Le futur de l’industrie de l’assurance collective repose sur une logique de collaboration et d’innovation. C’est le constat qui s’est rapidement imposé lors de la rencontre Vision 2035, tenue en février dernier en marge du Congrès collectif, organisé par les Éditions du Journal de l’assurance.
Une trentaine d’experts, assureurs, conseillers et acteurs de l’écosystème ont confronté leurs perspectives dans un remue-méninges collaboratif de trois heures portant sur l’avenir de l’assurance collective.

Cet exercice de co-design animé par Laurent Simon, professeur titulaire et directeur du Département d'entrepreneuriat et innovation à HEC Montréal, a mené à des pistes de réflexion porteuses.
L’objectif : sortir des silos organisationnels pour réfléchir aux défis, menaces et opportunités de l’industrie à une époque où le monde semble « incertain, volatile et complexe », résume alors le chef d’orchestre de l’opération aux participants du Congrès collectif rassemblés au Palais des Congrès de Montréal au lendemain de la rencontre. « On ne peut plus aujourd’hui faire l’économie d’une réflexion commune ni l’économie d’un exercice connecté d’anticipation », soutient-il lors de la conférence intitulée Vision 2035 : comment 30 leaders voient l’avenir!
Changement de vocation
Un constat majeur s'impose d'entrée de jeu : l’assurance collective a déjà amorcé un virage structurel. Historiquement orientée sur la couverture des risques et la guérison, elle évolue davantage vers un rôle de prévention et d’intervention précoce tout en englobant de plus en plus de facettes de la santé.
« La santé n’est pas juste l’absence de maladie, souligne Laurent Simon. L’industrie s’est tournée vers une logique d’accompagnement et de développement des employés. »

Dans cette optique, les régimes d’assurance collective sont appelés à devenir plus flexibles, plus « holistiques » et davantage adaptés aux besoins et aux attentes croissantes des employés, avance Nathalie Laporte, vice-présidente, Réassurance collective chez RGA.
« À la fin d’une journée, la performance des entreprises repose sur ses gens. Le mieux-être des employés n’est plus un nice to have, c’est un véritable moteur de performance », dit-elle, affirmant que des études démontrent clairement le lien entre le bien-être de la main-d’œuvre et son engagement au travail.
Unir ses forces
Malgré la concurrence qui existe dans l’industrie, c’est en unissant leurs forces et certaines ressources que les entreprises réussiront à tirer leur épingle du jeu, commente Benoit Bilodeau, vice-président national, Courtage et consultation pour le Québec chez Beneva.

Le piège que l’industrie se doit d’éviter est celui que l’assurance ne devienne qu’une commodité pour laquelle on négocie les prix sans y trouver une valeur humaine ajoutée, précise-t-il.
« L’industrie doit se prendre en main et collaborer davantage, plaide M. Bilodeau. Il faut trouver comment se différencier et créer de la valeur pour la clientèle. »
S’inspirer des banques
L’industrie de l’assurance gagnerait à s’inspirer de l’industrie bancaire, fait valoir le vice-président, alors que les institutions financières avaient réussi une démarche de « coopétition », un mot-valise alliant coopération et compétition.
« Aujourd’hui, on a une occasion rare : celle de se concurrencer sur l’expérience client et d’innover pour créer de la valeur pour le client », affirme-t-il.
Ainsi, des entreprises concurrentes ont réussi à se « mutualiser dans un réseau de cartes, de guichets et d’infrastructures », souligne M. Bilodeau. Ce faisant, leurs frais d'exploitation sont moindres, les erreurs sont limitées et les normes, uniformisées, leur offrant la marge de manœuvre pour se concentrer sur la clientèle.
Pour leur emboîter le pas, les assureurs devraient adopter des systèmes d’adjudication et d’administrations communs, qui réduiraient les coûts d’installation et d’entretien que chacun assume actuellement, une avenue qui améliorerait certainement la cybersécurité et la protection des données, avance-t-il.
« On ne capitalise pas sur nos apprentissages collectifs, déplore-t-il. Chacun investit isolément et personne ne partage le bénéfice de la mise en place d’un système. »
Le vice-président chez Beneva milite également pour une meilleure littéracie assurantielle, pour que les termes utilisés dans l’industrie soient aussi bien compris que le vocabulaire qu’on retrouve dans le monde de la finance.
Le rôle clé des conseillers
Dans cet écosystème en mutation, les conseillers joueront un rôle crucial étant donné qu’ils sont le lien entre assureurs, employeurs et employés, selon Nathalie Laporte.
De la négociation des coûts d’un régime, ce rôle évoluera vers une fonction de service-conseil. Les conseillers devront démontrer la valeur ajoutée des régimes et guider les employeurs vers des choix plus éclairés.
« Vous êtes au cœur de l’écosystème », dit-elle aux conseillers. « Vous connaissez les attentes des employés et vous disposez d’une perspective unique qui vous positionne de façon idéale pour faire progresser l’assurance collective et voir au mieux-être des employés. »