Fournisseur de solutions numériques dans les secteurs de l’assurance de personnes, des fonds d’investissement, de la gestion d’actifs et des régimes de retraite, Equisoft vient d’ouvrir son actionnariat à Walter Gestion d’actifs mondiale (Walter GAM), une firme d’investissement privée.

Luis Romero

Walter GAM devient ainsi le quatrième actionnaire minoritaire d’Equisoft, dont le fondateur et chef de la direction, Luis Romero, demeure l’actionnaire de contrôle détenant plus de 50% des actions. Les trois autres actionnaires minoritaires d’Equisoft sont Exportation et développement Canada (EDC), Fondaction et Investissement Québec.

Le Registre des entreprises du Québec ne donne pas un portrait complet de la participation des actionnaires sous le nom d’Equisoft inc. Walter GAM et Investissement Québec n’y figurent pas. Le registre ne précise pas la part des actionnaires qui y figurent. Il se limite à déclarer que Luis Romero en est l’actionnaire principal, et que les autres sont minoritaires.

Investisseur aguerri

Il s’agit d’un 16e investissement pour la firme dont Sylvain Brosseau est chef de la direction et associé fondateur. M. Brosseau siège au conseil d’administration d’Equisoft.

Dans le communiqué du 2 septembre qui a annoncé la transaction, M. Brosseau a déclaré qu’Equisoft est le type d’entreprise avec laquelle Walter GAM cherche à s’associer, « soit une plateforme établie à portée mondiale, avec une équipe de direction aguerrie et des leviers de croissance bien définis ».

Lancé en 2019, Walter GAM dit offrir du capital de développement et une expertise stratégique à des gestionnaires d’actifs à fort potentiel. Sur son site Internet, elle écrit mettre l’accent sur les partenariats, l’innovation et la croissance durable.

Domiciliée à Westmount au Québec, Walter GAM fait partie de Gestion Walter Capital, qui figure au Registre des entreprises du Québec comme son actionnaire majoritaire. Gestion Walter Capital dit offrir des solutions d’investissement diversifiées dans les marchés publics et privés.

« Nous recherchions un partenaire capable d’agir avec agilité et qui partage nos valeurs », déclare dans le communiqué le fondateur et chef de la direction d’Equisoft, Luis Romero.

Partenaire à long terme

Pourquoi avoir choisi Walter GAM ? En entrevue exclusive avec le Portail de l’assurance, M. Romero a répondu que Walter GAM s’engage « à une vision à long terme du développement stratégique ». Le chef de la direction d’Equisoft donne l’exemple d’Innocap, spécialiste des comptes gérés dédiés, un moyen recherché par les institutions qui veulent accéder à leurs investissements alternatifs. Sur son site, Walter GAM indique qu’Innocap fait partie de son portefeuille depuis février 2022.

Luis Romero ajoute que la prise d’une participation dans Equisoft permet à Walter GAM de se diversifier davantage, avec ce premier investissement dans le secteur de l’assurance. Relationniste pour Walter GAM, et présente lors de l’entrevue, Amélie Plante l’a confirmé. Mme Plante mentionne que l’investisseur privé concentre ses investissements dans les gestionnaires d’actifs et les entreprises qui leur offrent des services.

La présence de M. Brosseau au conseil d’Equisoft a aussi favorisé son association avec Walter GAM. « Nous avons une relation de très longue date avec Sylvain, qui siégeait à notre premier conseil d'administration de 2004 », relate Luis Romero. Toutefois, le fondateur d’Equisoft n’a pas voulu révéler le montant de l’investissement consenti par Walter GAM. Revenus et géographie diversifiés

Fondé en 1994 à Montréal, Equisoft a connu une forte expansion mondiale. Après avoir débuté son parcours avec un revenu annuel de 30 000 $, l’entreprise prévoit engranger des revenus de 200 millions de dollars (M$) en 2026, a confié Luis Romero.

Equisoft aligne maintenant quelque 850 employés répartis en Amérique du Nord, dans les Caraïbes, en Amérique latine, en Europe, en Afrique, en Asie et en Australie. L’entreprise réalise environ 25% de ses revenus au Canada, 35% aux États-Unis et 40% ailleurs.

