Les dégâts d’eau constituent près de la moitié des réclamations en assurance habitation au Québec, selon le Bureau d’assurance du Canada (BAC). Bien que souvent imprévisibles, ces sinistres peuvent être empêchés ou limités grâce aux nouvelles technologies. Assureurs et assurés se partagent ainsi les économies réalisées par ces réclamations qui n’auront plus lieu.
Bien que des systèmes de détection de fuites par points d’eau existent depuis de nombreuses années, la technologie récente a permis la mise au point de débitmètres qui détectent les variations de la consommation d’eau en temps réel.

Les nouveaux systèmes, connectés à la valve principale de la résidence et à une application mobile, permettent aux propriétaires de fermer la première à distance si un débit d’eau inhabituel est détecté. Certains systèmes intelligents ferment également la valve automatiquement, notamment quand aucune présence n’est détectée dans la propriété, explique Jean-Hugues LaBrèque, président de l’Association de prévention des dégâts d’eau du Canada (PREVCAN).
« Ces technologies permettent de réduire le risque de fuite et de dégât d’eau à presque zéro, explique-t-il en entrevue avec le Portail de l’assurance. Si vous ne faites qu’installer des détecteurs de fuite qui crient, il n’y a aucune mesure préventive. »
La PREVCAN vise à assurer des standards de qualité et de conformité pour les appareils et leur installation afin d’éviter les sinistres. Cinq manufacturiers et plusieurs dizaines d’installateurs en sont membres : pour cette raison, l’accréditation des produits est effectuée par une firme d’ingénierie externe.
Des tests réalisés par la PREVCAN, depuis sa fondation en 2017, ont permis d’analyser l’efficacité des dispositifs. Sur un échantillon de 5000 résidences, dont l’historique de réclamations pour dégâts d’eau totalisait 31,8 millions de dollars, 7740 fuites ont été signalées après que 28 137 détecteurs aient été installés. Aucune réclamation n’a été effectuée auprès d’un assureur, précise M. LaBrèque dans un courriel postérieur à son entrevue avec le Portail de l’assurance.
Changement d’attitude
« La façon de faire, dans l’industrie de l’assurance, a longtemps été de négocier un contrat, d’encaisser la prime et d’indemniser le client lors d’un sinistre pour lequel les dommages étaient couverts », explique en entrevue Jerry Fairborn, directeur des ventes nationales pour Moen Canada, un fabricant de détecteurs de fuite intelligents.
« Avec les progrès technologiques, on peut désormais anticiper et prévenir de tels sinistres, ce qui permet de protéger les résidences », avance M. Fairborn.
Neuf assureurs, à savoir Intact, Wawanesa, Northbridge, Desjardins, Promutuel, Aviva, TD Assurances et plus récemment la mutuelle Citelle sont aussi membres de la PREVCAN.
« La consommation d’eau en tant que telle ne touche pas les assureurs, mais comme les débitmètres permettent de détecter des fuites et de fermer la valve, il y a un avantage en prévention pour eux », indique Jean-Hugues LaBrèque.
Un investissement vite rentabilisé
Le président de la PREVCAN ajoute que certains assureurs exigent désormais l’installation d’un minimum de détecteurs par point d’eau (souvent cinq) supervisé pour accorder un rabais sur la prime. « Ils ne reconnaissent donc pas les détecteurs individuels achetés dans les grandes surfaces », poursuit-il.
Selon le modèle, un dispositif antifuite se détaille entre 650$ et 800$, indique M. LaBrèque. Son installation ajoute entre 300$ et 500$ de plus à la facture totale.
Une somme qui peut toutefois être vite rentabilisée puisque des assureurs offrent des rabais allant jusqu’à 10 ou 15% de la prime annuelle aux assurés qui ont fait cet effort préventif. « Les assureurs reconnaissent de plus en plus la valeur et l’efficacité d’une protection professionnelle, bien installée et supervisée dans le temps, et ça se traduit par des avantages plus structurés pour les assurés », fait-il valoir.
C’est notamment le cas de Promutuel et de Desjardins (10%), mais aussi de La Personnelle et de Co-operators, pour ne nommer que ceux-là.
« L’élément clé est la fermeture automatique de la valve d’eau parce que le système peut fonctionner même en l’absence des résidents, soutient Sébastien Caron, directeur à la souscription corporative chez Desjardins. En cas de sinistre, la franchise peut maintenant varier de 500$ à 1000$. C’est une économie importante pour les assurés. »
Beneva offre aussi des rabais aux particuliers qui installent des détecteurs intelligents, confirme l’assureur par courriel.
« L’effet sur la prime dépend du profil du bâtiment et de son niveau global de risque. À noter également que ces types de dégâts d’eau ne sont pas parmi les sinistres les plus fréquents, ce qui explique que les réductions demeurent généralement modestes et adaptées au contexte particulier de chaque immeuble. Par exemple, ils n’ont pas d’impact sur les sinistres dont l’eau provient de l’extérieur du bâtiment », mentionne-t-on.
L’adoption gagne lentement du terrain
Pour l’instant, le taux d’adoption du dispositif demeure faible dans les résidences unifamiliales, mais intéresse les propriétaires d’immeubles multilogements, indique Jean-Hugues LaBrèque.
« Les premiers acheteurs de ces systèmes-là ont les bâtiments en hauteur, explique-t-il. On peut imaginer qu’une toilette qui fuit au 9e étage pourrait causer des dommages sur ceux du dessous. Ça représenterait des milliers de dollars en réclamations potentielles. »
« Dans les syndicats de copropriété, ces solutions sont mises de l’avant pour maintenir l’assurance la plus abordable possible tout en réduisant les risques. Elles contribuent à limiter les dommages causés par les fuites d’eau à l’intérieur des bâtiments, mais elles ciblent une catégorie de risque bien précise », indique dans un courriel le service des relations médias de Beneva.
La PREVCAN indique travailler de concert avec la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), entre autres, dans sa mission d’éducation et de prévention des dégâts d’eau.
Selon M. LaBrèque, des réflexions et des pourparlers sont en cours pour rendre obligatoire l’installation de valves motorisées intelligentes dans les constructions neuves afin d’en faciliter la fermeture en cas de fuite, entre autres.
« Il s’agit d’une proposition à l’étude pour la prochaine édition du Chapitre III Plomberie du Code de construction du Québec », confirme un responsable des communications de la RBQ par courriel au Portail de l’assurance.