Depuis le début de la campagne électorale, la question environnementale est pratiquement évacuée des débats. Or, les changements climatiques continuent de mettre à l’épreuve les bâtiments, les infrastructures et les municipalités. À la fin août, le Bureau d’assurance du Canada (BAC) a exhorté les différents partis politiques québécois à faire de l’adaptation aux catastrophes naturelles et aux événements météorologiques extrêmes une priorité.

Pour ce faire, l’organisme propose trois mesures, à commencer par une bonification du soutien financier aux propriétaires immobiliers. Les sommes allouées devraient servir à rendre les bâtiments plus résilients face aux sinistres météorologiques, notamment par « l’installation de clapets antiretour, l’amélioration du drainage des terrains et la mise en place de dispositifs de protection contre les inondations ».

Le BAC souhaite aussi que le prochain gouvernement du Québec soutienne davantage les municipalités pour qu’elles adaptent les infrastructures publiques aux effets prévisibles des changements climatiques.

Enfin, le BAC demande que l’aménagement du territoire soit davantage encadré, entre autres en limitant le développement de nouvelles constructions dans des zones à risque.

« C’était important pour nous de mettre de l’avant ces trois propositions avant même le déclenchement de la campagne électorale, souligne Laurent Fafard, vice-président pour le Québec au BAC. Notre objectif était de positionner l’enjeu et d’en faire reconnaître l’importance pour travailler là-dessus avec le prochain gouvernement. »

« On touche très large [avec nos demandes], reconnaît-il. C’est que pour nous, la résilience climatique est un enjeu collectif qui doit devenir un projet de société. »

Des mesures qui tardent à se concrétiser

Le directeur général du Réseau Inondations InterSectoriel du Québec (RIISQ), Philippe Gachon, rappelle que les revendications du BAC n’ont rien de nouveau, mais qu’elles sont de plus en plus nécessaires au regard des aléas météorologiques engendrés par les changements climatiques. M. Gagnon est aussi professeur au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal et chercheur au Centre pour l'étude et la simulation du climat à l'échelle régionale.

« Un soutien financier pour les propriétaires devrait pouvoir être mis en place rapidement, plaide l’expert. Ça devient urgent dans un contexte où en plus des inondations fluviales, on assiste de plus en plus à des inondations pluviales. »

M. Gachon ajoute que les municipalités sont toujours en attente des suites du Plan de protection du territoire face aux inondations (PPTFI), mis en œuvre en mars 2020 et prolongé jusqu’en 2028.

« Ce plan est actif, mais où est passé l’argent et la stratégie pour passer à l’action? Tout le monde se pose la question, indique le chercheur ayant siégé sur le comité à l’origine du programme. Est-ce que le prochain gouvernement va aller au bout de ce qui a été promis? »

Surtout, ce programme suivra-t-il l’évolution, plus rapide qu’envisagée, des changements climatiques et de leurs répercussions? demande-t-il.

Enfin, Philippe Gachon abonde dans le sens du BAC quant à un meilleur encadrement de l’aménagement du territoire. « Il faut penser à l’avenir et planifier à plus long terme, alors qu’actuellement, les différents ministères sont plus en réaction à court terme. En conséquence, le travail d’aménagement et de planification se fait davantage en silo parce qu’on répond surtout à des urgences », constate-t-il.

Mieux informer pour mieux s’adapter

De son côté, la directrice générale, résilience climatique pour le Québec au Centre Intact d’adaptation au climat, Allison Reynaud, estime que l’absence des questions environnementales dans la campagne électorale est « préjudiciable ».

« Il y a énormément de Québécois qui sont affectés par des événements climatiques extrêmes, rappelle-t-elle. Comme société, on a besoin de parler de leurs effets sur nos infrastructures, sur les finances publiques et sur la vie des citoyens. »

Pour elle, les revendications du BAC ne sont pas nouvelles, mais elles sont totalement alignées avec les besoins réels de la province. « On a besoin d’outiller les propriétaires et le monde municipal, car ce sont eux qui sont en première ligne, soutient-elle. L’aménagement du territoire, c’est un point clé dans l’adaptation aux changements climatiques. »

La directrice estime également que les futures normes de construction des bâtiments doivent favoriser cette résilience.

Aux demandes du BAC, elle ajoute le besoin de mieux informer la population. « On attend encore les cartes des zones inondables qui ont été annoncées plus tôt cette année, dit-elle. Les citoyens ont besoin d’avoir de l’information et des options à leur portée en cas d’événement climatique : quoi faire, quelles sont les meilleures pratiques et quelles mesures de soutien existent. »

Ce que proposent les partis

Le Portail de l’assurance a consulté les engagements rendus publics par les cinq principaux partis politiques pour connaître leurs intentions face aux changements climatiques et à la résilience des communautés face à ceux-ci. Au moment de publier, seuls le Parti conservateur du Québec (PCQ) et Québec solidaire (QS) avaient dévoilé leur plateforme électorale.

