Alors que les assureurs et les réassureurs se sont réunis à Monaco à l’occasion du Rendez-Vous de Septembre annuel, du 5 au 9 septembre, pour discuter des tendances du marché et préparer les prochains renouvellements, deux réassureurs et un institut de recherche affilié ont publié des communications. Ils y soulignent les risques posés par l’intelligence artificielle (IA) et les périls non majeurs, c’est-à-dire ceux qui, comme les tempêtes de grêle, n’atteignent pas la gravité des catastrophes naturelles les plus importantes.
Les communications, publiées séparément par Munich Re, Swiss Re et le Swiss Re Institute, mettent de l’avant la valeur de la réassurance et donnent un aperçu des considérations prises en compte par les réassureurs dans l’allocation de leur capacité.
Munich Re souligne que les pertes assurées mondiales attribuables aux périls non majeurs ont dépassé 100 milliards de dollars l’an dernier (tous les montants sont en dollars américains), tandis que les cyberrisques et les risques posés par l’IA transforment de plus en plus le paysage des risques.
Le réassureur souligne également que la plupart des risques mondiaux surviennent simultanément et s’intensifient mutuellement.
« Les aléas naturels et, en particulier, les catastrophes naturelles demeurent d’importants facteurs de risque. Les effets des changements climatiques deviennent de plus en plus tangibles », affirme Munich Re. « Les périls non majeurs ont longtemps été considérés comme des événements entraînant, dans l’ensemble, des pertes comparativement faibles. Ils commencent maintenant à s’additionner pour atteindre des niveaux de pertes qui étaient auparavant principalement associés aux événements majeurs. Cette tendance devient progressivement la nouvelle normalité. »
Un risque insidieux
La communication aborde par ailleurs la chaleur, qualifiée de risque plus insidieux qui entraîne de plus en plus de réclamations, tant en raison des pertes de vies humaines que des dommages qu’elle cause aux infrastructures, à l’agriculture et aux chaînes d’approvisionnement.
Munich Re souligne également que le cyberrisque constitue actuellement l’un des plus grands risques pour les entreprises, mais que le recours à l’assurance cyber demeure faible. Des études de Munich Re indiquent que 89% des entreprises ne s’estiment pas adéquatement protégées.
« Des normes ont maintenant été établies pour les cyberrisques afin de répondre précisément à ces risques et d’offrir une couverture appropriée. En ce qui concerne les risques liés à l’IA, cette évolution reste à venir », ajoute le réassureur. « La demande augmente; parallèlement, compte tenu de la nature complexe de ces risques, une expertise approfondie, une compréhension fine du risque et un libellé clair des contrats sont nécessaires. »
Les communications de Swiss Re mettent elles aussi l’accent sur les pertes attribuables aux catastrophes naturelles, qui, selon le réassureur, continuent de croître de 5% à 7% par année. Sa modélisation indique que les pertes assurées pourraient atteindre 320 milliards de dollars dans un scénario de pertes extrêmes en 2026.
Des occasions en matière de primes d’assurance
En ce qui concerne l’IA, le réassureur affirme que les investissements dans les infrastructures créent des occasions. Il souligne que les investissements cumulés dans les centres de données devraient dépasser 6 000 milliards de dollars d’ici 2030. Le Swiss Re Institute estime que cela pourrait représenter des primes d’assurance à l’échelle mondiale de 91 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie.
En ajoutant les investissements dans les énergies renouvelables, les primes cumulées d’assurance commerciale pourraient atteindre 200 milliards de dollars d’ici 2030, ajoute Swiss Re.
« L’économie mondiale est entrée dans un supercycle de dépenses en immobilisations, alors que la forte croissance des investissements dans les centres de données, les systèmes énergétiques et d’autres infrastructures stratégiques crée une demande croissante en assurance commerciale », écrit Swiss Re.
Ce portrait comporte toutefois certaines réserves.
« Le boom des investissements crée des risques plus importants et plus concentrés, puisque les actifs se regroupent dans les mêmes endroits et dépendent de plus en plus d’infrastructures et de réseaux communs », écrit Swiss Re. Le chef de la souscription de l’entreprise, Gianfranco Lot, ajoute : « Nous voyons l’économie numérique devenir une économie réelle. L’IA a besoin de centres de données, de réseaux électriques et d’infrastructures de plus en plus complexes — et tout cela doit être assuré. Cela crée des occasions de croissance dans plusieurs branches d’activité, mais aussi d’importantes concentrations de risques. »
Swiss Re conclut qu’il est essentiel de comprendre comment les risques peuvent s’accumuler à l’avenir. « Comprendre le risque permet de libérer de la capacité d’assurance », écrit le réassureur. « La principale contrainte n’est pas la disponibilité des capitaux d’assurance, mais la capacité de les déployer avec confiance face à des expositions de plus en plus complexes. »