Les cambrioleurs demeurent actifs pendant les vacances estivales des assurés. Un assureur s’inquiète de la propension des plus jeunes générations à publier des photos de vacances sur les réseaux sociaux, ce qui revient à annoncer à tous, et surtout aux malfaiteurs, que la maison est vide en leur absence.
Christian Morin est directeur de l’agence Allstate du Canada à Québec. Dans un entretien avec le Portail de l’assurance, il indique que les données de l’assureur montrent que les réclamations pour vol par cambriolage se passent surtout entre les mois de juillet et de novembre, ce qui correspon à la période où les gens sont plus nombreux à partir en vacances.
« Le pic est au mois d’août, avec 9,9 % des réclamations de toute l’année pour vol par cambriolage, soit près d’une réclamation sur 10 pour ce type de risque », précise-t-il. Ces données couvrent la période 2015-2024.
Morin souligne que même si bon nombre d’assurés prennent des vacances au soleil durant la période hivernale, il n’y a pas autant d’impact sur les réclamations découlant d’un cambriolage à ce moment de l’année. Le mois d’août est vraiment le plus critique pour ce type de réclamation.
L’assureur est présent au Québec et en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, de même qu’en Alberta. Allstate n’est pas en mesure de préciser la variation par province de la fréquence des réclamations pour vol par cambriolage.
Les données sur les vols comprennent uniquement les réclamations soumises par les titulaires de polices d’assurance habitation. Elles ne comprennent pas les biens qui peuvent être volés dans le véhicule des assurés, ce qui relève de leur police d’assurance automobile. L'assureur ne peut distinguer les vols à la résidence principale de ceux qui peuvent survenir à la résidence secondaire.
En baisse
Le nombre d’introductions par effraction est en baisse au Canada depuis 1998. Le 22 juillet 2025, Statistique Canada publiait des données sur les crimes déclarés à la police au Canada en 2024. Selon cet indice de gravité de la criminalité (IGC), le volume et la gravité des crimes avaient baissé en 2024, après trois années de hausse.
Selon Statistique Canada, les corps policiers rapportaient 1 163 cambriolages en 1998. En 2024, quelque 293 introductions par effraction étaient déclarées à la police, toujours par tranche de 100 000 habitants. Cela représentait une baisse de 11% par rapport à l’année précédente et de 75% par rapport à 1998.
Malgré cette baisse, il y a tout de même eu 121 033 affaires d’introduction par effraction en 2024. Cela représentait 13% de la valeur totale l’IGC global en 2024, faisant de ce type de crime le plus important de cet indice.
Le partage sur les réseaux sociaux
Allstate a fait réaliser un sondage par la firme Léger, dont les données ont été communiquées au Portail de l’assurance le 6 juillet dernier par Charlotte Kaliaguine, coordonnatrice principale de la firme de relations publiques Capital Image. Elle précise que le sondage a été mené par un panel sur le web du 17 au 20 avril 2025 auprès de 1 603 personnes. Sur ce nombre, 1 352 répondants déclarent être actifs sur les réseaux sociaux.
Près du tiers des répondants (32%), parmi ces utilisateurs des réseaux sociaux, disent publier du contenu sur leurs projets de vacances avant ou pendant leur séjour. Cette proportion grimpe à 51% chez les répondants dans la catégorie des 18-34 ans.
Même si les répondants affirment majoritairement que la sécurité de leur domicile est une priorité quand ils sont en vacances, quelque 15% des personnes interrogées disent trouver plus important à leurs yeux de partager sur les réseaux sociaux au sujet de leurs vacances.
Selon Christian Morin, « les voleurs ont différents moyens pour vérifier si les gens sont absents de leur domicile et quel est le moment le plus propice pour agir. C’est sûr que si les gens partagent leurs photos de vacances sur les réseaux sociaux, ça n’aide pas. On affiche au grand jour qu’on n’est pas au domicile ».
Un peu de prévention
Si les propriétaires ont des systèmes domotiques installés à leur domicile, Christian Morin suggère de les utiliser pour varier l’éclairage de leur domicile durant leur absence. Il recommande aussi de demander aux voisins ou à une personne de confiance le soin de vérifier l’état du domicile, d’entrer le courrier et de tondre la pelouse si nécessaire.
Une réclamation pour vol par cambriolage sera honorée par l’assureur, ajoute-t-il, même si les occupants du domicile ont affiché les détails des raisons de leur absence sur les réseaux sociaux. « Par contre, cette réclamation fait partie du dossier de l’assuré », note M. Morin.
Si l’assureur constate l’aggravation du risque associé à ce genre de publication, il pourrait imposer des conditions plus strictes au renouvellement, par exemple l’installation d’un système de surveillance et de sécurité. « Je ne suis pas expert en sinistre, mais s’il n’y a pas d’autre exclusion au contrat et qu’un événement de ce genre survient, on paie la réclamation et on fait une recommandation de prévention », dit-il.
Il ne faut pas négliger l’impact d’une réclamation pour cambriolage sur l’ensemble des assurés du même secteur, souligne M. Morin.
Sans se prononcer sur les données rapportées par Allstate, Kim Wesley, directrice en assurance des particuliers du cabinet Lareau, indique que « la recommandation d’éviter de publier en temps réel des informations indiquant qu’une résidence est inoccupée relève simplement d’un principe de prudence ».
Dans une publication sur le thème de la prévention des vols au domicile faite en juillet 2024, Mme Wesley recommandait notamment aux assurés de se montrer discrets sur les réseaux sociaux. « L’envie est forte de partager les beaux moments et les couchers de soleil », écrivait-elle, mais ces mentions indiquent aux voleurs que la maison n’est pas habitée, « Attendez à votre retour, ou envoyez vos photos par courriel ou texto à vos proches », suggérait-elle.
Elle note que les conseils de cette publication faite en 2024 sont toujours pertinents. Le cabinet de courtage rappelait aux assurés de verrouiller tous les accès avec des serrures de bonne qualité et d’installer un système de sécurité relié à une centrale. On recommande aussi de simuler une présence au domicile, par exemple en laissant de l’éclairage ou en demandant à un voisin d’utiliser le stationnement de la résidence. On suggère enfin de ranger les objets de valeur dans un coffre, de ranger les vélos à l’abri et de sécuriser la remise extérieure.
La société Solution Alarme Plus, qui installe des systèmes de sécurité et de surveillance dans les résidences et les commerces, rapporte les tendances reliées au vol par cambriolage au Québec. Elle fait observer que les cambrioleurs commettent leur méfait le plus souvent en plein jour. Les points d’entrée les plus fréquemment utilisés sont la porte-patio de la résidence, la porte du garage ou du sous-sol et les fenêtres à l’arrière.
Les malfaiteurs passent en moyenne 90 secondes dans la propriété et ils fouillent les pièces principales. Si l’effraction déclenche une alarme sonore, les voleurs s’en vont immédiatement. Dans les régions urbaines plus densément peuplées, les effractions sont rapportées rapidement et les délais d’intervention sont très courts, ajoute l’entreprise. En banlieue et dans les régions rurales, le temps d’intervention des services policiers est plus long.
Dans le site web Info Assurance géré par le Groupement des assureurs automobiles du Québec (GAA) et le Bureau d’assurance du Canada, on rappelle que certaines polices d’assurance habitation peuvent inclure des limites des montants remboursables pour des biens de haute valeur, comme des bijoux, des articles en or, des objets d’art, des vins et spiritueux, des logiciels ou des vélos.