en faisant passer de 45% à 50% la proportion de titres à revenu fixe dans leur portefeuille. D’autres, au contraire, vont prendre davantage de risques, surtout si leur solvabilité est de 150%. Enfin, certains employeurs vont décréter un congé de cotisation, surtout si les participants acceptent de partager ce risque.
« Tout dépend de l’industrie, de l’histoire du régime, de sa maturité, de la composition des participants, retient Claude St-Laurent. Certains vont cristalliser leurs gains, d’autres vont tolérer plus de risque. Il faut juste se rappeler que le marché peut rapidement changer de direction. »
Chose certaine, les régimes PD représentent un atout d’attraction et de rétention des talents pour les employeurs qui ne les ont pas abandonnés au fil des ans, notamment pour adopter des régimes à cotisation déterminée (CD) ou des régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) collectifs.
Certains seraient-ils tentés de revenir à la formule PD? Hubert Tremblay ne veut pas s’avancer, mais constate qu’en Ontario, le modèle des « Jointly Sponsored Pension Plans » est en pleine expansion. Ce modèle de régime à prestations déterminées repose sur le partage de la gouvernance et du financement entre les employeurs et les participants. Certains régimes permettent également à plusieurs employeurs d'y adhérer.
Dans un régime PD, la rente est déterminée selon une formule établie à l'avance, généralement fondée sur le salaire et les années de service. L'employeur assume habituellement l'essentiel du risque lié au financement des prestations promises. Dans un régime CD, les cotisations sont fixées à l'avance, mais le revenu de retraite dépend des sommes accumulées et du rendement des placements. L'employeur doit verser les cotisations prévues au régime, sans garantir un montant de rente déterminé.