M. Romero révèle qu’Equisoft tire 70% de ses revenus de l'assurance vie, surtout individuelle, « mais de plus en plus en assurance collective », insiste-t-il. « L'autre 30% de nos revenus proviennent des secteurs de l’investissement et des fonds de pension. Il affirme que les activités dans ce secteur se concentrent en Angleterre, où « près de 120 institutions financières utilisent une ou plusieurs de nos solution ».

Le fondateur d’Equisoft observe que ses revenus récurrents comptent pour une part de plus en plus importante de ses revenus totaux. Il dit qu’Equisoft a mondialement près de 400 entreprises clientes. Il ajoute qu’environ 20 000 conseillers financiers utilisent ses produits au Canada. Parmi les plus connus, equisoft/connect est un logiciel de gestion de la clientèle, et equisoft/centralize un logiciel de gestion d’agences.

Soif de modernisation…

Luis Romero estime que l’investissement de Walter GAM lui permettra d’accélérer sa recherche et développement (R&D). Il a du même trait annoncé ses ambitions en cette matière : devenir « le Guidewire » de l’assurance de personnes à travers le monde. Cette plateforme numérique de Guidewire Software Inc. domine le secteur de l’assurance de dommages.

Le marché de l'assurance a soif de modernisation – Luis Romero

« Nous avons réalisé des investissements majeurs en R&D depuis huit ans. Le marché de l'assurance a soif de modernisation », souligne-t-il. Luis Romero dit miser sur l’intelligence artificielle (IA).

M. Romero présente l’IA comme une transformation majeure et prometteuse pour Equisoft. « Pour nous, l’IA est une opportunité, encore plus dans l’industrie de l’assurance, qui a tardé à faire sa transformation numérique », croit-il.

Le dirigeant d’Equisoft ne partage pas les craintes d’un essoufflement des investissements en IA. Il en veut pour preuve la courbe de croissance qui favorise depuis plusieurs années l’industrie du logiciel-service, par rapport à celle des puces électroniques. Le terme « logiciel-service » est souvent abrégé par l’acronyme anglais SaaS (pour software as a service).

Cette tendance se reflète notamment dans la performance récente de deux fonds négociés en bourse (FNB) américains comparée par Yahoo Finance dans un article publié le 25 août 2026 et intitulé Software is crushing chips by a record margin: Chart of the Day. Au 18 août, le SPDR S&P Software & Services (XSW) affichait une progression de 24,1 %, tandis que le SPDR S&P Semiconductor (XSD) accusait un recul de 24,0 %, soit un écart de près de 50 points de pourcentage. Selon Yahoo Finance, il s’agissait du plus grand écart observé entre ces deux FNB depuis 2011. Les deux indices sont équipondérés, ce qui signifie que chaque entreprise qui les compose a le même poids, peu importe sa taille.

D’après Luis Romero, Equisoft est en avant de la parade avec l’intégration de l’IA dans ses logiciels. « Elle nous aide à développer nos logiciels beaucoup plus rapidement et efficacement. Plusieurs de nos solutions offrent l'intelligence artificielle à nos utilisateurs. Peu le font », soutient-il.

Comme solution basée sur l’IA, M. Romero affirme offrir entre autres une plateforme d’agentique qui permet de créer des agents IA puis de les contrôler. Il dit avoir beaucoup de succès avec sa plateforme qui aide les assureurs à automatiser leurs processus de souscription et de réclamation d’assurance.

M. Romero rappelle en outre que la migration des données est un enjeu plus crucial en assurance de personnes qu’en assurance de dommages, étant donné la plus longue échéance des polices. Sur son site, Equisoft assure que sa solution de migration et de conversion des données UCT a un taux de précision de 99,9%.

Acquisitions

Luis Romero a déjà acquis des fournisseurs numériques et estime pouvoir accélérer l’expansion d’Equisoft grâce à l’investissement de Walter GAM. M. Romero cible des entreprises installées dans des régions dont Equisoft est absente. « Nous voulons développer de nouveaux marchés, car nous avons développé plusieurs solutions qui sont maintenant prêtes à être commercialisées », dit-il.