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COVID-19 : le nettoyage des zones infectées est un casse-tête

par Frédérique De Simone | 01 avril 2020 14h02

Photo: Freepik

Quatre mois après l’apparition des premiers cas de malades de la COVID-19 à l'international, de nombreuses questions restent en suspens et les préoccupations demeurent.

« Dans le cas de la COVID-19, ce qui nous préoccupe, c’est la combinaison de la transmission accélérée et de la mortalité élevée, en comparaison avec la grippe par exemple. La transmission peut se faire à partir de quelqu’un qui présente peu ou pas de symptômes », dit en entrevue au Portail de l’assurance Gabriel Bélanger-Sauvageau, président de l’Institut de la qualité de l’air du Québec (IQAQ).

Transmission par surface

Transporté par une personne, même asymptomatique, le virus peut se retrouver plusieurs jours sur les surfaces, selon leur porosité et le taux d’humidité dans l’environnement où elles se trouvent.

« Pour rendre nos espaces plus sains, l’objectif c’est de réduire le risque dans les endroits toujours occupés, comme les épiceries. D’ailleurs, pour rendre sécuritaire une épicerie en cas de contamination, il faudrait la fermer complètement pendant quelques jours, de sorte que plus personne ne puisse y entrer. Après trois ou quatre jours, la charge virale sera moindre et il n’y aura probablement plus rien qui permet ou qui favorise une transmission par surface », dit M. Bélanger-Sauvageau.

Les lingettes désinfectantes sur la sellette

Vouées à nettoyer les surfaces, les lingettes désinfectantes gagnent en popularité depuis les dernières semaines. Or, leur utilisation comprend également un revers important et procure un faux sentiment d’aseptisation.

« Le problème avec ces lingettes c’est que les gens ne les utilisent pas correctement. Oui, ils nettoient, mais ils ne désinfectent pas comme ils le croient. De plus, ils s’exposent à des produits chimiques qui peuvent notamment tuer les cellules cutanées et engendrer un risque d’absorption par la peau », dit le président l’IQAQ.

Pour que les lingettes soient efficaces et utilisées de la bonne façon, la surface d’application doit rester mouillée pendant au moins quatre minutes et, idéalement, être une surface dure et non poreuse.

Or, « l’éthanol qu’on retrouve dans ce type de produit désinfectant sèche rapidement, donc la surface ne reste pas mouillée aussi longtemps qu’il le faudrait. Les gens ne laissent donc pas le temps de pause requis pour que le produit puisse briser la coquille du virus et l’inactiver », ajoute-t-il.

Une menace pour l’humain et la nature

L’utilisation de tels produits à base d’ammoniac ou de chlore, et d’autres produits chimiques comme ceux utilisés par les restaurateurs après-sinistres peuvent avoir des effets pervers sur l’humain, prévient M. Bélanger-Sauvageau.

« Ce sont des produits fortement irritants qui peuvent laisser des résidus sur les surfaces et nuire à la santé des occupants d’une résidence surtout en temps de confinement. Le chlore, l’ammoniac, l’éthanol même les extraits naturels comme le thymol peuvent avoir des effets sur les personnes qui les utilisent particulièrement par pulvérisation. »

Lorsque les lingettes désinfectantes sont jetées dans la toilette, les substances chimiques quelles comprennent sont rejetées dans les eaux de la ville et rendent le traitement de celles-ci plus problématique.

Le nettoyage préventif et régulier des surfaces quotidiennement utilisées, avec de l’eau et du savon, reste la meilleure solution pour prévenir les maladies et les virus selon M. Bélanger-Sauvageau.

Les ville déclarent des sinistres

Au début de la semaine dernière, de nombreuses villes québécoises, tant dans les Laurentides, dans Lanaudière, en Montérégie ou en Estrie ont révélé avoir des soucis avec leur canalisation en raison de l’important volume de lingettes nettoyantes qui se sont retrouvées dans le réseau d’égout. De nombreuses résidences ont par le fait même subi un refoulement d’égout.

Un sinistre qui n’est pas à prendre à la légère, dit le spécialiste. « Bien qu’il y ait encore des techniciens qui traitent régulièrement ce type de sinistre avec une protection minimale, les refoulements d’égout, comme les scènes traumatiques ou l’eau stagnante, ont une lourde charge biologique, bactériologique et virale. Dans les eaux d’égout on retrouve une foule de virus dont des adénovirus, des virus gastro-intestinaux et des hépatites qui peuvent rendre très malade. Pour moi entre un refoulement d’égout et la COVID-19, les risques sont similaires et élevés. L’expert qui répond à ces sinistres devrait donc avoir un niveau de protection respiratoire et une filtration HEPA comme recommandée », dit M. Bélanger-Sauvageau.

Les restaurateurs après-sinistre exposés

Dans le contexte de confinement, chaque déplacement chez un assuré entraine un risque de transmission potentiel, la maladie pouvant également être transmise par des porteurs asymptomatiques.

« Les employés qui font du nettoyage préventif ou du nettoyage de cas connus pourraient exposer ou être exposés à la sollicitation par l’air de particules lors des nettoyages de surfaces contaminées ou susceptibles de l’être », mentionne M. Bélanger-Sauvageau.

Le président de l’IQAQ recommande de poser des questions aux occupants quant à leurs activités et fréquentations des dernières semaines, pour s’assurer qu’ils ne soient pas porteurs ou que le risque qu’ils le soient soit moins grand.

Il recommande également l’inspection des systèmes chauffage-ventilation-climatisation (CVC) dans tous les immeubles, particulièrement dans le contexte actuel où les gens se confinent à l’intérieur, « ce qui permet d’autant plus une qualité d’air générale », estime M. Bélanger-Sauvageau.

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