L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde, rapportent l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) dans leur rapport annuel État du climat en Europe 2025. Ce titre s'est décliné en une série de records qui dépassent le registre anecdotique.
Publié le 29 avril 2026, le document fournit une vue d'ensemble des principaux changements dans les indicateurs climatiques du continent. Les données ont été colligées par une centaine de scientifiques.
Pour l'industrie de l'assurance, on peut y voir un catalogue de tendances lourdes qui façonnent déjà, et façonneront encore davantage, les paramètres fondamentaux du risque : fréquence, sévérité, accumulation.
Un continent qui bat des records à répétition
Au moins 95% de l'Europe a enregistré des températures annuelles supérieures à la moyenne en 2025, relèvent les auteurs du rapport. En conséquence, le nombre de journées d'hiver avec des températures glaciales se rétrécit. En Fennoscandie subarctique, une vague de chaleur a duré trois semaines consécutives en juillet — la plus longue jamais enregistrée dans la région — avec des températures frôlant ou dépassant les 30°C à l'intérieur même du cercle arctique, atteignant un pic de 34,9°C à Frosta, en Norvège.
La couverture de neige et de glace a directement été affectée par ces températures. Parallèlement aux précipitations inférieures à la moyenne des années, on a noté une perte importante de la couverture de neige et de glace. En mars 2025, la surface enneigée en Europe était inférieure d'environ 31% à la moyenne annuelle observée depuis 1983. Les glaciers ont également subi une perte nette de masse, indique le rapport.
Cette couverture de neige et de glace joue un rôle majeur sur le réchauffement climatique, rappellent les scientifiques. Elle permet de réfléchir la lumière du soleil dans l’espace, un phénomène qu’on nomme l’effet albédo. Sans une telle couverture blanche, la température sur terre monte.
Du côté des océans, la température annuelle à la surface de la mer pour la région européenne a été la plus élevée jamais enregistrée, marquant la quatrième année consécutive de records, précisent les organisations dans le rapport. Ainsi 86% de la région océanique du continent a été touchée par des vagues de chaleur marine, dont 36% dans des catégories dites « sévères » ou « extrêmes », soit la proportion la plus élevée jamais enregistrée, rapportent les chercheurs.
Ces conditions réunies ont contribué à l'élévation du niveau des mers à l'échelle mondiale. Or, estiment les scientifiques, chaque centimètre d'augmentation expose 6 millions de personnes supplémentaires aux inondations côtières.

Incendies, sécheresses, inondations : les sinistres s'accumulent
Sur le front hydrologique, environ 70% des cours d'eau européens ont affiché des débits inférieurs à la moyenne, et en mai 2025, près de 53% du continent était touché par la sécheresse, rapportent les chercheurs. Cette situation s'inscrit dans un contexte où 2025 a été l'une des trois années les plus sèches en matière d'humidité des sols depuis 1992.
Les incendies de forêt ont brûlé environ 1 034 550 hectares en 2025, soit la plus grande superficie jamais enregistrée en Europe. Il s’agit d’une étendue plus grande que l'île de Chypre. L'Espagne a été particulièrement éprouvée, représentant près de la moitié des émissions liées aux incendies. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Allemagne ont, eux aussi, enregistré leurs plus fortes émissions de feux de forêt.
Le rapport note toutefois que les précipitations extrêmes et les inondations ont été moins répandues qu'au cours des dernières années, ce qui représente la principale nuance positive du bilan de 2025.
« Le changement climatique n'est pas une menace future, il est notre réalité actuelle », tranche la responsable stratégique pour le climat du CEPMMT, Samantha Burgess, dans le communiqué de presse en français présentant le rapport et résumant ses principales conclusions.
Le rapport 2025 consolide plusieurs signaux d'alarme déjà bien documentés : allongement des saisons à risque, extension géographique des zones exposées, et surtout, rupture progressive avec les données historiques sur lesquelles reposent les modèles de tarification.
Un phénomène récent à l’échelle planétaire risque de s’intensifier : les incendies de forêt. En Europe, les chercheurs affirment qu’ils représentent un risque important pour la biodiversité et les incendies de tourbières. Ils peuvent libérer d'importantes réserves de carbone, ce qui amplifie encore le changement climatique.
La Commission européenne a identifié l’augmentation du risque d'incendie de forêt comme priorité majeure. Elle rejoint les observations d’autres scientifiques qui estiment que les menaces d'incendie de forêt sont susceptibles d'augmenter dans toutes les régions d'Europe.
Ce phénomène a aussi pris de l’ampleur en Amérique du Nord.
Serge Therrien
Président et éditeur
Éditions du Journal de l’assurance