Entretien des infrastructures

Équipe Christine Fréchette – Coalition Avenir Québec (CAQ) propose 180 milliards de dollars dans le Plan québécois des infrastructures (PQI), dont les trois quarts seraient alloués à entretenir et réparer les infrastructures existantes.

Le Parti libéral du Québec s’engage pour sa part à consacrer les trois quarts des sommes prévues au PQI au maintien des actifs avec pour objectif que 80% des infrastructures publiques soient dans un état jugé satisfaisant. Il porterait le PQI à 195 G$ pour la période comprise entre 2027 et 2037.

Dans cette optique, un gouvernement libéral augmenterait de 4,4% à 8% les investissements alloués aux municipalités pour l’entretien de leurs infrastructures. Les villes seraient aussi tenues de planifier sur deux décennies les sommes à investir pour maintenir leurs actifs en bon état. Aucun engagement spécifique n’est toutefois formulé en matière d’adaptation ou de lutte aux changements climatiques.

Le Parti québécois (PQ) miserait, lui aussi, sur l’entretien et la modernisation des infrastructures actuelles avant de multiplier les nouveaux projets.

Le PCQ priorisera aussi les infrastructures existantes. L’équipe d’Éric Duhaime s’engage à faire passer les investissements d’entretien de 65% à 75%, voire 80%, tant et aussi longtemps que le déficit d’entretien des actifs demeure élevé. Il est actuellement de 40G$. On souhaite aussi limiter les nouveaux projets aux « infrastructures à fort impact économique ».

Pour le BAC, il y a là une opportunité de rendre ces infrastructures plus résilientes face aux aléas du climat. « C’est un réflexe qu’on doit développer comme société, avance-t-il. Quand on a de grands projets d’infrastructures, on doit se demander comment on peut les adapter. »

Allison Reynaud est du même avis. « Avec ces chantiers-là, le prochain gouvernement pourrait intégrer une approche d’adaptation aux changements climatiques pour rendre les infrastructures plus résistantes aux futurs événements climatiques extrêmes, ce qui en augmentera la durée de vie », souligne-t-elle.

Peu d’engagements précis sur l’adaptation

Le PQ promet de tenir « systématiquement » compte des changements climatiques et de leurs conséquences dans les grandes décisions gouvernementales, incluant les dépenses publiques et la planification des infrastructures.  « Le Parti Québécois ne fera pas de l’environnement une responsabilité d’un seul ministère. L’ensemble de l’appareil gouvernemental sera mobilisé pour contribuer à améliorer durablement la qualité de vie des Québécoises et des Québécois », peut-on lire dans le plan environnemental du parti, rendu disponible à la fin août.

De son côté, un gouvernement solidaire offrira également un soutien financier aux municipalités et aux chantiers régionaux visant à adapter les territoires aux risques liés aux changements climatiques.

Le PCQ veut dégraisser

Le terme « changements climatiques » ne figure pas dans la plateforme du Parti conservateur du Québec. Comme l’a maintes fois annoncé son chef Éric Duhaime, la formation politique envisage de réduire la taille de l’État et ses dépenses. Ainsi, on apprend dans sa plateforme que le parti envisage de réviser de nombreux programmes gouvernementaux, dont le Fonds vert, de sortir le Québec de la bourse du carbone et qu’aucune nouvelle initiative ne pourra être mise en place sans être financée par l’abolition d’une autre mesure ou des compressions équivalentes.

Le PCQ envisage aussi de réduire la dépendance du monde municipal aux subventions gouvernementales. Selon le parti, le modèle de l’État providence « oblige les municipalités, les MRC et les organismes locaux à consacrer trop de temps à remplir des formulaires, à attendre des autorisations et à se conformer à des programmes décidés loin du terrain ». S’il promet de mettre fin « à la multiplication des programmes mur à mur », le parti ne précise pas s’il maintiendra le niveau de financement de la province vers les municipalités.

Le Portail de l’assurance a communiqué par courriel avec les cinq principales formations politiques québécoises pour connaître leurs intentions face à la résilience climatique et pour savoir si cet enjeu se retrouverait dans leur plateforme électorale. Seul le PLQ a accusé réception de notre demande, sans répondre au moment de publier.

Le BAC indique être en lien avec les principales formations politiques et attend de voir lesquelles tiendront compte de ses demandes durant la campagne électorale. Peu importe le parti qui formera le prochain gouvernement, l’organisme entend travailler de concert avec lui pour concrétiser les mesures souhaitées.